Comment Nantes Saint-Nazaire veut devenir un territoire à impact positif

Première agence de développement économique à rejoindre le Mouvement Impact France, Nantes Saint-Nazaire Développement veut accélérer l’arrivée d’entreprises à impact positif sur son territoire. Lancée il y a deux ans, la démarche invite les entreprises à changer de modèle pour faire émerger des filières innovantes respectueuses de la planète.
Pour Johanna Rolland, présidente de Nantes Métropole, l'adhésion de l'agence économique Nantes Saint-Nazaire Développement au Mouvement France Impact n'est pas un acte isolé. C'est une étape dans une stratégie lancée il y a huit mois par la métropole nantaise qui pourrait, à terme, elle aussi, y adhérer.
Pour Johanna Rolland, présidente de Nantes Métropole, l'adhésion de l'agence économique Nantes Saint-Nazaire Développement au Mouvement France Impact n'est pas un acte isolé. C'est une étape dans une stratégie lancée il y a huit mois par la métropole nantaise qui pourrait, à terme, elle aussi, y adhérer. (Crédits : Frédéric Thual)

C'est la première agence de développement économique française à adhérer au Mouvement France Impact, déjà rejoint par des métropoles comme Lyon, Rennes ou Montpellier, des régions (Occitanie, Bourgogne-Franche-Comté)... et quelques 10.000 entreprises, enclines « à changer de modèles pour répondre à l'urgence sociale et écologique ». À son tour, le territoire de Nantes-Saint-Nazaire y vient.

En deux ans, l'agence de développement économique a ainsi accompagné l'implantation de 64 entreprises à impact social et environnemental, venues d'horizons aussi divers que le numérique, les industries créatives ou durables, l'alimentation, la santé, le nautisme...

«C'est d'abord clairement un cap et une stratégie affirmée pour le territoire. Nous sommes dans un triple moment où nous devons prendre nos responsabilités sur la transition écologique. Ensuite, je suis convaincue que l'on n'inventera pas le monde post-carbone sans équation économique. Enfin, j'estime que les acteurs économiques du territoire ont plutôt de l'avance et de la maturité sur ces sujets », défend Johanna Rolland, présidente de Nantes Métropole et de l'agence de développement économique Nantes Saint-Nazaire Développement (NSND). Et d'ajouter :

« Notre territoire à des choses à partager sur ce modèle de développement économique durable, que l'on est capable de promouvoir collectivement. »

Une bascule en trois ans

Longtemps focalisée sur la seule attractivité du territoire, Nantes Saint-Nazaire Développement a, depuis deux ans, revu sa grille de lecture et changé de modèle pour accueillir et accompagner des entreprises à impact social et environnemental positif, mais aussi pour valoriser et structurer des filières émergentes dans les secteurs de la mode responsable, du transport à la voile, du recyclage, de la rénovation énergétique, de la logistique, l'économie circulaire ou encore des enjeux de mobilité.

«Il y a clairement une bascule et une accélération depuis deux ou trois ans dans les projets que l'on accompagne», observe Nicolas Debon, directeur de l'agence de développement économique responsable Nantes Saint-Nazaire Développement.

« Tout ce qui tournait autour des nouvelles énergies était encore très marginal il y a trois ou quatre ans. Aujourd'hui, cela représente un tiers des projets. Et, cette année, près des deux tiers des projets soutenus par l'agence concernent des entreprises à impact, contre 3% à 4% il y a trois ans », dit-il. En 2021, parmi les 82 structures implantées entre Nantes et Saint-Nazaire, 32 revendiquaient un engagement social et environnemental. Elles auraient généré 808 emplois.

Le choix d'une « démarche de progrès »

Pour déterminer ce qu'est une entreprise à impact positif, Nantes Saint-Nazaire Développement s'est appuyée sur les 17 objectifs de développement durables établis par l'ONU (vaincre la pauvreté, combattre la faim, égalité des sexes, une éducation de qualité, eau et énergie propre, travail décent et croissance économique, etc.) enrichis par les conseils de la société Toovalu, spécialisée dans les stratégies climat et RSE des entreprises.

« Nous avons d'abord cherché à déterminer notre capacité à être inclusif, sachant que nous distinguons la démarche RSE de l'activité propre de l'entreprise», explique Aspasia Nanaki, directrice Stratégie Impact, recrutée par NSND pour déployer la démarche de façon transversale en interne et animer cette stratégie en externe.

Autrement dit, vaut-il mieux accepter une entreprise « polluante » engagée dans une démarche RSE ou une entreprise innovante sur une question sociétale ou environnementale mais sans stratégie RSE ? Dilemme.

« La question s'est posée, par exemple, avec l'implantation de la startup Airseas, conceptrice d'une aile de traction pour le transport maritime dont l'activité répondait aux exigences écologiques. Elle était engagée dans une démarche RSE, mais sa jeunesse laissait apparaître un besoin de structuration sociale pour accompagner un effectif passé de 20 à 90 personnes », se souvient avec diplomatie Nicolas Debon. « Dans ce cas, on accepte qu'il y ait une démarche de progrès. Personne n'est parfait et nous n'avons pas la science infuse », reconnaît-il.

