Transports : Strasbourg tente de convaincre les entreprises de polluer moins

Les élus des 33 communes de l'Eurométropole de Strasbourg sont appelés à adopter une délibération relative à la zone à faible émissions (ZFE-m). La collectivité veut interdire le diesel en 2028, et promet des aides. Les entreprises redoutent des contraintes excessives sur leurs flux logistiques.

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L'Eurométropole de Strasbourg a détaillé les mesures qui doivent inciter les particuliers et les entreprises à renoncer à leurs véhicules les plus polluants d'ici 2028.
L'Eurométropole de Strasbourg a détaillé les mesures qui doivent inciter les particuliers et les entreprises à renoncer à leurs véhicules les plus polluants d'ici 2028. (Crédits : Olivier Mirguet)

C'était une promesse de campagne de Jeanne Barseghian, maire écologiste élue à Strasbourg en juin 2020. La lutte contre la pollution atmosphérique locale entre ce vendredi 15 octobre dans une phase active, avec le vote par les 99 conseillers élus de l'Eurométropole (Strasbourg et ses 32 communes périphériques) d'une délibération sur le déploiement d'une zone à faibles émissions mobilité (ZFE-m). Le texte examiné comprend 351 pages. Il détaille les mesures envisagées et les chantiers entrepris en faveur des mobilités durables, rappelle des investissements déjà prévus (extensions du réseau de tramway, constructions de pistes cyclables) et dresse une liste d'aides financières pour les ménages et les entreprises qui enverront leurs véhicules polluants à la casse.

Dès le 28 avril, à l'occasion d'un premier vote en conseil d'Eurométropole, les élus strasbourgeois avaient décidé d'aller au-delà des dispositions légales prévues par la loi Climat et résilence, qui contraint les dix principales métropoles françaises (Paris, Lyon, Grenoble, Aix-Marseille, Nice, Toulon, Toulouse, Montpellier, Strasbourg, Rouen) à organiser des ZFE. A Strasbourg, on n'a pas souhaité se contenter d'interdire les diesels anciens, tels que définis par la vignette Crit'Air 2 (pour les voitures et utilitaires légers mis en circulation avant 2011 ). La capitale alsacienne entend interdire tous les diesels en 2028.

50 millions d'euros d'aides locales

La collectivité promet des aides financières. Les primes à la reconversion, qui se cumulent avec les aides nationales, s'établissent à 1.500 euros pour l'achat d'un véhicule léger. Elles atteignent 8.500 euros pour un utilitaire électrique et 15.000 euros pour un poids lourd ou un autocar. Les aides aux entreprises se limitent aux PME de moins de 250 salariés et dont la domiciliation (siège social, succursale) se situe sur le territoire de l'agglomération. "Nous mobilisons 50 millions d'euros pour ces primes à la conversion, dont un tiers ira aux entreprises", annonce Pia Imbs, présidente de l'Eurométropole. Une prime de 500 euros est également prévue pour l'achat d'un vélo électrique, sous condition de revenus.

Depuis l'annonce le 28 avril de ce calendrier plus contraignant, l'exécutif strasbourgeois a multiplié les réunions d'information, sans convaincre tout à fait les entreprises. "Un fourgon électrique coûte en général deux fois plus cher que son équivalent à moteur thermique. Les montants des aides annoncées ne sont pas adaptés à la réalité", regrette Jean-Luc Heimburger, président de la chambre de commerce et d'industrie Alsace Eurométropole. "La ZFE ne va concerner que le territoire strasbourgeois, mais les véhicules qui y circulent proviennent aussi de l'extérieur. Une entreprise de Sélestat, à 50 kilomètres de Strasbourg, va-t-elle renoncer à venir livrer ?" s'interroge-t-il.

"Du point de vue économique, ce qui se prépare est catastrophique", estime déjà Lionel Chevrier, directeur général des Moulins Advens (135 salariés). "Les camions qui effectuent nos approvisionnements et nos livraisons ne nous appartiennent pas. Nous n'avons pas le contrôle. Si les transporteurs doivent augmenter le prix de leurs prestations, nous courons à la catastrophe et ce sera la fermeture. La rentabilité de nos activités est trop faible. Si les coûts augmentent, nous devrons fermer", prévient le patron de cette entreprise qui craint aussi la dégradation des conditions de trajet domicile-travail pour une partie de ses salariés, habitués à la voiture.

Communication maladroite

A la mairie et à l'Eurométropole, la communication autour de la ZFE s'adresse essentiellement aux particuliers : on insiste sur l'offre de transports en commun en cours d'élaboration avec le Conseil régional, sur les pistes cyclables pour se rendre au travail, sur la promotion du vélo. Les messages aux entreprises sont moins lisibles, malgré la volonté de "construction collaborative" mise en avant par Pia Imbs. "On ne va pas commenter ce qui n'a pas encore été voté", se défend Anne-Marie Jean.

Pionnière de la renaissance du tramway dans les années 1990, Strasbourg aimerait redevenir pionnière dans la logistique urbaine. Une solution testée par l'entreprise ULS, avec l'appui des Voies navigables de France, combine un pré-acheminement des marchandises par barge sur l'Ill et la livraison du "dernier kilomètre" à vélo. Elle ne représente que de faibles volumes, et ne convient qu'aux petits colis dans l'hyper-centre. Mais les élus locaux souhaitent la développer vers une zone commerciale en périphérie nord, à Vendenheim, d'où une barge ou une péniche seraient en mesure de rapatrier des petits déchets vers des sites de valorisation à l'autre extrémité de l'agglomération. Dans le port, première zone industrielle de l'Est de la France avec un peu plus de 10.000 salariés, les entreprises utilisatrices des modes de transport lourds restent toutefois surreprésentées. "Les approvisionnements et expéditions depuis la plate-forme portuaire représentent un trafic de 3.400 poids lourds et véhicules utilitaires légers par jour, dont 80% n'appartiennent pas aux entreprises implantées sur place", rappelle l'exécutif dans sa délibération sur la ZFE.

"Il y aura des dérogations pour les transporteurs", prévient Anne-Marie Jean, vice-présidente de l'Eurométropole en charge de l'économie durable, de la transition écologique des entreprises, du commerce et de l'artisanat. Une liste de véhicules éligibles à ces dérogations a été diffusée au début du mois d'octobre. Elle comprend 19 exceptions dont les véhicules affectés au transport de matières dangereuses ou à la distribution alimentaire en circuit court, les bétonnières et les camions de déménagement.

"Ce que les transporteurs demandent, c'est une harmonisation des ZFE à l'échelle de toutes les métropoles", estime comprendre Anne-Marie Jean. En proposant l'interdiction totale des moteurs diesel en 2028, Strasbourg a commencé par poser une exception. Et le débat ne sera pas clos après le vote de la délibération, certaines associations locales souhaitant obtenir l'interdiction du diesel dès 2025. "Nos dispositions n'entrent pas en vigueur tout de suite. Nous aurons le temps, jusqu'en 2028, pour faire du benchmarking et nous inspirer de ce qui se fait de mieux en Europe, sur la logistique urbaine et sur la réduction des émissions polluantes des transports", promet Anne-Marie Jean.

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Commentaire 1
à écrit le 12/10/2021 à 10:16
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"interdire les diesels anciens, tels que définis par la vignette Crit'Air 2" les diesels 2021 et 2022 seront 2, pas mieux, c'est plafonné, même Euro7 comme l'UE va demander peu avant la fin de construction des automobiles à pétrole, faites des effort...

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