Pourquoi Gobee.bike a échoué ? Les réponses du city manager Paris

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Nous avons tout mis en œuvre sur le terrain pour redonner vie à un maximumde vélos. Notamment un plan d'action un peu fou où nos équipes opérationnelles branchaient chaque nuit des centaines de batteries externes sur les vélos, dissimulées dans les garde-boues, qu'elles venaient récupérer le lendemain matin une fois le cadenas 100% chargé. Cela peut paraître dingue mais ça a été une solution très efficace qui a permis de redonner vie à plusieurs centaines de vélos.
"Nous avons tout mis en œuvre sur le terrain pour redonner vie à un maximum"de vélos. Notamment un plan d'action un peu fou où nos équipes opérationnelles branchaient chaque nuit des centaines de batteries externes sur les vélos, dissimulées dans les garde-boues, qu'elles venaient récupérer le lendemain matin une fois le cadenas 100% chargé. Cela peut paraître dingue mais ça a été une solution très efficace qui a permis de redonner vie à plusieurs centaines de vélos. (Crédits : DR)
Le célèbre vélo vert de la startup hongkongaise arrivé quatre mois plus tôt dans la capitale s’est retiré des trottoirs le 24 février 2018. Stanislas Jallot revient pour La Tribune sur les causes réelles de cet échec.

LA TRIBUNE - Pourquoi vous êtes-vous retirés aussi vite du "free floating" à Paris ?
STANISLAS JALLOT - L'équipe dirigeante avait décidé de s'implanter le plus vite possible dans la capitale, en mettant à disposition un grand nombre de vélos afin de créer une grande communauté d'utilisateurs.

Bingo ! Dès les premiers jours, le nombre de téléchargements de notre application, d'inscriptions et de trajets réalisés sur nos vélos augmentaient à une vitesse hallucinante. Cela a certainement été accentué par une forte présence médiatique - plusieurs fois par jour dans les JT - et  par la conjoncture parisienne, pile au moment où les stations Vélibs de JC Decaux fermaient pour être remplacées par celles de Smovengo.

Ça a été un énorme succès ! Nous avions une communauté forte d'utilisateurs qui, très vite, a atteint les 150.000 membres. Mais dans le même temps, les problèmes techniques sur nos vélos se sont succédé, suivis d'un« tsunami » de vandalisme qui a mis à mal une grande partie de notre flotte. Nous avons donc dû ralentir le rythme, mais la situation était devenue insoutenable : nos utilisateurs étaient excédés, nos équipes du service client débordées et nos sept autres villes européennes subissaient plus ou moins le même sort... Sans parler de notre situation financière qui ne pouvait pas amortir ce choc-là. C'est pour ces raisons que le siège hongkongais a pris la décision de se retirer de Paris et des autres villes européennes.

Beaucoup d'utilisateurs se sont plaints des difficultés à déverrouiller les vélos. Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
La stratégie d'implantation à vitesse grande V a fait abstraction d'une étape clé de tout processus d'installation : tester la technologie des vélos sur le sol européen. Après quelques semaines de déploiement de plusieurs milliers de vélos, nous nous sommes rendu compte que le panneau solaire accroché dans le panier du vélo n'alimentait pas la batterie du cadenas électronique. Nous avons effectué tous les tests possibles et imaginables, travaillant avec des experts français dans ce domaine et faisant venir de Chine des ingénieurs de l'usine qui fabrique ces cadenas, mais ils ont échoué et nous n'avons jamais pu élucider l'affaire.

Quoiqu'il en soit, nous avons tout mis en œuvre sur le terrain pour redonner vie à un maximum de vélos. Notamment un plan d'action un peu fou dans lequel nos équipes opérationnelles branchaient chaque nuit des centaines de batteries externes sur les vélos, dissimulées dans les garde-boues, qu'elles venaient récupérer le lendemain matin une fois le cadenas 100% chargé. Cela peut paraître dingue mais cette solution s'est révélée très efficace et a permis de redonner vie à plusieurs centaines de vélos.

Dans votre communiqué de presse final, vous avez évoqué un taux de vandalisme de 60%. Qu'en est-il vraiment ?

Notre message d'adieu a exposé les différentes raisons de notre départ, notamment les actes de vandalisme qui ont mis à mal une grande partie de notre flotte. A vrai dire, c'est la totalité de notre flotte qui a été endommagée à Paris. En effet, à partir de mi-décembre, nous avons subi de nombreuses dégradations sur nos vélos, le plus souvent perpétrées par des jeunes mineurs sur les cadenas électroniques.

En fait, les gobee.bike sont devenus la version 2 du jeu « Pokemon Go » : les jeunes trouvaient des vélos gobee.bike grâce à l'application, et s'amusaient à forcer violemment sur le cadenas électronique pour le libérer. Sauf qu'au passage, ces jeunes cassaient les rayons de la roue arrière, rendant impossible l'utilisation du vélo. Casser pour le plaisir, c'était le nouveau passe-temps de certains jeunes mineurs de 14-15 ans.

La police n'a rien pu faire ?
Les forces de l'ordre ont accompli un travail remarquable, en interpellant des dizaines d'individus et en les plaçant en garde à vue. Nous avons ensuite rempli des lettres de plaintes contre ces individus, afin qu'ils paient pour les dégradations. Nous voulions simplement que le montant des réparations soit remboursé, et nous avons fourni des dossiers sérieux, avec preuves de devis et factures des réparations. Nous avons rempli plusieurs centaines de dossiers de plaintes. Savez-vous combien d'entre eux ont donné suite ? Un seul. Nous avons récupéré un seul chèque. J'imagine que le reste des dossiers à été classé comme « rappels à la loi » par les magistrats. Je ne crois pas que ce soit une bonne façon de montrer l'exemple.

Vous avez interpellé Valérie Pécresse aux mardis de l'Essec à ce sujet. Croyez-vous vraiment que les élus franciliens peuvent responsabiliser les utilisateurs de l'espace public que nous sommes toutes et tous ?

Je crois surtout que c'est leur rôle. Au fond, nous les élisons pour qu'ils rendent nos villes plus agréables à vivre. Les contribuables leur donnent des moyens financiers et l'Etat leur donne du pouvoir. Ensuite, c'est à eux de jouer pour mettre en œuvre des projets innovants afin d'améliorer la qualité de vie dans nos mondes urbains.

Par exemple, pour améliorer la mobilité et réduire les émissions de CO2, les collectivités augmentent le nombre de rames de métros et de RER, créent des nouvelles lignes de tramways, instaurent des systèmes de vélos/voitures en libre-service, soutiennent les applications de covoiturages, favorisent le télétravail, etc. C'est très bien sur le papier, mais ça ne fonctionne pas : les embouteillages ne diminuent pas. Et pour cause, les transports en communs sont sales et bondés, les trains sont tagués, les stations de Vélibs parfois totalement HS, les Autolibs sales, et j'en passe.

Ce que je veux dire, c'est qu'il manque une dimension importante si l'on veut réellement changer la donne : les pouvoirs publics doivent davantage sensibiliser les populations au respect de l'espace public et du bien commun, et davantage sanctionner en cas de dérives. Il faut suivre un exemple passé, lorsque la mairie de Paris a abandonné le dispositif de la motocrotte,  remplacé par la responsabilisation des propriétaires de chien. Le ramassage des déjections par le propriétaire est désormais obligatoire sous peine d'amende. Ainsi nos trottoirs ne sont plus des champs de mines comme ils l'étaient.

