La crise sanitaire du Covid a entraîné une croissance brutale du nombre de téléconsultations médicales. "De quelques milliers par semaine avant les mesures de confinement, le nombre de téléconsultations remboursées a rapidement atteint un million par semaine", a relevé cet été un rapport ministériel sur l'évolution des charges et produits de l'assurance maladie au titre de 2021. A Strasbourg, la société Hopi Medical profite déjà de cet engouement. Elle a mis au point un chariot équipé du matériel nécessaire à la consultation à distance : stéthoscope électronique, spiromètre, échographe Doppler, dermatoscope, ophtalmoscope, otoscope pour les examens ORL. Une camera motorisée et un logiciel de visioconférence permettent les échanges entre le patient et le praticien. La délivrance de l'ordonnance est générée automatiquement, certifiée par une signature numérique : le dossier médical partagé sert de plate-forme de confiance.
Plusieurs freins entravent encore le développement de Hopi Medical. "En télémédecine, il faut que le médecin puisse faire autant que si le patient était en face de lui", reconnaît Jacques Cinqualbre, président de cette jeune société depuis sa fondation en 2005. Professeur de chirurgie en retraite, il a été l'un des précurseurs français des greffes du rein, du cœur, du foie et du poumon. "Je me suis intéressé à la télémédecine parce que nos patients étaient soumis à de multiples contraintes après la greffe, dont celle de se déplacer pour les visites de contrôle. L'idée était de minimiser ces déplacements", explique-t-il. Hopi Medical n'a amorcé son réel développement qu'après 2018, lorsque la téléconsultation est entrée dans le droit commun de l'assurance maladie. "Nous sommes à l'aube d'une mutation de marché sur la façon de distribuer les soins. Le Covid permet déjà aux médecins les plus réticents de s'y mettre. Le meilleur praticien est celui qui possède les meilleures informations. Mais cette idée n'est pas facile à vendre à la communauté médicale, par nature sceptique", reconnaît Jacques Cinqualbre. La concurrence des autres logiciels de visioconférence est un second obstacle. "Cette concurrence ne nous gène pas. Doctolib, c'est seulement du téléconseil", juge Damien Uhlrich, co-fondateur de Hopi Medical. "Nous avons un outil pour lutter contre les déserts médicaux", ajoute-t-il. La présence d'un infirmier aux côtés du patient demeure toutefois nécessaire. 538 stations ont été installées en France. 904 médecins sont inscrits au service.