Télétravail : pourquoi le Covid-19 a changé la donne

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Le premier défi est que le télétravail ne doit pas rimer avec le sentiment d'être plus sollicité que jamais pour les salariés.
Le premier défi est que le télétravail ne doit pas rimer avec le sentiment d'être plus sollicité que jamais pour les salariés. (Crédits : Reuters)
OPINION. Désormais partie intégrante du quotidien de millions de Français, le télétravail est amené à perdurer après-crise. Les travailleurs hybrides, conciliant domicile et bureau, vont se multiplier. Par Lieven Bertier, Directeur du marché Workplace chez Barco ClickShare.

A l'évidence, le travail à distance fait partie de notre quotidien. Pour de nombreux salariés partout dans le monde, c'est déjà presque comme une vieille habitude. Mais contraints au confinement depuis près de trois mois par l'épidémie Covid-19, c'est aujourd'hui plusieurs millions de Français qui s'appuient sur le travail à domicile pour poursuivre une activité professionnelle dans le cas où elle le permet. Pour preuve, environ un quart des salariés du privé seraient actuellement en télétravail en France d'après une étude du ministère du Travail. Avec cette crise sanitaire, il est clair que l'avènement du digital dans la vie au travail a connu une accélération sans précédent. Cette dynamique a aussi tous les attributs pour être durable.

Demain, des travailleurs hybrides

Une fois la phase de déconfinement passée, il est fort à parier que les secteurs d'activité qui ne nécessitent pas une présence physique indispensable poursuivront dans cette voie. Ne serait-ce que pour s'y retrouver financièrement. Déjà, aux Etats-Unis, des analystes estiment entre 11 et 12 000 dollars l'économie représentée par employé pour un mois de télétravail.

Une chose est sûre, pour les travailleurs, il y aura un avant et un après-crise du coronavirus. 66 % des personnes actuellement en télétravail pensent que cette pratique sera plus fréquente après cette crise, selon une enquête de Citrix. Demain, on peut donc anticiper l'essor de travailleurs hybrides, combinant travail à domicile et travail au bureau. Cette nouvelle organisation du travail donnerait une large part à l'autogestion et à la responsabilisation.

Contre toute attente, nous avons tous pu constater en quelques semaines l'efficacité et surtout la simplicité de cette nouvelle façon de travailler pour le plus grand nombre. Slack, Zoom, Teams, plus seulement réservés à une poignée d'entreprises du digital, les outils de communication ont été accessibles en quelques jours à tous et rapidement plébiscités. Entre collègues, pour l'école, en famille ou entre amis, nous avons assisté à une démocratisation express de la vidéo conférence.

Si l'on s'en réfère pourtant au « Cycle du hype » de Gartner qui décrit l'évolution de l'intérêt pour une nouvelle technologie, les réunions en visioconférence étaient encore loin d'atteindre la phase de l'utilisation grand public, et ce, pas avant 2 à 3 ans a minima.

Nouvelles tendances

Les entreprises ont dû s'adapter au développement de ces applications choisies par leurs salariés ou imposées par leurs clients. Pour être plus productifs ou parce qu'ils sont plus intuitifs, de plus en plus de travailleurs préfèrent en effet utiliser leurs propres appareils au travail. En pleine expansion, cette logique du « Bring Your Own Meeting » (BYOM) pousse les grandes entreprises comme les start-up à intégrer à leur stratégie informatique cette variété d'appareils connectés pour assurer une meilleure productivité.

Dans ce nouveau paradigme professionnel, le rôle d'interface centrale désormais joué par l'ordinateur portable est une tendance significative. Pour entretenir le lien avec ses collègues, son entreprise et ses clients, tout passe par l'ordinateur. On peut facilement imaginer que cette hyper-concentration sera encore plus stimulée par une baisse de la mobilité à venir. Pour cela, il faut tenter d'imaginer quels seront nos déplacements dans le monde post-Covid. L'épidémie va laisser des traces et la crainte de sortir va rester forte. En parallèle, certaines entreprises ont déjà commencé à réduire au maximum la mobilité de leurs équipes tant pour leur sécurité que pour des questions de budgets.

Un changement structurel profond dans le rapport au travail

Pourtant ce plébiscite pour le télétravail n'est pas sans défis pour le travailleur. Travailler à distance, animer des réunions sur des plateformes de visioconférence sont des changements structurels dans le rapport au travail pour encore une majorité de salariés. De réunions en face-à-face nous sommes passés en quelques semaines seulement aux vidéoconférences, des immeubles de bureaux et des open spaces bondés aux bureaux à domicile.

Le premier défi est que le télétravail ne doit pas rimer avec le sentiment d'être plus sollicité que jamais pour les salariés. Passer des journées entières en visioconférence n'est pas pas possible et pas normal. 44 % des salariés français interrogés se sentaient en situation de « détresse psychologique » dans une étude publiée en avril par Opinion Way. Il ne fait pas de doutes que le burn-out peut aussi menacer le télétravail. L'autre enjeu primordial est la préservation du lien social dans le travail.

Les outils de vidéoconférences doivent êtres pensés comme des espaces collaboratifs inspirants, et non pas comme des facteurs qui accélèrent le sentiment d'isolement de certains. Maintenir le lien avec les autres collaborateurs de l'entreprise est un enjeu essentiel pour l'entreprise comme pour les salariés et, plus largement, une des clés pour transformer durablement l'essai du télétravail en France.

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Commentaires
a écrit le 16/06/2020 à 14:33 :
Parce qu'elle a forcé les dirigeants à l’appliquer, seule solution si nombreux ne voulaient pas couler, elle les a obligé à se remettre enfin en question puisque au pied du mur, alors que les conseils permanents de leurs avocats, de leurs banquiers et autres avocats fiscalistes les ont plongé dans un véritable comas.

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