Pourquoi Vivendi devrait choisir Numericable pour le rachat de SFR

Le conseil de surveillance se réunit en ce moment même pour sceller le sort de sa filiale télécoms, convoitée par le groupe Bouygues et la maison-mère du câblo-opérateur. Plus de cash et l’apparente simplicité administrative auraient fait pencher la balance en faveur de Numericable.
Delphine Cuny
Jean-René Fourtou, le président du conseil de surveillance de Vivendi, penchait depuis le début pour un accord avec Numericable.
Jean-René Fourtou, le président du conseil de surveillance de Vivendi, penchait depuis le début pour un accord avec Numericable. (Crédits : AFP)

La décision du conseil de surveillance de Vivendi n'est pas encore officielle, il se réunit en ce moment même, à partir de 11 heures, au siège de l'avenue de Friedland, mais le camp de Bouygues s'est déjà fait une raison : le groupe de BTP a sans doute perdu sa bataille pour emporter SFR face à Numericable. Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif, lui-même a indiqué qu'à sa connaissance « les dirigeants de Vivendi ont décidé coûte que coûte de vendre SFR à Numericable » ce vendredi matin sur Europe 1. Selon nos informations, le ministre a reçu hier soir à Bercy Jean-René Fourtou, le président du conseil de surveillance de Vivendi, et Alexandre de Juniac, le patron d'Air France KLM qui est aussi membre du conseil de Vivendi, et leur aurait exprimé sa désapprobation. « Le ministre est très remonté » glisse un proche du dossier. Mais la décision était semble-t-il sans appel et le conseil de Vivendi, entreprise privée, demeure souverain.

La somme en cash a primé la valeur future

Le comité ad hoc, composé de trois administrateurs indépendants, Henri Lachmann (Schneider), Alexandre de Juniac et Daniel Camus (The Global Fund), ainsi que de la représentante des actionnaires salariés, aurait pris parti pour Numericable hier, selon une source bien informée. Plusieurs motifs ont été avancés : primo, Altice, le premier actionnaire du câblo, a proposé « plus de cash », même si l'écart n'est pas très important, à savoir 11,75 milliards d'euros contre 11,3 milliards, ce qui en fait le mieux disant financier. « Le cash est un élément plus important que la valorisation totale car celle-ci dépendant tellement des synergies et de la valeur future de l'entité fusionnée » analyse un proche du dossier.

Financement et simplicité administrative

Secundo, le financement de l'offre d'Altice serait perçu comme « plus solide », car huit banques françaises et internationales sont prêtes à garantir la dette levée (8 milliards d'euros) dans le cadre de l'opération, contre une seule, HSBC, côté Bouygues. Un argument qui fait bondir dans le camp du groupe de BTP.

Tertio, la fusion de SFR et de Numericable poserait « moins de difficultés administratives », selon cette source bien informée, autrement dit obtiendrait plus facilement un feu vert de l'Autorité de la Concurrence. Pourtant, Bouygues avait frappé un grand coup en signant un accord avec son pire ennemi, Free, pour lui céder à prix bradé (1,8 milliard d'euros) le réseau mobile de Bouygues Telecom et une grande partie de ses fréquences, un « remède » de nature à « favoriser un examen peut-être plus rapide et en tout cas plus simple du dossier » selon Bruno Lasserre, le président du gendarme de la concurrence lui-même. Les déçus, à savoir Bouygues et Free, ne devraient cependant pas manquer de mettre des bâtons dans les roues du projet et demander au gendarme de nombreuses restrictions au projet de mariage SFR-Numericable, notamment sur les accords privilégiés du câblo avec les chaînes de Canal Plus (groupe Vivendi). Voire sur une régulation des tarifs de gros du réseau câblé pour les autres fournisseurs d'accès. 

Avantage Numericable depuis le début

« Depuis le début, Jean-René Fourtou est prêt à signer avec Patrick Drahi [le premier actionnaire d'Altice donc de Numericable NDLR] pare qu'il est convaincu qu'il n'y a aucun risque réglementaire » confie une source proche du conseil. « C'est une offre qui a peut-être moins de vertus mais pose moins de problème ! » résume-t-elle. Difficile pour les autres membres du conseil de s'opposer à celui qui les a fait nommer et est perçu comme le vrai président exécutif depuis le départ de Jean-Bernard Lévy de la présidence du directoire. «L'objectif de Fourtou est d'avoir soldé le plus de dossiers d'ici à l'assemblée générale de juin prochain » souligne cette source : or le président du conseil peut se targuer d'avoir déjà conclu la vente d'Activision Blizzard, pour 8,2 milliards de dollars (il lui reste 12%) en octobre et celle de Maroc Télécom, à Etisalat pour 4,2 milliards d'euros en novembre. Et sous peu le dossier SFR. Il aura en tout cas bien su faire monter les enchères. Petite consolation pour Bouygues, il semble que son offre ait reçu une meilleure note sur le plan du projet industriel…

« On n'est pas à l'abri d'un ultime rebondissement » observe un proche des discussions, sans trop y croire. Ce vendredi matin, les investisseurs ont déjà anticipé la décision du conseil : l'action Numericable rebondit de 3,8% en Bourse et celle de Bouygues recule de 3,2%. La plus forte baisse revient à Iliad la maison-mère de Free qui chute de 5,3%. Vivendi est quasi stable (-0.38%).

