La souveraineté en matière de défense, mesurée jusqu'aux armes de petit calibre... Face à une prise de conscience dont le catalyseur serait le conflit en Ukraine, Cybergun, un acteur mondial de l'airsoft positionné depuis 2018 sur le marché militaire, annonce la reprise de la PME stéphanoise Verney-Carron, en difficulté depuis plusieurs mois. Son ambition : redonner à l'Hexagone sa capacité de résilience sur marché lui aussi jugé stratégique."Depuis la fin de la production du Famas en 1992, la France n'a plus aucune usine capable de fabriquer en France ses armes de petit calibre", constate avec regret Hugo Brugière, le Pdg de Cybergun.
"Tous les fusils équipant nos soldats sont fabriqués à l'étranger. Quant aux munitions... La situation actuelle nous rappelle douloureusement que la guerre sur le sol européen, ce n'est peut-être pas complètement derrière nous. Imaginez une guerre, imaginez que nos pays fournisseurs réservent leurs productions nationales pour leurs propres besoins, que se passerait-il pour la France ? Est-ce que nos soldats pourraient partir au combat sans armes ? Je crois qu'il faut une véritable prise de conscience sur la nécessité d'une résilience nationale sur les armes".
Une prise de conscience dont le catalyseur serait le conflit en Ukraine, un peu comme la pandémie de Covid l'a été sur la question des capacités françaises en matière de production de masques.
Quatre offres de reprise
C'est donc avec cette ambition, assumée et affichée, de redonner à la France sa souveraineté sur les armes de petit calibre, doublée évidemment d'une ambition économique, que le Français Cybergun (47 millions d'euros de chiffre d'affaires) annonce la reprise de l'entreprise Verney-Carron. Créée en 1820, cette dernière est le plus ancien manufacturier d'armes de chasse français et la dernière armurerie industrielle à capitaux français. Ses fusils de chasse disposent d'une notoriété solide en France et à l'international où elle réalisait il y a encore peu quelque 40% de son chiffre d'affaires.
La PME stéphanoise (9 millions d'euros de chiffre d'affaires en moyenne sur les quatre dernières années ; RN 2021 estimé à -1,5 million ; 74 salariés) était en difficulté depuis plusieurs mois. "Nous étions déjà fragilisés avant le Covid, la crise a amplifié nos problèmes. Nos marchés export se sont fermés brutalement", souligne Guillaume Verney-Carron, directeur général délégué de l'entreprise familiale qu'il dirige avec son cousin Jean Verney-Carron, président du directoire.
Sous procédure de sauvegarde depuis l'automne dernier, elle se cherchait un repreneur. "Industriel et français de préférence ! ", insiste Guillaume Verney Carron. Une quinzaine de marques d'intérêt ont finalement mené à quatre offres fermes de reprise. Dont celle de Cybergun que la famille Verney-Carron a donc retenue.
Stéphanie Gallo Triouleyre