Face à Google, les français du cloud gaming campent sur leurs positions

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Les français affirment ne pas craindre Stadia de Google à l'heure actuelle.
Les français affirment ne pas craindre Stadia de Google à l'heure actuelle. (Crédits : STEPHEN LAM)
Stadia, le service de cloud gaming de Google annoncé cette semaine, pourrait révolutionner le jeu vidéo. Face à l'ogre américain, les français Blade et Blacknut restent confiants, grâce à leur avance et à leur positionnement stratégique.

Pour une fois, les petits poucets français ont un temps d'avance sur l'ogre américain. Blade commercialise son "PC dans le cloud", Shadow, depuis déjà deux ans. Blacknut quant à lui propose un service de streaming de jeux vidéo sur le modèle de Netflix, à partir de 9,99 euros par mois. Deux modèles différents, deux niveaux de maturité, mais un point commun : leur service était déjà commercialisé avant que Google ne donne un écho exceptionnel au cloud gaming, avec l'annonce de Stadia à la conférence des développeurs, en début de semaine.

Olivier Avaro, le fondateur de Blacknut, et Emmanuel Freund, le cofondateur de Blade, ont préparé leur riposte et préfèrent, pour l'instant, relativiser. "C'est un peu l'éléphant qui accouche d'une souris !" assène le premier. "Ils font une console, on fait un PC", se rassure le second. Bons joueurs, les deux Français s'accordent pour saluer l'articulation de Stadia avec YouTube. Google propose à ses joueurs d'émettre un flux de sa partie de jeu vidéo en direct sur YouTube et en un seul clic. Dans l'autre sens, les personnes peuvent immédiatement accéder à un jeu en streaming, par un simple lien et sans temps de téléchargement. Dans une démonstration, le client accédait à son jeu Assasin's Creed Odyssey juste après avoir fini de regarder la bande-annonce. Et ces deux options ne sont que les plus marquantes, Google a prévu de soigner les interactions entre les joueurs et les créateurs de contenu.

Les dirigeants recrutés par Google confirment que la firme californienne prend le cloud gaming très au sérieux. Phil Harrison est un précurseur du secteur et a fait ses gammes entre Sony et Microsoft, tandis que Jade Raymond a dirigé des studios chez Ubisoft et Electronic Arts, deux références. Google dispose d'une force de frappe impossible à concurrencer frontalement pour les Français, tant du côté des ressources humaines avec ses armées de développeurs, que de l'infrastructure avec ses data centers.

Lire aussi : Pourquoi l'arrivée de Google dans le jeu vidéo est un vrai séisme

Un répit de quelques mois avant la "vraie" arrivée des géants

Les français disposent cependant d'un avantage de taille : ils sont déjà sur le marché. Stadia n'a pas encore de date de sortie officielle, même si Google promet que le service sera disponible "en 2019". On ne connaît pas encore son modèle économique, ni si le service saura être aussi performant que ceux des concurrents. Ainsi, avant que la firme de Mountain View et les autres géants comme Microsoft débarquent vraiment sur le marché, les Français disposeront d'une fenêtre de tir de plusieurs mois.

En attend, Shadow, le service de Blade, compte profiter des projecteurs autour de Google pour communiquer sur son existence et accélérer sa croissance. La startup compte deux fois plus d'abonnés au pays de l'Oncle Sam qu'en France. Soit près 35.000 clients, prêts à dépenser 35 dollars par mois en moyenne. "Cette annonce va médiatiser le cloud, montrer qu'on existe", s'enthousiasme le co-fondateur. Entre juillet et décembre, la startup a triplé son nombre d'utilisateurs et espère poursuivre sur cette lancée.

"Même pas peur !"

Mais pour survivre sur le plus long terme face à de potentiels rouleaux-compresseurs, les Français mettent en avant un positionnement stratégique différenciant. "Google s'adresse à une niche de gamers qui veut jouer aux jeux AAA (les plus grosses productions, Ndlr), et qui doivent disposer pour cela d'une connexion fibre de qualité", prévient Olivier Avaro. Or, Blacknut vise  "les publics pré-console et post-console" expose-t-il. Le service offre un catalogue adressé aux familles. Avec des jeux moins gourmands et du rétro gaming pour les plus anciens, la startup limite le coût du streaming et en facilite l'accès, puisque les données à transporter depuis les serveurs (elle utilise ceux d'Amazon Web Services) sont moins importantes. Son offre à 9,99 euros par mois donne accès à 250 jeux, et pour 5 euros de plus, la famille peut utiliser le service sur 4 écrans en simultané. La jeune startup rennaise, créée en 2016, a levé 3,1 millions d'euros. Elle mise désormais sur des partenariats pour diffuser son offre. Déjà présent sur les Fire TV de Amazon, leur service se décline également sur les Smart TV de Phillips, Thomson, et récemment, Samsung. "Nous sommes déjà sur les télévisions Android sans que les utilisateurs aient besoin d'acheter du matériel. Pour l'instant, Google a montré qu'il faudrait un Chromecast", se défend Olivier Avaro.

De son côté, Emmanuel Freund exprime une confiance débordante : "On est la plus belle fille à marier aujourd'hui". Lancé en 2017, Shadow a eu le temps de corriger la majorité de ses défauts initiaux. Son offre permet, à partir de 29,95 euros par mois, d'accéder à un PC complet, régulièrement amélioré et stocké dans les data-centers de la startup. Il suffit d'utiliser l'application dédiée pour y accéder depuis un smartphone, une tablette ou un autre PC. Ensuite, il s'agit d'un ordinateur comme un autre, accessible de partout avec une connexion internet. L'utilisateur y télécharge les jeux et applications qu'il souhaite. Blade, qui a levé 64 millions d'euros, propose donc plus qu'un service de jeu vidéo, et compte aussi des clients qui n'utilisent le service que pour des applications de bureautique. À l'heure actuelle, Shadow permet de jouer en 4K, une qualité pas encore d'actualité pour Stadia. Et puisqu'aucun catalogue de jeux vidéo n'a été annoncé, Emmanuel Freund doute déjà de la possibilité de jouer à Fortnite, le jeu d'Epic Games aux 250 millions de joueurs, sur le service de Google. "On a hâte de pouvoir sortir un comparatif" s'enflamme même le dirigeant.

La French touch éthique et anti-GAFA se décline dans le jeu vidéo

Les deux pépites françaises surfent aussi sur la vague anti-GAFA qui porte certains acteurs européens. Ainsi, Blacknut revendique une éthique dans le choix de ses jeux, en faisant notamment attention à la violence. Emmanuel Freund, quant à lui, oppose à Google l'idée d'un cloud ouvert et accessible à tous les éditeurs.

"Je ne suis pas sûr que les développeurs veulent participer à un monopole d'Amazon, de Google et d'Apple sur le cloud gaming, croit-il savoir. Mais cela dépend d'eux, et Google paie sûrement très bien. Il faut que le cloud soit libre".

Côté américain, Rainway, Liquisky ou encore Parsec essaieront également de profiter de l'appel d'air créé par Google. Reste à savoir combien de temps tous ces acteurs sauront le faire durer.

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Commentaires
a écrit le 22/03/2019 à 23:00 :
Ils seront rachétés des milliards et hop c'est réglé !
En voilà qui vont faire leurs valises dans peu de temps !

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