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Commentaires
a écrit le 07/04/2018 à 5:08 :
C'est une évidence même, je suis expatrie en Chine, et ce système ne pourra pas fonctionner dans les villes européenne. La population européenne civilisée d'il y a 50 ans n'est pas la même qu'aujourd'hui, comment voulez vous dans un pays ou plus de 1000 voitures brulent chaque année aux fêtes de noël, que les vélos ne soit pas vandalises. Tant qu'on aura pas de peine minimum, comme celui qui est pris a bruler une voiture prends = 20 ans de taule ferme rien ne changera.
a écrit le 06/04/2018 à 11:32 :
Dans le jardin des Halles à Paris j'ai vu en janvier des velos multicolores déposés de ci de la. Des verts des jaunes des oranges.
Seul les verts se sont fait sérieusement dégrader. Etonné moi aussi par cette sélection naturelle j'ai demandé à un dégradeur en action; pourquoi que les verts ? sont-ils payés par les oranges ou les jaunes, est-ce un complot hittite ???
Réponse laconique du jeune frondeur: sur les jaunes et les oranges ya rien à dégrader, ni ni rayon à tordre ni chaine à casser; seuls les verts étaient amusants.
Alors je dirais que c'est une erreur de choix du vélo qui est à l'origine de cette faillite.
a écrit le 05/04/2018 à 15:55 :
En outre, la société n'a pas remboursé la caution ni le crédit qui restait sur le compte des utilisateurs, en tout cas pas à moi, et je ne suis pas la seule… arnaque à grande échelle !!!
a écrit le 05/04/2018 à 14:21 :
une brève évocation des transports collectivistes nous guette dans quelques années avec les voitures sans chauffeurs que les grandes compagnies financières croient pouvoir maîtriser en ayant constitué des monopoles de fait (exclusion des particuliers propriétaires de leurs véhicules) !
a écrit le 05/04/2018 à 12:58 :
Le cadenas serait-il l'enjeu ? l'uberisation des servives, le ludique et le civisme la facade ? Le journaliste s'est il posé la question de savoir pourquoi, en quelques mois, plusieurs sociétés chinoises ont deversé sauvagement des milliers de vélos dans les capitales du monde ? Le vélo, valeur négligeable et irréparable, contient en revanche le cadenas d'OMNI CYCLING, sophistiqué avec carte sim, GPS, alimenté simplement par le panneau solaire du porte bagage.... permet de faire la fiction suivante : Un groupe d'investisseurs, pour les taxes ou le blanchiment, constitue une société (à Hong-Kong pour Gobee), achète des containers de vélos, puis lancent le site web et encaissent via la carte SIM des transactions (à JerseyTelecom pour Gobee), reversent le minimum taxable par pays et remonte le reste à Hong-Kong au minimum taxable. Vous auriez là une superbe machine à laver, hyper rentable, les cost vélos+Transport+frais admin sont rapidement amortis ... mais bon ca c'est une fiction, je ne suis pas journaliste. Salut
a écrit le 04/04/2018 à 20:33 :
Tout cela pour dire que cette opération a été faite dans la précipitation afin de griller les concurrents et profiter de l'absence temporaire du velib.
Quand a la dégradation des vélos, il suffit de parcourir le web pour voir des photos de montagnes de vélos inutilisables dans les principales villes de Chine, la patrie de cette startup.
L'occupation anarchique de l'espace publique par les vélos de cette société a eu raison de la patience des usagers.
a écrit le 04/04/2018 à 19:05 :
Et l'on doit croire l'histoire que pour des centaines de dossiers de plaintes pour dégradation... un seul a été traité par la justice ? C'est une plaisanterie je suppose...
Réponse de le 05/04/2018 à 9:34 :
a votre avis ? la justice est debordee et un mineur de 14-15 ans est de toute facon "immunisé" (il ne peut aller en prison a moins d un crime grave et il n a pas de revenus financier pour payer une amende). donc les juges ne perdent pas leur temps.
Et la on parle meme pas des pb, si le mineur en question appartient a une minorite qui va hurler au racisme d Etat en cas de poursuite judiciaire
a écrit le 04/04/2018 à 19:05 :
""Nous avons rempli plusieurs centaines de dossiers de plaintes. Savez-vous combien d'entre eux ont donné suite ? Un seul. Nous avons récupéré un seul chèque. J'imagine que le reste des dossiers à été classé comme « rappels à la loi » par les magistrats. Je ne crois pas que ce soit une bonne façon de montrer l'exemple.""
a écrit le 04/04/2018 à 17:55 :
''CITY MANAGER PARIS'' : Wao, mais c'est qu'on parlerait anglais, à Paaaris !!!
May I suggest you to write all in english, to look trendy ?
So, you could just use a few words in french, let'say...like...''zeu president Macron...'', or nonsense like this one ?

Allez, je vous wish une excellente journée ! Good bye et gousse d'ail ...
a écrit le 04/04/2018 à 14:39 :
Très drôle le passage sur le rôle des élus de rendre la ville agréable à vivre.
EN effet, les utilisateurs de gobee.bike n'étaient (eux) que des gens bien élevés. Jamais, ils ne laissaient les vélos posés n'importe où sur la voie publique, plein milieu d'un trottoir ou en plein centre des Tuileries. Non, jamais.
C'est vrai que sans Gobee.bike, la ville sera moins agréable à vivre....
Réponse de le 04/04/2018 à 19:29 :
Oui ! Et la Société Gobee.bike qui a déposé partout dans Paris ses vélos, sans aucune concertation avec la ville, en espérant torpiller les Velibs, qui eux, cotisent, est un modèle ...
a écrit le 04/04/2018 à 14:21 :
C’est le pays des droits de lome Et des ampoules allumées.
Attention à ne pas trop parler, car sinon c’est le redressement fiscal.
a écrit le 04/04/2018 à 11:36 :
Voila un témoignage qui amène une bonne réflexion sur la notion de citoyenneté. Je n'ai pas spécialement apprécié ces vélos trainant partout mais les commentaires de M Jallot sont particulièrement pertinents.
Réponse de le 04/04/2018 à 18:14 :
Encore faudrait-il que ces commentaires reposent sur des faits!
Personnellement, la partie de Pokemon Go décrite, je n'y crois pas du tout.

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