Santé  : l'héritage Touraine

 |   |  775  mots
Marisol Touraine.
Marisol Touraine. (Crédits : Reuters)
OPINION. L'ancienne ministre des Affaires sociales et de la Santé vient d'être élue présidente d'UNITAID, une organisation internationale qui œuvre pour l'accès des pays du sud à des thérapies innovantes dans des pandémies telles que le VIH, la tuberculose ou le paludisme. Une forme de justice est ainsi rendue à une ministre si souvent décriée et qui, au bout du compte, n'aura pas laissé un si mauvais bilan avenue de Ségur. Par Alexis Dussol, fondateur et PDG d’ADEXSOL

Jamais, sous la Ve  République, un ministre de la Santé ne sera resté aussi longtemps en poste. Par-delà ce record, parions qu'avec le recul, les analystes retiendront que Marisol Touraine aura avec beaucoup de ténacité posé à travers sa loi santé du 26 janvier 2016 quelques-uns des jalons qui guident aujourd'hui la transformation en cours du système de santé

Ils retiendront que pour la première fois, un texte de loi a donné une définition globale et unifiée de ce qu'était une politique de santé et affirmé le rôle central de l'Etat dans la définition cette politique.

Priorité aux soins de proximité et mise en cause de la T2A

C'est sans doute sur les soins de proximité que l'action de la ministre aura été la plus soutenue.

Même si elle s'est toujours refusée à des mesures coercitives en dépit des pressions répétées de son camp, elle aura été à l'origine de plusieurs mesures destinées à lutter contre les déserts médicaux à travers les Pactes Territoires Santé 2012 et 2015. Les médecins libéraux devraient retenir que la loi santé dont l'adoption a été longtemps chahutée par le faux-débat sur le tiers payant généralisé a recentré le système de santé sur les soins de proximité et a engagé le système de santé dans le "virage ambulatoire" rendue nécessaire par l'explosion des pathologies chroniques. De la loi de 2016 date aussi l'émergence du concept de parcours de santé qui fait des médecins et des équipes de soins primaires les pivots et les coordinateurs de ces parcours. Des progrès notables auront également été réalisés dans l'élargissement des compétences de plusieurs professions de santé comme les pharmaciens, sages-femmes ou infirmières afin de renforcer l'offre médicale de premier recours

Du côté de l'hôpital, au-delà de la reconnaissance d'un nouveau service public hospitalier dont seuls les établissements publics peuvent être membres de droit, la communauté hospitalière devrait surtout être reconnaissante à l'ancienne ministre d'avoir dès sa prise de fonctions mis fin à la convergence tarifaire chère à la majorité précédente. Il n'y a nul doute que l'hôpital public serait aujourd'hui au plus mal si cela n'avait pas été fait. Elle n'aura jamais caché son aversion pour la logique libérale de la tarification à l'activité et cherché à en corriger ses effets délétères, sans toutefois parvenir à la remettre en cause. La création, si souvent retardée, des Groupements Hospitaliers de Territoire qui permettent aujourd'hui aux hôpitaux publics d'un territoire de coopérer plutôt que de se faire concurrence est aussi à mettre à son actif.

Promotion de la santé et soutien à l'innovation

De manière symbolique, le titre premier de la loi de 2016 a été consacré à la prévention et la promotion de la santé. L'accent a été mis sur les déterminants de la santé et les inégalités de santé, une approche trop souvent négligée dont on a encore vu l'actualité lors du récent grand débat

Elle aura également surpris par une appétence particulière pour les technologies de santé et l'innovation. En témoigne la création d'une délégation ministérielle, d'un fonds à l'investissement. Elle aura aussi engagé le système de santé sur la voie du virage numérique : programme « territoires de soins numériques » ; programme d'expérimentation de la télémédecine ; création du système national des données de santé etc.

A l'heure du bilan, retenons aussi l'instauration de relations plus apaisée et collaborative entre l'Etat et l'Assurance Maladie notamment au niveau régional en particulier depuis l'arrivée de Nicolas Revel à la tête de la CNAM. De même, les comptes de la Sécu étaient plutôt en nette amélioration à son départ même si le retour à l'équilibre annoncé de manière prématurée n'aura pas été finalement au rendez-vous !

Il est heureux qu'Agnès Buzyn ait choisi d'inscrire le plan santé 2022 dans la continuité de l'action de celle qui l'a précédée comme il y avait eu quelque part une certaine continuité entre la loi HPST et la loi santé de 2016.

Certains regretteront néanmoins que ni sur la T2A ni sur la désertification médicale, les deux marqueurs sur lesquels la future réforme sera jugée, les responsables actuels n'aient pas choisi de transformer l'essai en faisant preuve de plus d'audace. Gardons toutefois espoir tant que les débats parlementaires sur la nouvelle loi santé se poursuivent!

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 16/06/2019 à 20:32 :
Touraine a été dans le continuité de Bachelot et Buzyn dans la continuité de Touraine.C'est Bercy qui décide ,pas le ministère de la santé.On cherche à faire des économies,en fermant les petits hôpitaux(on appelle ça,centres de proximité,.C'est l'ancien hôpital qui perd la chirurgie,la maternité,une bonne partie de la médecine et les urgences de nuit)et donc en aggravant la désertification médicale des territoires.
En fait,les vraies économies à faire sont ailleurs,mais on ne s'attaque pas aux lobbies puissants( c'est politiquement incorrect).On peut citer, la fin des mutuelles, la fin du paiement à l'acte en médecine de ville et le déremboursement des médicaments inutiles et/ou dangereux(qui aggravent aussi le déficit de la sécu,à cause des effets secondaires,qu'il faut traiter).
a écrit le 13/06/2019 à 21:19 :
Vision marxiste.Deresponsabilisation systématique des patients qui ont droit à tout sans contrepartie .C’est Open bar et l’hopital Est saturé.
a écrit le 13/06/2019 à 18:36 :
"Il est heureux qu'Agnès Buzyn ait choisi d'inscrire le plan santé 2022 dans la continuité de l'action de celle qui l'a précédée".

