En désaccord avec Facebook, les co-fondateurs d'Instagram claquent la porte

2012
Reuters/Stephen Chernin
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Reuters/Stephen Chernin
Nouvelle secousse chez Facebook. Les deux co-fondateurs d'Instagram, application de partage de photos et propriété du groupe depuis 2012, ont annoncé lundi soir leurs démissions. Kevin Systrom et Mike Krieger, tous deux trentenaires, occupaient les postes de directeur général et directeur technique de la société.
Aucune raison officielle n'a été évoquée du côté de Facebook, mais la presse américaine attribue ces départs à de fortes tensions avec la direction du groupe. Les co-fondateurs de l'application "étaient en conflit (avec la direction de Facebook) depuis plusieurs mois à propos de l'autonomie d'Instagram", selon le Wall Street Journal. En cause : "Les dirigeants de Facebook, y compris Mark Zuckerberg, poussaient Instagram à élargir rapidement le nombre d'utilisateurs" de l'application. Lancée en 2010, alors que ses co-fondateurs étaient encore étudiants à l'université de Stanford dans la Silicon Valley, Instagram est devenu l'un des services les plus prisés de Facebook. L'application a d'ailleurs dépassé en juin dernier la barre du milliard d'utilisateurs mensuels.
Toujours selon le WSJ, des cadres de Facebook savaient que les deux hommes étaient frustrés de travailler au sein d'une grande entreprise et avaient commencé à préparer leur départ. C'est pourquoi, lors de la réorganisation du groupe en mai dernier, Mark Zuckerberg aurait anticipé ces démissions en transférant vers Instagram Adam Mosseri, ancien responsable chez Facebook. Si aucun successeur n'a été nommé pour l'instant, ce dernier est pressenti pour prendre la tête d'Instagram, selon Bloomberg.
Sans ses fondateurs, Instagram est susceptible d'être encore plus étroitement intégré à Facebook. Cela a déjà été acté lors de la réorganisation, puisque Instagram a perdu son indépendance, en rejoignant une division "famille des applications" aux côtés de WhatsApp et Messenger.
L'intégration à marche forcée d'Instagram est inévitable, l'application étant devenue en quelques années un relais de croissance important pour Facebook. Le plus grand réseau social au monde a acheté Instagram en 2012 pour un milliard de dollars. Très prisé par les jeunes - cible privilégiée des annonceurs - l'appli de photos a largement monétisé son audience sous l'impulsion de Facebook, attirant les marques et les contenus sponsorisés. Résultat : le service devrait générer cette année plus de 8 milliards de dollars de revenus, selon des données du cabinet EMarketer. "Au cours de l'année qui vient de s'écouler, nous avons observé la montée en puissance d'Instagram en tant que support publicitaire générateur de revenus pour Facebook", commentait en juillet Yuval Ben-Itzhak, Pdg de SocialBakers, spécialisé dans l'analyse des médias sociaux.
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La présence de nouvelles plateformes comme Instagram dans l'écosystème de Facebook est primordiale pour les résultats du groupe. L'entreprise de Mark Zuckerberg, qui tire la quasi-totalité de ses revenus de la publicité, est constamment en recherche de nouveaux espaces pour placer des contenus publicitaires - Facebook étant déjà complètement saturé.
Facebook a connu un précédent similaire, avec les démissions de Brian Acton en 2017 et Jan Koum en 2018, co-fondateurs de WhatsApp. Créée en 2009, l'application de messagerie instantanée a été achetée par Facebook en 2014 pour 22 milliards de dollars, alors que l'application n'engrangeait que peu de revenus. La messagerie cryptée s'est forgée une réputation d'application respectueuse de la vie privée, avec 1,5 milliard d'utilisateurs dans le monde.
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Là encore, aucune explication officielle n'avait été donnée à leur départ. La démission de Jan Koum, ardent défenseur de la vie privée, est cependant intervenue deux mois après le scandale Cambridge Analytica, la plus grande crise de l'histoire de Facebook. Le réseau social a été accusé de laxisme pour avoir permis à Cambridge Analytica, cabinet d'analyse au service de Donald Trump pendant la campagne présidentielle de 2016, de capter les données personnelles de 87 millions d'utilisateurs Facebook. Selon la presse américaine, le départ de Jan Koum est attribué à un désaccord avec le groupe au sujet de la confidentialité des données des utilisateurs.