Semi-conducteurs : Nvidia se défend de pratiques anticoncurrentielles
latribune.fr
Nvidia occupe une position centrale dans l'industrie des semi-conducteurs grâce à ses puces qui sont, de très loin, les plus demandées pour développer l'IA générative.
Dado Ruvic
Bloomberg a fait état d'une enquête du ministère américain de la Justice sur le sujet. Ce n'est pas la première fois que les pratiques du géant des semi-conducteurs sont dans le viseur des autorités de la concurrence, aux États-Unis comme en France.
Tourmente médiatique outre-Atlantique autour de Nvidia. Le géant des semi-conducteurs aurait reçu une demande de documents émanant du ministère américain de la Justice (DOJ), qui s'inscrit dans le cadre d'une enquête sur de possibles infractions à la concurrence, selon Bloomberg. Le DOJ chercherait notamment à déterminer si Nvidia fait obstacle à ses clients qui veulent changer de fournisseur ou si elle en empêche d'autres de diversifier leurs approvisionnements.
Sollicité par l'AFP, le ministère n'a pas donné suite à une demande d'information. Quant à l'entreprise, elle n'a pas directement confirmé avoir reçu cette demande.
« Nvidia s'est imposé au mérite, comme le montrent les études comparatives et nos clients, qui peuvent choisir ce qui est le mieux pour eux »,a seulement déclaré à l'AFP un porte-parole du groupe américain basé à Santa Clara, en Californie.
Début août, le site d'informations américain spécialisé dans l'industrie technologique, The Information, avait révélé qu'une enquête pour le même genre de motif avait été lancée par le DOJ après des plaintes de concurrents, selon lesquelles Nvidia abuserait de sa position dominante sur le marché.
Si cette demande de documents se confirmait, ce ne serait toutefois pas réellement une surprise. En juin dernier, le gouvernement américain avait en effet annoncé ouvrir une enquête sur Nvidia. Selon le New York Times, cette enquête, confiée au DOJ, avait pour but de déterminer si l'entreprise s'est rendue coupable de pratiques anticoncurrentielles. Deux de ses principaux concurrents, OpenAI et Microsoft, devaient également faire l'objet d'investigations, menées cette fois par l'Agence américaine de la concurrence (FTC).
Il n'y a d'ailleurs pas qu'aux États-Unis que les pratiques du géant des puces sont dans le viseur des autorités. Mi-juillet, l'Autorité française de la concurrence a confirmé enquêter sur Nvidia pour soupçons de pratiques anticoncurrentielles. Aucune notification de griefs n'a toutefois été faite pour le moment, le président de l'organisme ayant précisé que la société recevrait une communication des griefs « si l'enquête est fructueuse ».
Cet intérêt s'explique par le fait que, depuis le lancement de l'interface ChatGPT par OpenAI en novembre 2022, une course effrénée s'est engagée pour prendre l'ascendant dans l'intelligence artificielle (IA) dite générative. Or, le développement de cette technologie requiert des investissements colossaux, principalement dans des serveurs et des processeurs pour entraîner les logiciels, appelés modèles de langage, qui pourront répondre à des demandes en langage courant.
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Seule une poignée de géants technologiques ont toutefois la capacité de consacrer les sommes nécessaires pour devenir un acteur légitime de cette technologie. Les autorités, françaises comme américaines, veulent donc s'assurer que ce développement s'est fait dans le respect des règles de concurrence.
Nvidia occupe actuellement une position centrale dans l'industrie des semi-conducteurs. Ce, grâce à ses puces, appelées cartes graphiques (GPU), qui sont, de très loin, les plus demandées pour développer l'IA générative. Son produit phare, le H100, vaut plusieurs dizaines de milliers de dollars pièce. Ce qui lui a notamment permis de passer de l'ombre à la lumière en quelques mois. La consécration ultime a eu lieu le 18 juin dernier, quand l'entreprise est brièvement devenue la première capitalisation mondiale en Bourse, à 3.352 milliards de dollars, dépassant alors Apple et Microsoft.
Nvidia se porte toujours très bien aujourd'hui. Les résultats de son deuxième trimestre 2024 décalé, publiés la semaine dernière, se sont encore révélés stratosphériques et supérieurs aux attentes du marché : un chiffre d'affaires de 30 milliards de dollars, soit une croissance de +122% par rapport à l'an dernier, et un bénéfice net de 16,6 milliards de dollars (+168%).
Pour autant, le géant américain a fait face à l'inquiétude des investisseurs. À la suite de la publication de ces chiffres, le cours de son action était orienté à la baisse dans les échanges électroniques d'après-clôture de Wall Street, après avoir même perdu jusqu'à 7% avant de se redresser un peu. La capacité du groupe à maintenir son rythme de croissance faramineux interroge. Car, après la folle croissance de ces deux dernières années, les taux de croissance d'un trimestre à l'autre fléchissent.
Son poids considérable, et pratiquement sans précédent, sur les marchés se révèle ainsi autant comme une force qu'une faiblesse. Pas de quoi inquiéter le cofondateur et dirigeant de l'entreprise, Jensen Huang, qui s'est montré confiant face à une demande de puces qui reste « forte », voire « incroyable », pour la puce de nouvelle génération Blackwell, attendue entre la fin de l'année et le début d'année prochaine.