Pour résumer LREM remplace l'aile droite du PS qui est maintenant chez LREM ,d’où la continuité.
a écrit le 13/06/2019 à 17:35 :
Marisol Touraine est connue pour avoir claironné en 2016 " en 2017 le trou de la sécu' aura disparu ". Après la politique droitière de Hollande, aggravée par l'actuel président, on voit où nous en sommes aujourd'hui : déserts médicaux, services d'urgences asphyxiés, renoncement aux soins pour attendre des mois pour avoir un rendez vous, ect ...L'auteur écrivait en janvier 2015 (Le concours Médical) : "Trop d’hôpitaux, trop de lits insuffisamment occupés ...Diminuer les lits est une chose. Par-delà, si on veut que ces diminutions aient un impact sur l’Ondam hospitalier, elles doivent se traduire par une réduction des dépenses de fonctionnement. Pour être efficiente, la réduction de lits doit s’accompagner d’une diminution des effectifs de la fonction publique hospitalière en jouant sur le non-remplacement des départs à la retraite et éventuellement un retour aux 39 h ". Touraine n'a pas eu le temps de tout faire !
a écrit le 13/06/2019 à 12:35 :
Ce que l’on peut simplement observer des résultats de la politique de santé mise en place par Mme Touraine, et que l’ensemble de l'activité croule sous les problèmes et est au bord du collapse !!! Si elle avait été aussi lucide et entreprenante que le décrit l’article, nous n’en serions certainement pas là......
a écrit le 13/06/2019 à 12:33 :
Ne pas oublier qu'elle a alourdi les impôts de tout le monde en supprimant la déductibilité de la cotisation patronale pour la mutuelle des salariés
Encore un impôt sur de l'argent qu'on ne touche pas ! Inique !
a écrit le 13/06/2019 à 12:32 :
Depuis 40 ans aucun ministre n'a fait de reforme efficace , la medecine est aujourd'hui aux mains des politiques et des administratifs qui pompent la moitié du budget de la santé , des juges qui provoquent des examens inutiles pour des milliards, et des mutuelles qui font des bénéfices extraordinaires injustifiés, la loi HPST a conforté tout cela et Marisol TOURAINE en a été la grande executrice et a enfoncé le clou en ajoutant tout ce qui manquait pour détruire le systeme .
Résultat: les hopitaux s'effondrent, il y a pénurie de médecins, les soignants sont sous payés et il y a une montagne de dettes cachées qui rendent impossible toute amelioration.
Elle n'a pas été réélue malgré ses mensonges de campagne(pas de mention socialiste et photo avec Macron alors qu'elle est PS) grace aux courageuses infirmières qui sont allées dans sa circonscription expliquer le désastre de son action . Mais c'est ainsi en France on recompense les calamiteux.
Enfin comme tous ces gens qui vivent sur le dos des autres, c'est une grande fortune de france à nom à particule, mais elle le cache sous son nom de jeune fille .
a écrit le 13/06/2019 à 12:12 :
un des vrai sujet..... et une des fonctions pivots de la santé sont les médecinsqui manquent dramatiquement de ville....
hors numérus closus.... en passe d être réglé mais efficacité dans 10 ans..... l autre aspect des choses est que peu d étudiants en médecines veulent exercer en ville..... encore moins en zone rurale....
l une des causes en est peut être la "selection" en fin de première année......qui privilégie les bêtes a concours.......et dont on peut facilement imaginer qu à la sortie.... ce ne sont pas ceux la qui iront soigner les populations dans un cabinet en ville ou à la campagne....
en zone rurale c 'est même hors de question.... car la vie pour eux est un zone urbaine....femme ou mari, situation du conjoint, enfants et études à venir....
pour le médecine de ville.... intérêt du job vu de la part d un crane d'oeuf....
l hopital ou la spécialité sont plus bandants et/ou rémunérateur.....

il faut donc trouver un juste équilibre entre la selection de potentiels aptes à ingérer nombre de connaissance...., et l envie et l intérêt pour la santé et les gens.....

parceque pour l instant, on utilise des medecins étranger, qui n ont pas le même système de sélection hyper élitiste... mais qui apparemment suffisent à soigner les gens

en admettant qu il faillent des profils très très intello pour de la recherche ou des trucs très pointus..... on peut les identifier lors du concours......mais ne vouloir que ceux la est une erreur...

techniquement, on a des très bons dans le CHU....en exemple, deux jumeaux nés à 26 semaines et 800 grammes qui après deux mois de petites galères ont l air de reprendre pied totalement.... même si....il faut attendre....et avoir de la patience
le bug.... c 'est à la visite de contrôle.... du 5 eme mois.... suspicion de col de l utérus de la maman un peu faiblard..... pas de deuxième avis immédiat, et accouchement 15 jours après..... peut être.... cela aurait il put être éviter avec un cerclage.....
parceque la.... meme si ils ont l air d aller de mieux en mieux, tout le monde flippe.... et le coût pour le système, actuel et peut être futur, est ahurissant

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :