Dans les coulisses de Techstars Paris, l’antenne française du prestigieux accélérateur américain

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Julien Quintard, le managing director de Techstars Paris, a lui-même effectué le programme en 2015 avec sa startup Infinit.
Julien Quintard, le "managing director" de Techstars Paris, a lui-même effectué le programme en 2015 avec sa startup Infinit. (Crédits : DR)
L'antenne française de l'accélérateur Techstars a révélé mercredi 5 décembre sa deuxième promotion, composée de onze startups dont six françaises. Décryptage de son modèle unique au monde, qui a aidé plus de 1.000 startups à lever plus de 6 milliards de dollars en onze ans.

Mission réussie pour Techstars Paris. L'antenne française du célèbre accélérateur de startups américain, a présenté mercredi 5 décembre à Paris, sa deuxième promotion. Onze pépites, dont six françaises, ont "pitché" leur innovation en quelques minutes devant un parterre d'investisseurs et de corporates à l'affût de nouvelles opportunités de business. Cette soirée a marqué pour les startups le point d'orgue de trois mois d'un programme d'accélération intensif. La salle, pleine comme un œuf, témoigne de la crédibilité de Techstars pour repérer et faire émerger de nouvelles pépites. Celles de la première promo parisienne, en 2017, ont déjà levé 7 millions d'euros (dont 2,5 millions pour la toulousaine EyeLights, spécialisée dans la réalité augmentée) en un an.

Sélectionnés à différents stades de maturité, les startups de la deuxième promo évoluent dans des domaines très différents, de la culture (l'espagnole Cloudguide qui a déjà 700 clients dans le monde) à la santé (le français AZmed pour éviter les erreurs médicales, la plateforme béninoise d'identification médicale universelle Kia), en passant par le commerce (le français Stockly qui permet aux enseignes de rivaliser avec Amazon en matière d'inventaire) et les assistants virtuels (les français RampUp pour aider les managers et Inyo pour les freelances).

Le réseau qualifié, grande force de Techstars

Méconnu en France, l'américain Techstars est pourtant l'un des accélérateurs de startups les plus réputés au monde, aux côtés du fameux Y Combinator à San Francisco. Fondé en 2006 à Boulder, dans le Colorado, par quatre entrepreneurs (David Cohen, David Brown, Brad Feld et Jared Polis), Techstars revendique un portefeuille de 1.581 startups, qui ont levé 6,2 milliards de dollars et dont la valorisation cumulée s'élèverait à 16,4 milliards de dollars (14,4 milliards d'euros). 44 programmes ont vu le jour depuis 2007, dans 27 villes partout dans le monde.

D'après ses statistiques, 12,9% des startups qui ont effectué le programme ont échoué, quasiment autant ont été rachetées, et 76% sont toujours actives. La structure a notamment repéré et accéléré la startup de réalité augmentée Sphero, qui a levé 120 millions de dollars, la plateforme de marketing SendGrid, cotée en Bourse à New York, ou encore le fournisseur d'infrastructures dans le cloud Digital Ocean, qui emploie 300 personnes.

Son secret : des programmes d'accélération et de coaching de 13 semaines, conçus pour faire mûrir la startup, affiner sa proposition de valeur et sa stratégie d'expansion, et lui faciliter des débouchés sous la forme de partenariats commerciaux ou financiers qui assureront son développement une fois qu'elle volera à nouveau de ses propres ailes.

Ainsi, le concept Techstars repose entièrement sur la notion de réseau qualifié, sur le principe du "win-win-win" entre entrepreneurs, investisseurs et grands groupes:

"Notre force est que nous sommes une plateforme vivante, explique Julien Quintard, le "managing director" de Techstars France. En participant au programme, les entrepreneurs accèdent à de nombreux mentors, qui soit ont fait le programme avant eux et veulent aider, soit sont des experts de leurs secteurs. Parmi eux, il y a des investisseurs qui connaissent la rigueur de notre processus de sélection, et qui sont à l'affût de bonnes opportunités. À l'autre bout du spectre, il y a les corporates, qui apprennent aux côtés des startups pour effectuer leur propre transformation numérique, qui leur expriment leurs besoins, et avec qui ils pourront signer des partenariats business concrets".

