C'est une transformation qui s'opère dans le silence. Pourtant, elle a des répercussions massives sur le rôle et le modèle des chambres de commerce et d'industrie (CCI). Menacé à plusieurs reprises, le réseau consulaire vit actuellement une révolution majeure qui sus- cite des craintes en interne depuis plusieurs années. Le désengagement financier de l'État a ravivé ces crispations, même au sein de l'état-major.
Les coupes budgétaires drastiques décidées par les gouvernements successifs et le vote de la loi Pacte au printemps 2019 ont obligé les chambres de commerce à revoir leur modèle de financement. Alors que la part de la taxe sur les frais de chambre pré- levée sur les entreprises et affectée aux CCI représentait près de 1,4 milliard d'euros en 2012, elle n'était plus que de 775 millions d'euros en 2018. À cela s'ajoute une baisse d'environ 400 millions d'euros des crédits d'ici à 2023.
Sur le front social, cette baisse des ressources s'est accompagnée d'un plan de restructuration et de départs de personnels. Dans un rapport de l'Inspection générale des finances (IGF) remis en 2018 au gouvernement, les auteurs évoquaient « des mesures de rationalisation qui pourraient entraîner une réduction d'effectifs de l'ordre de 2.500 équivalents temps plein, sur un total de 31 000 employés au global ». Sous pression financière, les chambres de commerce doivent faire des économies.
Dorénavant, le recrutement du personnel se fait sur droit privé et les agents actuellement en poste sous statut peuvent bénéficier « d'un droit d'option pour basculer en contrat de droit privé, après l'agrément d'une convention collective », selon un document communiqué par le réseau. En outre, pour compenser les pertes des crédits, les chambres proposent désormais de facturer plus de services aux entreprises. « Vous étiez financés par une taxe, vous allez être financés sur une prestation », avait déclaré le ministre de l'Économie et des Finances, Bruno Le Maire, au printemps 2019 devant une vingtaine de présidents de CCI. Il s'agit, notamment, de mettre en place une offre nationale de services commune à toutes les chambres.