L'enjeu est maintenant de connaître l'impact social et environnemental de ces entreprises sur le territoire et de savoir si le mouvement pénètre les couches de l'économie plus classique.

« Nous avons maintenant un point zéro et allons engager un suivi avec les entreprises à l'horizon 2023/2024 », explique Nicolas Debon, qui entend faire vivre ce mouvement.

La structure devrait alors se doter d'indicateurs et d'indices de progression, à l'image de ce que l'on peut trouver pour mesurer les habitudes de consommation des Français.

Nicoals Debon, directeur de l'agence de developppement économique Nantes-Saint-Nazaire développement

[Nantes Saint-Nazaire Développement est la première agence de développement économique à rejoindre le mouvement Impact France. Crédit DR.]

Les mêmes problématiques, mais par des chemins différents

D'ici là, c'est, en premier lieu dans le secteur du tourisme d'affaires et de l'évènementiel, que Nantes Saint-Nazaire Développement va lancer des expérimentations collectives à grande échelle pour mesurer le gaspillage alimentaire, l'empreinte carbone et l'inclusion sur une série d'évènements en 2023.

Là encore, il s'agira d'avoir un point de référence pour apporter à la filière des éléments mesurés et mesurables de son impact.

« Il est d'autant plus important de travailler de façon collective dans une notion de filière. Lors d'un évènement, il y a une chaîne de valeurs, de prestations, et le bilan global ne dépend pas que d'une entreprise », note le directeur de Nantes Saint-Nazaire Développement, qui veut favoriser les échanges dans l'écosystème. À l'image du job dating « Un job à Nantes » lancé en 2021 avec la filière numérique, ou de la deuxième édition du salon « Wind For Goods » dédié au transport maritime à la voile organisée à Saint-Nazaire en juin prochain.

Car le territoire ne part pas de zéro et, surtout, il mûrit.

« De nombreuses rencontres et expérimentations ont lieu à travers différents réseaux comme l'association Ruptur, les Dirigeants Responsables de l'Ouest (DRO), l'association Openland, les Ecossolies, le Grand Défi, lancé par le GIEC Pays de la Loire ou la déclinaison territoriale de la Convention des entreprises pour le climat... On sent de plus en plus les acteurs prêts à réaliser des expérimentations. À partir des contraintes, ils cherchent à concevoir des projets positifs qui ont du sens pour transformer leur entreprise », relève Aspasia Nanaki.

Derrière ce mouvement, le maillage du territoire et l'adhésion au mouvement Impact France, les dirigeants de Nantes Saint-Nazaire Développement entendent contribuer à l'accélération de l'évolution des règlementations françaises et européennes. Pour rendre crédibles leurs actes et leur parole, et devenir une agence « responsable », ils cherchent à multiplier les partenariats et les labels, à l'instar de la certification ISO 20121 décrochée par le Bureau des congrès, organisateur d'évènements, qui imposera de nouvelles exigences dans ses appels d'offres.

« Si certains avancent, pour que la majorité bouge, il faut que la réglementation les y incite », observe Aspasia Nanaki qui a fait se rencontrer les acteurs du Medef et ceux de l'économie sociale et solidaire (ESS).

« Ils découvrent qu'ils partagent des problématiques communes mais n'y arrivent pas par le même chemin », dit-elle.

1 million d'euros levé en deux heures et demie par crowdfunding

Si l'apport en capital classique reste encore très présent, l'ouverture du capital en Crowdfunding s'accélère, intégrant des apports citoyens aux projets d'entreprises. Signe de cet engouement, la startup Heero, spécialisée dans le conseil à la rénovation énergétique des bâtiments, a tout récemment, levé 1 million d'euros en deux heures et demie sur la plateforme de crowdfunding Proximea ! Et finalement dépassé ses objectifs de 140% avec 1,4 million d'euros.

« Les modèles économiques changent. La manière d'impliquer les citoyens aura encore plus de sens demain », estime Nicolas Debon.

Imagination Machine : 35 investisseurs y croient

A Nantes, lancé il y a cinq ans sur le modèle des startups à impact socio-environnemental positif, le startup studio nantais Imagination Machine, créé par Rob Spiro et Emilie Abel, vient, lui, de lever 10 millions d'euros auprès de 35 investisseurs (BPIFrance, Caisse d'épargne Bretagne Pays de la Loire, CIC Ouest...), des industriels ( Eram, Cetih, Armor, Idea...), des entrepreneurs (Blablacar, Akeneo, Stampyt...) ou encore des investisseurs à impact (Avelana, Enowe, Cameleon...) pour lancer une deuxième promotion autour d'une dizaine de startups à impact socio-environnemental positif, voulant se déployer en Europe.

La première, lancée en 2017 (5,5 millions d'euros), aurait permis à 8 startups de créer 150 emplois et de lever 24 millions d'euros.

Pour l'une d'elles, Beem Energy, qui a développé un kit solaire à installer soi-même en moins d'une heure, ce soutien lui a permis d'être référencée chez Leroy Merlin, de vendre 10.000 kits et d'éviter de consommer 3,5 GWh d'électricité sur le réseau en 2022, soit l'équivalent d'au moins 700 foyers français. Un modèle à impact, et attractif.

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