LivingPackets entend changer le monde... de la logistique

Frédéric Thual, à Nantes

Frédéric Thual, à Nantes
Fin décembre, l'application LivingPackets sera téléchargeable sur les stores de Google et d'Apple. Et avec elle, la possibilité d'envoyer des marchandises en France -puis à l'international- de manière sécurisée en un temps record pour un coût minimum de 18 € en s'appuyant sur les flux des voyageurs.
Expérimenté depuis l'été dernier entre Paris et Londres, ce nouveau système de livraison doit, au fil des mois, être déployé à partir de la fin janvier à Lille, Lyon, Marseille et Paris (gares du Nord et de Lyon). Dès 2018, ce service devrait être progressivement étendu aux grandes capitales européennes (Allemagne, Belgique, Espagne...) au rythme d'une destination par mois.
« L'internet des objets (IoT) a changé nos habitudes de consommation. Nous avons utilisé ces nouvelles technologies pour améliorer un système logistique vieillissant », explique Denis Mourrain, directeur général de LivingPackets, une startup nantaise, née dans le giron de la holding PA.Cotte, fondée par Pierre-Alain Cotte, un serial entrepreneur, fondateur de plusieurs sociétés high-tech en France, aux États-Unis dans la Silicon Valley et en Allemagne, dans les domaines du hardware, des logiciels et de l'Internet. « Des entreprises dont certaines sont cotées en bourse au NASDAQ et en Europe », précise le CV de cet homme plutôt discret.
Il y a deux ans, il choisissait d'investir 15 millions d'euros à Sainte-Luce-sur-Loire, à la périphérie nantaise, pour y implanter un centre de R&D de 1.200 m². Objectif avoué à l'époque, « lancer à la fin 2017 un produit à 200.000 € que les milliardaires vont s'arracher ! » Si celui-ci n'a toujours pas vu le jour -sa commercialisation serait imminente-, le bâtiment a, en revanche, doublé de surface et les objectifs de recrutement annoncés, ont été atteints. « Nous sommes aujourd'hui près d'une cinquantaine sur le site », assure Denis Mourrain. Ici murissent cinq projets innovants couvés par PA.Cotte. Dont LivingPackets qui entend rebattre les cartes de la livraison de colis en Europe. « Un marché en croissance de 20% par an. Chaque année, c'est 360 millions de colis qui transitent dans l'Hexagone. Le cabinet d'études en immobilier commercial Cushman & Wakefield prévoient une augmentation de 69% d'ici 2021, soit 70 millions de colis supplémentaires chaque année », indique Denis Mourrain.
Le LivingPackets ? C'est un bagage, conçu en trois dimensions (2 kg, 4 kg, 6 kg), né à l'issue de deux ans de R&D. « Au format A3 pour transporter un courrier, de la taille d'une boite de chaussures ou d'un bagage cabine », précise Denis Mourrain, qui projette une extension des contenants.
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A ce jour, 200 modèles ont été confectionnés pour l'expérimentation.
« A terme, nous devons être en mesure de pouvoir lancer la fabrication de 100.000 unités, qui sont ensuite assemblées à Nantes », dit-il. Protégés par six brevets internationaux, ces sacs de transport d'un nouveau genre sont équipés d'une serrure électronique, d'une caméra, de capteurs de chocs, de température et d'hygrométrie.
Concrètement, celle-ci s'appuie sur un réseau de partenaires, des « Guardians », plutôt situés à proximité des gares, à l'instar des points-relais utilisés dans le e-commerce. « A qui nous ne proposons pas 20 ou 30 centimes, comme c'est généralement pratiqué aujourd'hui, mais 2 euros pour l'envoi ou la réception d'un colis », précise le co-fondateur de LivingPackets qui, outre une technologie Innovante, déploie, dans le même temps, un modèle économique original.
« Ainsi, sur une livraison internationale facturée 18 euros, 10 sont versés aux voyageurs, deux et deux aux « gardians » et le prix (4€) de la location du sac est réparti entre la société et la communauté d'investisseurs. Nous partageons 50% de nos revenus avec nos contributeurs. C'est une approche unique dans l'économie de partage, c'est ce que nous appelons le Profit-Sharing. LivingPackets obtient un million d'euros pour chaque million partagé », dit-il.
Dans le même esprit, l'entreprise a lancé une campagne de financement participatif de crowdsharing pour produire ses fameux sacs et lancer le service. Plutôt que d'aller à la recherche de Business Angels par forcement impliqués, la start-up a préféré constituer une communauté de « Sharing Angels". L'entreprise propose à chacun d'investir 60 euros (dans le cadre de l'offre Early bird) et de recevoir en contrepartie 2 euros à chaque fois que le service est utilisé dans le monde. Une manière d'assurer un retour sur investissement immédiat.
Bien avant le lancement de l'opération, la communauté réunit déjà 1.850 Sharing Angels. De l'autre côté, LivingPackets compte sur les millions de passagers transportés par les 11.300 trains parcourant l'Hexagone quotidiennement.
Commercialement, deux offres sont pour l'instant proposées ; l'une à 18 € pour un transport de gare à gare. L'autre à 30€ pour une livraison de porte-à-porte. Avec une option de 5 € pour l'assurance d'objets d'une valeur supérieure à 100€. « Le contenu est, lui, assuré à hauteur de 3.000 € », indique Denis Mourrain. Au-delà de la rapidité, l'offre tarifaire pourrait rapidement trouver sa place entre les Colissimo de La Poste, les services de DHL, Fedex, et autres UPS.
Un regard accru a été porté sur la sécurité pour dépasser les standards actuels.
Testé avec l'Hôtel Marriott à Londres, ce service aurait déjà rendu bien des services pour avoir ramené en urgence à Paris, un passeport ou un doudou. L'objectif est de pouvoir livrer toutes les capitales européennes en moins de 3 à 6 heures.
Après le test londonien, les dirigeants de LivingPackets sont dans les starting-blocks pour débouler sur le marché français. Avec une appréhension : que le nombre de voyageurs inscrits soit bien supérieur à la demande des clients (particuliers ou professionnels) ou que l'afflux massif de demandes enraye une production jusque-là orchestrée au millimètre, grâce à un système informatique, innovant lui aussi, dont l'organisation en cascade doit permettre d'absorber les flux. En 2018, LinvigPackets projette d'acheminer 1.500 colis par jour et offrir une solution alternative sans émission supplémentaire de C02.
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Signe de l'ambition de la startup, la holding PA.Cotte a injecté 1 million de francs suisses dans le siège social de LivingPackets en terre helvétique, 1 million d'euros dans le capital de l'entité nantaise, siège français du groupe , 500.000 euros dans la filiale allemande de Nuremberg, et prévoit de prendre pied rapidement au Royaume-Uni, aux États-Unis (New York), en Chine, en Italie... En espérant, quand même, que le colis ne soit pas piégé !
Par Frédéric Thual,
correspondant Pays de la Loire pour La Tribune
Frédéric Thual, à Nantes