Cambridge Analytica : l'heure des comptes a sonné pour Facebook

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Convoqué par les sénateurs et représentants américains, Mark Zuckerberg à son arrivée au Congrès des Etats-Unis, mardi 10 avril. Facebook cumule les polémiques. Avant le scandale Cambridge Analytica, il avait été accusé d'avoir favorisé la victoire de Trump avec la création de bulles idéologiques. Ce phénomène de filtre permet de voir les informations identifiées comme conformes aux idées de l'utilisateur, lequel se retrouve ainsi « enfermé » dans un cercle de pensée, sans débat idéologique.
Convoqué par les sénateurs et représentants américains, Mark Zuckerberg à son arrivée au Congrès des Etats-Unis, mardi 10 avril. Facebook cumule les polémiques. Avant le scandale Cambridge Analytica, il avait été accusé d'avoir favorisé la victoire de Trump avec la création de "bulles idéologiques". Ce phénomène de filtre permet de voir les informations identifiées comme conformes aux idées de l'utilisateur, lequel se retrouve ainsi « enfermé » dans un cercle de pensée, sans débat idéologique. (Crédits : Aaron Bernstein / Reuters)
Convoqué hier et aujourd'hui par le Congrès des États-Unis, Mark Zuckerberg, le Pdg du plus grand réseau social au monde, a réitéré ses excuses et va tenter d'expliquer comment les données personnelles de quelque 87 millions d'utilisateurs se sont retrouvées entre les mains de la firme d'analyse de données Cambridge Analytica. Retour sur ce scandale qui impacte la protection de la vie privée de 2,13 milliards d'utilisateurs et qui remet en cause le cœur du business model de Facebook: la collecte de données à des fins publicitaires, qu'elles soient commerciales ou... politiques.

Facebook est-il laxiste pour la protection des données personnelles ? C'est l'inquiétude soulevée par l'affaire Cambridge Analytica. Le cabinet d'analyse éponyme, au service de Donald Trump pendant sa campagne électorale en 2016 et du groupe « Leave.EU » pour le Brexit, aurait mis la main sur les données personnelles de 87 millions d'utilisateurs Facebook sans leur consentement. Retour sur les principaux points du scandale.

Que fait Cambridge Analytica ?

Spécialisé dans la communication stratégique, Cambridge Analytica, créé en 2013, réalise de l'analyse de données. Si l'entreprise se décrit sur son site internet comme une "organisation non-partisane", elle a été financée à hauteur de 15 millions de dollars par Robert Mercer. Ce milliardaire, connu pour être un soutien du parti Républicain, est un proche de Donald Trump.

C'est d'ailleurs par le biais de l'actuel président américain que Cambridge Analytica s'est fait connaître. Le cabinet a travaillé pour lui lors de la campagne présidentielle américaine en 2016. Sa mission : concevoir un logiciel permettant d'anticiper le vote des électeurs afin de faire pencher la balance en faveur du candidat républicain grâce à de la publicité ciblée... Ce qui nécessite l'agrégation de données.

Comment Cambridge Analytica a eu accès aux données Facebook ?

C'est le point crucial de l'affaire. Dans un premier temps, les estimations affirmaient que 50 millions de données personnelles d'utilisateurs Facebook s'étaient retrouvées entre les mains du cabinet d'analyse - soit près d'un quart des électeurs américains. Mais le chiffre est grimpé à 87 millions de profils concernés, dont 81% situés aux Etats-Unis, d'après Facebook le 4 avril.

L'entreprise serait passée par un intermédiaire : un certain Aleksandr Kogan. Cet universitaire a développé en 2013 une application baptisée "thisisyourdigitallife", fonctionnant grâce aux identifiants Facebook. Ainsi, lors de son téléchargement, les utilisateurs concédaient un droit d'accès à leurs données personnelles sur la plateforme.

"Environ 270.000 personnes ont téléchargé l'application, chiffre Facebook. En faisant cela, ils donnent leur consentement à Kogan pour avoir accès à des informations comme leur ville d'origine, les contenus "likés" » mais aussi leur nom et prénom. Et ce n'est pas tout. L'application pouvait également avoir accès aux "amis" des utilisateurs l'ayant téléchargée. En 2014, Kogan aurait transmis ces données à Cambridge Analytica. Si l'accès aux données était légal pour le chercheur, leur transmission à un tiers constitue une violation des règles d'utilisation de Facebook.

"En 2015, nous avons appris que le Dr. Aleksandr Kogan nous avait menti", s'est défendu le réseau social. Une façon pour Facebook de se dédouaner sur l'usage détourné des données personnelles de ses utilisateurs. "Les gens ont connaissance de fournir ces informations. Aucun système n'a été infiltré, aucun mot de passe ou données sensibles n'ont été volées ou piratées", poursuit la plateforme. De son côté, Alexsandr Kogan estime servir de « bouc émissaire ».

Pourquoi la polémique embarrasse-t-elle Facebook ?

