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Pourquoi Gobee.bike a échoué ? Les réponses du city manager Paris

Photo de César Armand

César Armand

Publié le 04 avril 2018 à 07:41 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:08

gobee bike

gobee bike

DR

Le Quotidien Numérique

04 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Le célèbre vélo vert de la startup hongkongaise arrivé quatre mois plus tôt dans la capitale s’est retiré des trottoirs le 24 février 2018. Stanislas Jallot revient pour La Tribune sur les causes réelles de cet échec.

LA TRIBUNE - Pourquoi vous êtes-vous retirés aussi vite du "free floating" à Paris ?
STANISLAS JALLOT - L'équipe dirigeante avait décidé de s'implanter le plus vite possible dans la capitale, en mettant à disposition un grand nombre de vélos afin de créer une grande communauté d'utilisateurs.

Bingo ! Dès les premiers jours, le nombre de téléchargements de notre application, d'inscriptions et de trajets réalisés sur nos vélos augmentaient à une vitesse hallucinante. Cela a certainement été accentué par une forte présence médiatique - plusieurs fois par jour dans les JT - et  par la conjoncture parisienne, pile au moment où les stations Vélibs de JC Decaux fermaient pour être remplacées par celles de Smovengo.

Ça a été un énorme succès ! Nous avions une communauté forte d'utilisateurs qui, très vite, a atteint les 150.000 membres. Mais dans le même temps, les problèmes techniques sur nos vélos se sont succédé, suivis d'un« tsunami » de vandalisme qui a mis à mal une grande partie de notre flotte. Nous avons donc dû ralentir le rythme, mais la situation était devenue insoutenable : nos utilisateurs étaient excédés, nos équipes du service client débordées et nos sept autres villes européennes subissaient plus ou moins le même sort... Sans parler de notre situation financière qui ne pouvait pas amortir ce choc-là. C'est pour ces raisons que le siège hongkongais a pris la décision de se retirer de Paris et des autres villes européennes.

Beaucoup d'utilisateurs se sont plaints des difficultés à déverrouiller les vélos. Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
La stratégie d'implantation à vitesse grande V a fait abstraction d'une étape clé de tout processus d'installation : tester la technologie des vélos sur le sol européen. Après quelques semaines de déploiement de plusieurs milliers de vélos, nous nous sommes rendu compte que le panneau solaire accroché dans le panier du vélo n'alimentait pas la batterie du cadenas électronique. Nous avons effectué tous les tests possibles et imaginables, travaillant avec des experts français dans ce domaine et faisant venir de Chine des ingénieurs de l'usine qui fabrique ces cadenas, mais ils ont échoué et nous n'avons jamais pu élucider l'affaire.

Quoiqu'il en soit, nous avons tout mis en œuvre sur le terrain pour redonner vie à un maximum de vélos. Notamment un plan d'action un peu fou dans lequel nos équipes opérationnelles branchaient chaque nuit des centaines de batteries externes sur les vélos, dissimulées dans les garde-boues, qu'elles venaient récupérer le lendemain matin une fois le cadenas 100% chargé. Cela peut paraître dingue mais cette solution s'est révélée très efficace et a permis de redonner vie à plusieurs centaines de vélos.

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Dans votre communiqué de presse final, vous avez évoqué un taux de vandalisme de 60%. Qu'en est-il vraiment ?

Notre message d'adieu a exposé les différentes raisons de notre départ, notamment les actes de vandalisme qui ont mis à mal une grande partie de notre flotte. A vrai dire, c'est la totalité de notre flotte qui a été endommagée à Paris. En effet, à partir de mi-décembre, nous avons subi de nombreuses dégradations sur nos vélos, le plus souvent perpétrées par des jeunes mineurs sur les cadenas électroniques.

En fait, les gobee.bike sont devenus la version 2 du jeu « Pokemon Go » : les jeunes trouvaient des vélos gobee.bike grâce à l'application, et s'amusaient à forcer violemment sur le cadenas électronique pour le libérer. Sauf qu'au passage, ces jeunes cassaient les rayons de la roue arrière, rendant impossible l'utilisation du vélo. Casser pour le plaisir, c'était le nouveau passe-temps de certains jeunes mineurs de 14-15 ans.

La police n'a rien pu faire ?
Les forces de l'ordre ont accompli un travail remarquable, en interpellant des dizaines d'individus et en les plaçant en garde à vue. Nous avons ensuite rempli des lettres de plaintes contre ces individus, afin qu'ils paient pour les dégradations. Nous voulions simplement que le montant des réparations soit remboursé, et nous avons fourni des dossiers sérieux, avec preuves de devis et factures des réparations. Nous avons rempli plusieurs centaines de dossiers de plaintes. Savez-vous combien d'entre eux ont donné suite ? Un seul. Nous avons récupéré un seul chèque. J'imagine que le reste des dossiers à été classé comme « rappels à la loi » par les magistrats. Je ne crois pas que ce soit une bonne façon de montrer l'exemple.

Vous avez interpellé Valérie Pécresse aux mardis de l'Essec à ce sujet. Croyez-vous vraiment que les élus franciliens peuvent responsabiliser les utilisateurs de l'espace public que nous sommes toutes et tous ?

Je crois surtout que c'est leur rôle. Au fond, nous les élisons pour qu'ils rendent nos villes plus agréables à vivre. Les contribuables leur donnent des moyens financiers et l'Etat leur donne du pouvoir. Ensuite, c'est à eux de jouer pour mettre en œuvre des projets innovants afin d'améliorer la qualité de vie dans nos mondes urbains.

Par exemple, pour améliorer la mobilité et réduire les émissions de CO2, les collectivités augmentent le nombre de rames de métros et de RER, créent des nouvelles lignes de tramways, instaurent des systèmes de vélos/voitures en libre-service, soutiennent les applications de covoiturages, favorisent le télétravail, etc. C'est très bien sur le papier, mais ça ne fonctionne pas : les embouteillages ne diminuent pas. Et pour cause, les transports en communs sont sales et bondés, les trains sont tagués, les stations de Vélibs parfois totalement HS, les Autolibs sales, et j'en passe.

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Ce que je veux dire, c'est qu'il manque une dimension importante si l'on veut réellement changer la donne : les pouvoirs publics doivent davantage sensibiliser les populations au respect de l'espace public et du bien commun, et davantage sanctionner en cas de dérives. Il faut suivre un exemple passé, lorsque la mairie de Paris a abandonné le dispositif de la motocrotte,  remplacé par la responsabilisation des propriétaires de chien. Le ramassage des déjections par le propriétaire est désormais obligatoire sous peine d'amende. Ainsi nos trottoirs ne sont plus des champs de mines comme ils l'étaient.

César Armand

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