La victoire (inédite) de la société civile, la reconnaissance (singulière) d'un contre-pouvoir éclairé, la nomination (risquée) d'un profane de l'establishment politique, la promotion (séduisante) d'une personnalité qui pourrait surprendre : si elle se confirme, la désignation de Thierry Beaudet à Matignon aura pris de court jusqu'au sein même de l'institution qu'il préside, le Conseil économique, social et environnemental.
L'ancien instituteur et ex-président de la Fédération nationale de la mutualité française âgé de 62 ans sera alors propulsé à la tête du Gouvernement. Et pas n'importe lequel : chargé de co-(habiter ? -llaborer ? -aliser ?) avec un chef de l'Etat discrédité par l'opinion publique, de composer avec une Assemblée nationale morcelée, volcanique et majoritairement hostile, enfin de proposer une feuille de route qui tout à la fois échappe aux motions de censure et dépasse le seuil des fades mesurettes. Défi colossal. Et qui débutera dès l'épreuve de composition de son cabinet et du Gouvernement : sa novicité l'affaiblira-t-elle d'entrée face à l'emprise prédatrice de l'Elysée ?
Les détracteurs de Thierry Beaudet ne manqueront pas de recenser ses limites : inconnu du grand public - et même peu repéré dans les cercles de décision -, invisible dans les médias, impréparé aux subtils rouages et aux réalités carnivores de la vie politique, inexpérimenté face à l'ampleur de la tâche... Son charisme n'est pas aussi « politique » ou ardent que celui d'un de ses illustres prédécesseurs, Jean-Paul Delevoye (2010 - 2015), et semble se distinguer davantage par la discrétion et la réserve. L'apparence est trompeuse.