Profiter du "dynamisme" français

Depuis 2017, Techstars a ouvert une antenne parisienne dans le cadre de sa stratégie d'expansion à l'international, contrairement à son concurrent Y Combinator qui reste dans son pré-carré américain. "Notre arrivée en France est le signe de la profondeur et du dynamisme de l'écosystème d'innovation du pays. Paris a enfin ce qu'il faut pour créer des startups d'envergure mondiale", justifie Julien Quintard.

L'entrepreneur a lui-même participé à Techstars New York, en 2015, avec sa startup Infinit (stockage décentralisé), qui a été rachetée en 2016 par l'américain Docker. Il remplace Bertrand Lyut, qui a lancé l'antenne française, mais n'est resté en poste qu'un an, avec la mission de rendre Techstars incontournable en France pour les entrepreneurs les plus ambitieux. "Il fallait un entrepreneur qui a créé une startup, a levé des fonds, a réalisé un exit et travaillé avec des grands groupes, et qui a fait Techstars. Les profils ne courent pas les rues", sourit-il.

Air Liquide, Accor, Total, Groupama ou FDJ en partenaires corporates

La sélection pour intégrer l'accélérateur est très rigoureuse : à peine 1% des startups candidates intègrent finalement le programme aux États-Unis. Le ratio est plus favorable en France pour l'instant. À la clé pour les sélectionnés, un investissement de Techstars à hauteur de 120.000 euros pour les aider à se développer. En contrepartie, l'accélérateur prend 6% des parts de la startup, ce qui lui permettra de réaliser un juteux retour sur investissement en cas de succès.

« La personnalité des fondateurs nous intéresse davantage que son produit ou le secteur d'activité. Bien entendu, on sera attentifs à une idée géniale et pleine de potentiel. Mais on peut aussi sélectionner une startup dont on ne croit pas au modèle, car avec de bons dirigeants elle peut profiter du programme pour partir dans une direction totalement nouvelle », précise Julien Quintard.

Chaque session se divise en trois phases d'un mois environ. La première est celle de la rencontre entre la startup et « l'écosystème Techstars », c'est-à-dire une partie des 200 mentors qui participent au programme, dont les sept grands groupes partenaires qui sont Accor Hotels, Air Liquide, FDJ, Gefco, Groupama, Next47 de Siemens et Total. "C'est une phase cruciale, qui permet de collecter des "feedback" et des conseils, de détecter de nouvelles opportunités avec les corporates et des faiblesses dans le modèle ou l'organisation", décline le directeur. La deuxième est celle du pivot, où la startup applique ces enseignements et travaille concrètement sur son produit et/ou ses nouveaux partenariats.

Enfin, la troisième phase est celle de la communication. "Beaucoup de nos startups doivent lever des fonds. Une fois qu'on a bien défini leur proposition de valeur et que leur business est lancé sur de bons rails, il faut travailler le pitch et la manière de présenter le business pour donner envie aux investisseurs qui sont présents lors du Démo Day". Et après ? "Ils continuent sans nous, mais on n'est jamais loin. On les aide à lever, ils gardent l'accès au réseau, ils peuvent devenir eux-mêmes des mentors quelques années plus tard", décline l'entrepreneur. Ainsi va le cycle de l'innovation.

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Commentaires
a écrit le 09/12/2018 à 13:17 :
@Sylvain Rolland

''Il remplace Bertrand Lyut, qui a lancé l'antenne française, mais n'est resté en poste qu'un an''

Je m'appelle Bertier Luyt, et j'ai dirigé Techstars Paris 18 mois de décembre 2016 à juin 2018. En effet, une seule promotion, mais beaucoup de travail en amont pour inscrire Techstars dans l'écosystème français.
a écrit le 06/12/2018 à 13:23 :
"Techstars revendique un portefeuille de 1.581 startups, qui ont levé 6,2 milliards de dollars"

Ça ne plaisante pas mais bon, comme on le voit bien dans votre article, c'est dense, solide et sérieux le truc ils ne laissent aucune chance au laisser aller et à l'incompétence. Le travail pour les américains c'est le plus important.

Comment voulez vous que l'europe et ses rentiers aliénés puisse rivaliser...

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