Après le coup de théâtre et la force des mots, la dégringolade en bourse. Le fabricant isérois de substrats semi-conducteurs est secoué depuis mercredi soir par une crise de gouvernance majeure. Celle-ci fait suite à la nomination surprise d'un nouveau directeur général, Pierre Barnabé, par le conseil d'administration, contre laquelle s'oppose le comité exécutif dirigé par Paul Boudre, l'homme du redressement de l'entreprise depuis 2016, dont le mandat s'achève en juillet prochain.
Un tremblement de terre qui a immédiatement effrayé les investisseurs puisque le cours de bourse, côté au SBF 120 d'Euronext, s'est effondré de plus de 18% ce jeudi après-midi. Le prix de l'action est passé de 185,70 euros à 167,60 euros, faisant chuter la capitalisation à 5,84 milliards d'environ. Tous savent qu'une crise de gouvernance peut avoir des effets néfastes dans une entreprise, tant pour ce qui concerne les prises de décision, que pour la gestion du quotidien et la sérénité des personnels.
D'ailleurs, un premier communiqué de la CGT, premier syndicat majoritaire avec près de 50% de représentativité, traduit ce jeudi une position franche, lâchant ouvertement son directeur général dans la guerre des patrons qui se joue à la tête de l'entreprise :
Pour rappel, le flottant représente 61% de son capital, tandis que Bpifrance, le Commissariat à l'énergie atomique (CEA), dont était issu Soitec à l'origine, et le groupe chinois NSIG se partagent à égalité environ un tiers du capital. Contactés, ni le CEA, ni Bpifrance ne souhaitent commenter la situation à ce stade.
A l'antenne de BFM Business ce jeudi matin toutefois, le directeur général de Bpifrance, Nicolas Dufourcq, a condamné l'attaque sur le conseil d'administration, "totalement inadmissible", et a rappelé "qu'il était totalement normal que le CA se saisisse de la question de la succession, Paul Boudre ayant atteint la limite d'âge". Rappelant que le processus de sélection avait été mené dans les règles, il a affirmé : "Je vois que derrière cet épisode, il y a des peurs. On est avec une entreprise qui a vécu son aventure et qui a peut-être même oublié qu'elle a été cotée, avec une gouvernance. Les peurs, on va les traiter aujourd'hui".