Internet des objets : le grand bond en avant d'Intel

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Au deuxième trimestre, le chiffre d'affaires du groupe lié aux objets connectés s'est élevé à près de 560 millions de dollars.
Au deuxième trimestre, le chiffre d'affaires du groupe lié aux objets connectés s'est élevé à près de 560 millions de dollars. (Crédits : © Beawiharta Beawiharta / Reute)
Le spécialiste des puces informatiques multiplie les offensives dans ce secteur en plein essor, comme en témoigne les 60 millions d’euros investis dans le spécialiste chinois des drones Yuneec. Confronté au déclin des ventes de PC, le géant américain voit dans l’Internet des objets l’opportunité de retrouver le chemin de la croissance.

La nouvelle en a surpris plus d'un. La semaine dernière, Intel a annoncé qu'il se lançait... dans la téléréalité ! Le géant américain des puces informatiques s'est associé au producteur de l'émission « Survivor » (déclinée en France avec « Koh-Lanta »). Sauf qu'ici, les candidats ne seront pas des chanteurs en herbe, des sportifs ou autres vedettes de l'industrie du spectacle : tous seront des inventeurs d'objets connectés ou d'appareils électroniques prêt-à-porter. Baptisée « America's greatest makers » (« Les plus grands inventeurs d'Amérique »), l'émission sera diffusée sur la chaîne TBS, au début de l'année prochaine.

L'initiative peut faire sourire, elle n'en demeure pas moins stratégique. Pour le mastodonte de Santa Clara, il s'agit en premier lieu de donner un coup de projecteur à sa nouvelle puce Curie. Présenté en début d'année, ce module - aussi gros qu'un bouton et comprenant connectivité, mémoire et capteurs de mouvements - est destiné à être embarqué dans tout type de vêtements et accessoires intelligents. Or tous les inventeurs de l'émission devront incorporer cette technologie à leurs produits.

Des investissements tous azimuts

Surtout, cette émission traduit la volonté d'Intel de mettre les bouchées doubles dans l'Internet des objets (aussi appelé « IoT » pour « Internet of things »). Depuis quelques années, on ne compte plus ses investissements tous azimuts dans ce créneau en plein boom. Son bras armé ? Intel Capital. Depuis sa création en 1991, cette société de capital-risque a misé la bagatelle de 11,4 milliards d'euros dans plus de 1.400 pépites high-tech à travers le globe. Cette semaine, ses responsables ont une fois encore sorti le chéquier. Ils ont déboursé quelques 60 millions de dollars pour nouer un partenariat avec Yuneec, un spécialiste chinois des drones de prise de vue aérienne.

Dans son portefeuille, on trouve moult sociétés à fort potentiel. Parmi elles, il y a notamment le toulousain Sigfox, le spécialiste des réseaux bas débit qui a bouclé un tour de table de 100 millions d'euros en février dernier. Mais aussi Recon Instruments, le fabricant de lunettes connectées dédiées aux sportifs. Après avoir investi dans cette société canadienne en 2013, Intel Capital a passé la main à sa maison-mère au mois de juin, qui aurait avalé la pépite pour 175 millions d'euros selon le site spécialisé TechVibes. Sur le créneau de la domotique, le géant de Santa Clara n'est pas en reste. Au mois de février, il a ainsi mis la main sur l'allemand Lantiq, qui fabrique des puces destinées à la maison numérique.

Miser sur tout l'écosystème

Intel ne se contente pas de racheter ça et là des grappes de sociétés qui ont le vent en poupe : le groupe capitalise sur l'écosystème dans son ensemble. Outre les objets connectés et leurs capteurs, il investit donc largement ses deniers dans les technologies comme le big data, qui permet de traiter les monceaux de données ainsi récoltées. Début juin, Intel a inauguré son premier centre européen de recherche dans ces « mégadonnées » dans l'Essonne, près de Paris. Niché au sein d'une technopole comptant plus de 80 entreprises technologiques et industrielles, ce labo se concentre sur les enjeux liés à la ville intelligente, la médecine personnalisée et l'agriculture plus efficace.

Chez Intel, on juge cette diversification indispensable pour garder la tête hors de l'eau et assurer le futur du groupe. Depuis plusieurs années, le groupe est confronté à la chute du marché des ordinateurs traditionnels, son cœur de métier. D'après une récente étude de l'institut Gartner, les ventes de PC se situeront à 251 millions d'unités en 2015 dans le monde, soit 26 millions de moins par rapport à l'exercice précédent. Chez Intel, le chiffre d'affaires en pâtit. Au deuxième trimestre, celui-ci a fondu de 5%, à 13,2 milliards de dollars.

Compenser le déclin des puces pour PC

Sur la période, le résultat net s'est aussi dégradé, affichant une baisse de 3% à 2,7 milliards de dollars. Dans cet « environnement difficile », comme l'a constaté le PDG du groupe Brian Krzanich, celui-ci a espéré compenser au plus vite le déclin des puces pour PC grâce aux composants pour d'autres secteurs, dont celui des objets connectés. Chez Intel, ceux-ci représentent désormais un chiffre d'affaires loin d'être anecdotique, qui s'est élevé à près de 560 millions de dollars au deuxième trimestre. Le créneau, il est vrai, apparaît prometteur : selon le spécialiste américain de l'informatique Cisco, le marché mondial des objets connectés pourrait s'élever à plus de 14.400 milliards de dollars dans la prochaine décennie.

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