À Bordeaux, le solaire moins cher que le futur EPR anglais

Nicolas Cécar

Nicolas Cécar
Ssur une superficie de 300 hectares, à Cestas, à une vingtaine de kilomètres de Bordeaux, près de l'autoroute A63, un parc solaire géant va héberger pas moins d'un million de panneaux solaires. Sa puissance cumulée atteindra 300 mégawatts, soit la consommation électrique d'une ville de 250.000 habitants, comme Bordeaux !
Sa construction, qui mobilise plus de 500 personnes, est pilotée par Neoen, une PME contrôlée par Impala, le fonds d'investissement de Jacques Veyrat, l'ancien patron du groupe de négoce Louis-Dreyfus. Le chantier est réalisé par Eiffage, Schneider et le groupe allemand Krinner, spécialiste du système des pieux à visser. L'investissement global est à la hauteur du gigantisme de ce projet : 360 millions d'euros. Il devrait bénéficier, pour plus de la moitié, à des entreprises françaises.
Mais, cet immense parc photovoltaïque a bien failli ne jamais voir le jour. Au départ, c'est la société américaine First Solar, premier fabricant mondial de panneaux solaires, qui devait le construire. Elle a jeté l'éponge en 2010 lorsque l'État a imposé un moratoire sur le solaire. Le projet n'était plus assez rentable pour First Solar. La renaissance de ce projet est la preuve que la filière a trouvé un nouveau souffle depuis le moratoire. Dynamisé par l'essor de la demande en Allemagne, en Italie, au Royaume-Uni, mais aussi au Japon (effet Fukushima) et aux États-Unis, le solaire représente désormais un quart des nouvelles installations électriques dans le monde, toutes énergies confondues.
Et ceci sans réelle innovation technologique, ce qui laisse encore de belles marges de progression.
Sur la même période, le rendement n'a augmenté que de 20% à 30%.
Autre facteur positif, les taux d'intérêt très bas permettent aujourd'hui de financer plus facilement de nouveaux parcs solaires.
Ici, à Cestas, c'est l'optimisation dans l'implantation des panneaux solaires qui a permis de faire baisser encore plus qu'ailleurs les coûts de production de l'électricité. Le choix a été fait d'orienter les panneaux à l'est et à l'ouest sur ce terrain plat. Habituellement, les constructeurs les disposent vers le sud pour capter plus de soleil, mais consomment ainsi plus d'espace afin de limiter l'ombre au minimum.
Et ceci permet de faire des économies d'échelle sur les raccordements électriques et métalliques. D'autant plus qu'une ligne haute tension passe à proximité du site. Pour davantage d'efficacité, Neoen a aussi préféré la technologie du silicium cristallin à celle des couches minces. Les panneaux solaires proviendront tous de Chine, notamment du numéro un mondial, Yingli.
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Résultat, à Cestas, le tarif de rachat de l'électricité a été fixé à 104,50 euros le mégawattheure (MWh) sur vingt ans. C'est trois fois moins qu'en 2010. Un prix en deçà de l'EPR anglais, dont le tarif de rachat est à 109 euros le MWh sur trente-cinq ans. Le réacteur nucléaire de nouvelle génération - vendu par EDF au Royaume-Uni - devrait afficher un prix de 118 euros. Et ce n'est qu'un début.
Dans quatre ans, il estime que ce tarif pourrait tomber à 60 euros.
Pour cette PME française fondée en 2008 et spécialisée dans la production d'énergie verte (solaire, éolien, biomasse), il s'agit d'un projet majeur, qui va lui permettre de franchir un cap. La société, qui emploie une centaine de personnes, devrait réaliser cette année 50 millions d'euros de chiffre d'affaires, contre 30 millions en 2014. Pour Xavier Barbaro, en 2016, le marché du solaire devrait considérablement s'accélérer. Une deuxième révolution se prépare dans le secteur.
La clé pour capter les marchés réside dans la capacité à orienter de façon optimale des panneaux solaires. Deux solutions existent actuellement : densifier sur un terrain plat au maximum, comme l'a fait Neoen à Cestas, ou utiliser des « trackers » solaires (ou suiveurs de Soleil). C'est le coeur de métier d'Exosun, une PME installée à Martillac, en Gironde. Avec leur technologie, les panneaux photovoltaïques s'orientent en fonction de la courbe du Soleil dans le ciel, grâce à leurs structures motorisées, et augmentent ainsi leur production de 25% en moyenne. La société, qui compte 90 salariés, est en plein essor.
« Notre chiffre d'affaires est passé de 800.000 euros en 2013 à... 20 millions d'euros en 2014 », indique son PDG, Frédéric Conchy.
Pour l'heure, Neoen, quant à elle, compte 700 mégawatts d'actifs construits ou en cours de construction, et espère arriver à 1.000 mégawatts d'ici à 2017. Ce qui représente un investissement d'un milliard d'euros. Dans les prochaines années, l'entreprise mise sur l'exportation pour aller chercher de la croissance. Quatre-vingts pour cent de son chiffre d'affaires devrait provenir de l'étranger en 2018, contre 50% aujourd'hui.
Nicolas Cécar
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