Shadow lève 30 millions d'euros et divise par deux son prix pour contrer Google
François Manens

Quatre ans après sa création, Shadow doit faire face à un défi de taille : l'arrivée des géants du numérique sur son marché.
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François Manens

Quatre ans après sa création, Shadow doit faire face à un défi de taille : l'arrivée des géants du numérique sur son marché.
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Blade abat toutes ses cartes sur le tapis : offre deux fois moins chère, démonstration spectaculaire de leur technologie très haut-de-gamme, et arrivée d'un nouveau Pdg. Pionnière de son secteur, la startup française, qui développe "Shadow", un PC utilisable via internet depuis presque n'importe quel écran, a un gros problème sous la forme d'une concurrence féroce...
L'ogre Google, avec son service Stadia, se positionne sur son secteur et va lancer son service le mois prochain. Il rejoindra Nvidia, qui propose déjà son GeForce Now, tandis que Microsoft prévoit de lancer son propre service, Xcloud. Certes, la technologie du français est pionnière et très aboutie, mais le français vise le même public, c'est-à-dire les joueurs de jeux vidéo.
C'est donc l'heure pour la jeune pousse, membre du Next40, d'enclencher la vitesse supérieure. Elle s'appuie pour cela sur une levée de 30 millions d'euros en série D (sa quatrième, donc) menée par un de ses investisseurs historiques, le business angel thaïlandais Nick Suppipat, suivi par de nouveaux entrants : Serena (via son fonds V13 dédié au jeu vidéo et au divertissement), le fabriquant de serveurs strasbourgeois 2CRsi, et un groupe d'investisseurs rassemblé par Erik Maris. L'objectif pour Shadow : étaler son avantage technologique et bâtir dessus, pour ne pas se faire rattraper.
Pour commencer, l'entreprise fait un grand pas vers l'accessibilité de son service avec un nouveau prix d'appel. Alors qu'elle ne disposait que d'une offre unique à 29,95 euros par mois, payée par plus de 70.000 abonnés selon elle -soit un chiffre d'affaires de 25 millions d'euros-, Shadow propose désormais trois gammes. A 12,99 euros, ses clients auront accès -à distance- à un PC suffisant pour jouer à tous les jeux vidéos avec fluidité. Ce prix se rapproche de l'offre de Stadia, qui se lancera à 9,99 euros par mois.
Même s'il est plus cher, Shadow a d'autres atouts : là où Google noue des partenariats avec les studios de jeux vidéo pour les porter sur Stadia, Shadow peut accueillir tous les jeux du marché, comme un ordinateur fixe. Il s'offre ainsi une exclusivité de fait sur les très populaires jeux gratuits Fortnite, PUBG ou encore Roblox.
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La startup lance également une nouvelle interface pour que son service soit plus facilement accessible sur les téléviseurs connectés Android et Apple. Elle propose plusieurs solutions pour transformer certains objets en manette de jeu, comme le smartphone ou la télécommande. Elle espère ainsi grignoter des parts de marchés chez les amateurs de consoles.
Mais Shadow n'oublie pas son ADN haut de gamme : si les gamers veulent s'offrir la meilleure fluidité et la meilleure qualité d'image, il existe aussi deux autres configurations, à 24,99 et 39,99 euros.
L'offre la plus chère, baptisée Infinite, doit permettre à la startup de prouver qu'elle reste à la pointe en termes purement technique. Cet "étalage de technologie", selon Emmanuel Freund, se présente à grand coups de détails techniques : ray-tracing, carte graphique Titan RTX, 32 Go de RAM. Autant de critères, parfois superficiels, destinés à impressionner un public-cible de joueurs aguerris de jeux vidéo. Ces trois offres sont disponibles en pré-commande pour 50.000 clients, et pourraient réorienter la stratégie de Shadow selon leur succès.
Pour appuyer ce virage stratégique, la startup lève 30 millions d'euros. Ce montant paraît bien faible pour une série D, d'autant plus après une série C de 51 millions d'euros deux ans plus tôt.
L'entreprise de 200 salariés aurait-elle des difficultés à accélérer ? "Nos nouvelles offres devraient nous permettre d'accumuler des indicateurs suffisants pour lever davantage d'argent", se projette déjà Jérôme Arnaud, le tout nouveau Pdg de l'entreprise. Cet ancien du secteur des smartphones débarque pour structurer l'entreprise. Il prend le relais du beaucoup moins conventionnel Emmanuel Freund, qui se concentrera désormais sur l'évolution des produits. Sur scène, le costume et les interactions du premier se détachent des blagues et de la tenue très décontractée du second.
Pour "passer à l'échelle", Shadow noue un partenariat avec un autre membre du Next40, le fournisseur de cloud français OVH. A l'heure actuelle, Shadow gère lui-même ses sept centres de données, qui lui permettent de toucher huit pays. Avec cette alliance, le fournisseur va adapter certains de ses data centers aux spécificités demandées par le service de Shadow. De quoi faire des économies en vue d'une arrivée prochaine de nouveaux clients. "Le modèle locatif permis par OVH est moins consommateur de capitaux que notre modèle actuel", confirme Jérôme Arnaud.
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Plus que jamais centrée sur le "gaming", la startup avait pourtant exploré d'autres verticales pour pérenniser son développement, mais sans jamais vraiment s'y engager. Maintenant que Google arrive sur son marché, le processus pourrait s'accélérer.
L'entreprise veut "remplacer tous les ordinateurs du monde". Mais avant, il faudra lutter pour ne pas se faire remplacer par les géants américains.
François Manens