Delphine Cuny

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Commentaires 16
à écrit le 14/03/2014 à 14:48
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De quoi se même Montebourg? A quoi ca lui sert d'aboyer à propos d'un sujet sur lequel il n'a aucune prise? Le colbertisme nous emm....., on ne dirige pas au XXIeme siecle avec des méthodes d'il y a 400 ans.

à écrit le 14/03/2014 à 14:23
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Moi aussi je suis content d'être chez Orange... Ca va être le souk pendant des mois chez SFR/Numéricable avec la fusion puis après avec le rachat de Bouygues par Free dans quelques mois!

à écrit le 14/03/2014 à 14:06
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Cette affaire montre bien à la fois le manque d’ambition de la plupart des acteurs et le triomphe du court terme sur le long terme. Vivendi ne songe qu’à sortir de ses multiples erreurs au plus vite, le gouvernement ne voit que l’impact à court terme...

à écrit le 14/03/2014 à 13:50
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Où l'intérêt privé l'emporte encore sur l'intérêt collectif. Si VIVENDI signe Numéricâble, c'est la compromission immédiate du plan de développement de la fibre en zones rurales. Donc une inégalité supplémentaire. Jean René Fourtou porte bien son nom...

le 14/03/2014 à 14:54
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En même temps excusez le il est pas fonctionnaire, il n'a pas a ce souciez du bien commun. Le commun ce soucie t'il des entreprises quand il les ponctionnent jusqu’à plus soif, ou quand il achète des voitures allemande alors que Peugeot s’effondre...

à écrit le 14/03/2014 à 12:58
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Il est temps que ce gouvernement - Arnaud Montebourg en tête - passe des vaines remontrances ou menaces aux actes. Pour empêcher le hold-up que Numéricable et ses actionnaires (Carlyle et Cinven) vont réaliser depuis le Luxembourg et autres paradis...

à écrit le 14/03/2014 à 12:27
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petite question:que devient l'accord de mutualisation bouygues-sfr?

le 14/03/2014 à 23:10
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Cela montre combien ces entreprises sont bien gérées et que les décisions prise sont parfaitement cohérentes ..... Catastrophique !

à écrit le 14/03/2014 à 12:09
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Pauvre Montebourg. Il ne pourra pas progresser d'un cran dans la hiérarchie de son GODF après ce désaveu... il va se prendre plutôt un blâme pour son échec.

à écrit le 14/03/2014 à 11:51
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Montebourg, pas plus que Bouygues , n'ont de vision à long terme des Télecom . c'est bien dommage .

à écrit le 14/03/2014 à 11:29
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Finalement je suis content d'être chez Orange. De toute façon on reviendra à 3 opérateurs. Numéricable va devoir s'endetter lourdement pour acheter SFR qui ne sera pas forcément rentable. Donc ils seront obligés de revendre SFR pour s'en débarrasser ...

le 14/03/2014 à 12:08
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Revendre SFR? Vous êtes complètement à coté de la plaque...

le 14/03/2014 à 12:31
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Qu'est ce que fera Numericable s'ils n'arrivent pas à rentabiliser SFR après s'être lourdement endetté? Dégraisser SFR et si ça ne fonctionne pas le revendre ou faire faillite. L'histoire économique compte moult histoires d'entreprises qui ont eu les...

le 14/03/2014 à 14:17
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Je ne vois pas en quoi le projet de Bytel serait plus solide... D'un côté on aurait une fusion entre 2 opérateurs similaires, de l'autre entre un opérateur d'infra et de service fixe et un opérateur de service fixe et mobile. Il y a plus de compléme...

le 14/03/2014 à 14:37
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"le projet de Bouygues est beaucoup plus solide" ben oui, un dossier en béton... Le plus inquiétant, à part des dettes colossales (on ne fait pas de business sans emprunter, voir ensuite à rester raisonnable), c'est l'emploi, variable d'ajustement.

le 16/03/2014 à 11:29
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Pour vous faire une idée de l'avenir de SFR, regardez ce que M. Fourtou a fait de le chimie française et vous aure compris la vision industrielle ce "capitaine" d'industrie

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