L'affaire touche le cœur même de l'activité de Facebook : la collecte de données - et l'usage potentiellement détourné qui peut en être fait. Conséquence : l'action du fleuron de la Silicon Valley a chuté en Bourse de 185 dollars mi-mars aux alentours de 150 dollars début avril. "Je pense que nous allons nous extirper de ce problème, mais cela prendra quelques années, a déclaré lundi 2 avril Mark Zuckerberg, PDG et co-fondateur de Facebook, dans un entretien à Vox. Pas sûr que les autorités l'entendent ainsi.

La plateforme se trouve sous le coup de pressions politiques tous azimuts. Mark Zuckerberg va être auditionné en personne par le Congrès américain le 11 avril. Une première. Le Bureau américain de protection des consommateurs (FTC) mène également une enquête de son côté. Tout comme les autorités britanniques. La Commission européenne a déclaré lundi 26 mars laisser un délai de deux semaines à Facebook pour apporter des réponses - notamment si les données personnelles d'Européens ont été compromises.

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[ Les activistes du site de pétitions citoyennes Avaaz devant le Congrès hier pendant la première audition du Pdg de Facebook, Marck Zuckerberg. Photo : Aaron Bernstein/Reuters ]

Le scandale de trop ?

Facebook cumule les polémiques. Il a d'abord été accusé d'avoir favorisé la victoire de Donald Trump avec la création de "bulles idéologiques". Ce phénomène de filtre permet de voir les informations identifiées comme conformes aux idées de l'utilisateur. Celui-ci se retrouve ainsi « enfermé » dans un cercle de pensée, sans débat idéologique. Facebook est aussi critiqué pour la prolifération des fake news, ces fausses nouvelles virales popularisées lors du Brexit en 2016 et amplifiées lors de la présidentielle américaine. Un vrai casse-tête pour la plateforme, qui ne sait comment les modérer.

Il faut dire que le réseau social est devenu gigantesque : il est utilisé par 2,13 milliards de personnes sur une population mondiale de 7 milliards ! Une audience - et une responsabilité - que la plateforme n'avait pas anticipée en 2004, lors de sa création à Harvard en tant que trombinoscope universitaire.

Suite à l'affaire Cambridge Analytica, des recours collectifs ont été déposés aux Etats-Unis. Une campagne #DeleteFacebook (en français, supprime Facebook) a été lancée sur Internet. "Je pense que c'est un signal clair qu'il y a un problème de confiance majeur pour les utilisateurs", admettait à CNN Mark Zuckerberg fin mars. Preuve que le bateau tangue : le réseau social accuse déjà d'une baisse du temps passé sur sa plateforme d'environ 50 millions d'heures par jour - soit un repli de 5% pour le dernier trimestre, chiffrait l'entreprise lors de la publication de ses résultats annuels en février. Et le nombre d'usagers commence même à baisser outre-Atlantique.

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Commentaires
a écrit le 11/04/2018 à 15:20 :
La question n'est pas là. La vraie question c'est que Facebook est un média qui vit de la publicité, comme beaucoup d'autres médias, mais où le lecteur fabrique lui-même le contenu. Et gratuitement, en plus.
Bref : c'est une bien belle invention.
Et nous tous qui croyons nous en servir gratuitement, alors que l'on se sert de nous pour fabriquer beaucoup de fric, n'avons qu'à nous en prendre qu'à nous-mêmes le jour où il y a un pépin.
a écrit le 11/04/2018 à 14:28 :
"Retour sur ce scandale qui impacte la protection de la vie privée de 2,13 milliards d'utilisateurs"

En parlant de milliards:

Le gouvernement indien a scanné l'Iris de l'œil de la quasi-totalité de sa population, c'est la plus grand base biométrique du monde.
L’opération initiée en 2010 sur près d’un milliard d’habitant doit bientôt s’achever.
Concrètement, le gouvernement indien est passé dans toutes les villes et dans tous les villages du pays pour scanner l'œil de chaque Indien.
Il a également saisi les empreintes digitale de tous les habitants du pays soit près un sixième de l’humanité.C’est une entreprise française, Safran, qui est à l’origine du projet.Ces données biométriques uniques servent à constituer une carte d'identité puisqu’il n'y en avaient pas avant en Inde.
Cela permettra de répertorier chaque citoyen et surtout d’être plus efficace pour distribuer des aides sociales qui sont siphonnée par des intermédiaires et génèrent de la corruption. Les plus pauvre n'en voit pas la couleur.Vos empreintes biométriques infalsifiables sont reliées à un numéro à 12 chiffres qui unique (type numéro de sécurité sociale) qui sert de compte en banque.Ce sésame à numéro unique sert également pour les impôts, pour les téléphones portables et même pour réserver un billet de train.
a écrit le 11/04/2018 à 14:02 :
L'affaire FB, qui a démarré après l'échec de la candidature H.Clinton, tout en prolongeant l'accusation d'ingérence russe, sert au moins le débat sur la protection des données personnelles. Aux E.U., la gestion des données n'est qu'un business commercial comme un autre. Le modèle du start-upper Zuckerberg qui apparait comme un petit garçon irresponsable, est aujourd'hui jeté en pâture : tous les GAFAM sont concernés par l'affaire, même les salariés de Google ont protesté pour leur collaboration avec la CIA. Google, qui soit dit en passant, possède 10 fois les capacités de FB . Exemple (lointain) avec Linky en France, mis en place sans réelle concertation . La RGPD de l'UE, c'est pour le 25 mai : il est à craindre plutôt un restriction de liberté qu'une protection. En fait, il faut interdire la collecte de données. Mais le promoteur de "la start-up nation" qui saute comme un cabri en évoquant l' I.A. saura t-il tirer des leçons de ces affaires, on peut en douter ...
a écrit le 11/04/2018 à 12:39 :
Satisfait de n'etre jamais tombe dans ces pretendus "sociaux".
Ni tweet, fesse bouc et autres...
Il n' empeche, chacun aujourd'hui est "trace".
Compte en banque, carte de credit, portable et vecteurs informatique.
Se croire a l'abri est une illusion, sauf pour le berger des Cevennes.
Orwell a vu juste.
Réponse de le 11/04/2018 à 16:18 :
Je trouve votre commentaire pertinent. C'est dommage qu'il n'y ait pas de bouton "j'aime" sur la tribune.fr ;)
a écrit le 11/04/2018 à 11:48 :
Ne pas faire aux autres ce que l´on n'accepterait pas pour soi-même...

"Lorsque le sénateur démocrate Dick Durbin a demandé à Mark Zuckerberg s'il partagerait le nom de l'hôtel où il avait passé la nuit précédente, le patron de Facebook a refusé de répondre. "Voudriez-vous nous dire avec qui vous avez échangé des messages la semaine dernière ?". Non plus. "C'est bien de cela dont on parle aujourd'hui : votre droit à la vie privée. Il s'agit de votre droit et de savoir si vous êtes prêt à l'abandonner afin, je cite, de connecter le monde. Tout le monde devrait pouvoir contrôler la façon dont ses données sont utilisées", a conclut Dick Durbin, face à un Mark Zuckerberg déstabilisé."
Voilà, tout est dit.
a écrit le 11/04/2018 à 11:06 :
L'administration américaine aurai donc raison de suspecter une manipulation des élections, mais les coupables ne seraient donc pas Russes.
a écrit le 11/04/2018 à 11:03 :
Pourquoi je ne vois aucune réaction politique sur les possibles manipulations des élections Française ou Européennes par l'utilisation des données privés des réseaux sociaux ? Quand on constate qu'un inconnu du monde politique devient président de la république Française, il y a de quoi se poser la question, non ?
Réponse de le 11/04/2018 à 11:19 :
"Quand on constate qu'un inconnu du monde politique devient président de la république Française, il y a de quoi se poser la question, non ? "

Heu... là faut prendre un peu de recul quand même et voir qui a plébiscité Macron ? Les médias de masse qui appartiennent à 95% à 7 milliardaires en France, je ne pense pas qu'ils soient compromis avec les russes hein ou alors tout devient vraiment du grand n'importe quoi, ce qui n'est jamais à exclure au sein d'un système guidé par des ânes, certes.

Macron est bien trop faible pour le soupçonner d'une quelconque stratégie hein... Il obéit point.
a écrit le 11/04/2018 à 9:47 :
Bref il faut mordre les GAFA et que font les médias ? Ils mordent les GAFA.

Au secours.
a écrit le 11/04/2018 à 9:43 :
Personnellement, j'ai un compte anonyme sur Facebook (pseudonyme, fausse date de naissance, pas de numéro de téléphone, mail dédié, pas de photos personnelles, pas d'info personnelles...). Pas besoin de tout cela pour discuter avec d'autres personnes... surtout quand on sait que les entreprises américaines ne connaissent pas le concept de vie privée.
Réponse de le 11/04/2018 à 12:46 :
Quand vous redigez avec votre portable. Tablette ou autre appareil , vous laissez derriere vous une adresse IP. "On" sait par consequent qui emet le message.
Sauf a aller dans un PC bang et encore, si les flics vous recherchent, ils trouveront forcement trace de votre passage et par consequent votre signalement sera aise.
Desole, je vous casse la baraque.
Cordialement.
Réponse de le 11/04/2018 à 13:29 :
@matins calmes : Je suis informaticien (administrateur système). Je sais très bien comment cela fonctionne. Votre intervention est louable mais ce n'est pas le sujet. L'idée n'est pas de cacher son identité aux autorités, ce serait autrement plus complexe, mais de ne pas fournir d'information personnelles (ou le moins possible) à des entreprises privées étrangères, qui les utiliseront pour les revendre ou les exploiter.

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