Le monde du numérique attend le gouvernement au tournant

 |   |  1024  mots
Copyright Reuters
Copyright Reuters (Crédits : Reuters)
Jean-Marc Ayrault tient ce jeudi le premier séminaire gouvernemental sur le numérique, qui doit fixer la feuille de route de chaque ministère. Ces dernières semaines, plusieurs allers-retours ont eu lieu entre les fédérations professionnelles. Big data, très haut débit, formation, les attentes des acteurs sont nombreuses.

Epreuve du feu pour Jean-Marc Ayrault. Le premier ministre présidera ce jeudi le premier séminaire gouvernemental, qui doit fixer pour chaque ministère une feuille de route sur le numérique. Fleur Pellerin avait présenté en octobre dernier en conseil des ministres la méthode socialiste, censée trancher avec l?ère Sarkozy. Avec un principe: le numérique ne concerne pas simplement un ministère, mais irrigue tous les pans de l?économie et de la société. Tout le gouvernement doit participer à la numérisation de la France. Au côté de Jean-Marc Ayrault, outre Fleur Pellerin, ministre déléguée au numérique et aux PME, plusieurs ministres seront présents, parmi lesquels Marie-Lise Lebranchu (réforme de l?Etat et fonction publique), Geneviève Fioraso (enseignement supérieur et recherche), Jérome Cahuzac (Budget), Nicole Bricq (commerce extérieur) ou Christiane Taubira (justice).

Ces dernières semaines, plusieurs rencontres ont eu lieu entre les fédérations professionnelles (logiciels, télécoms, services informatiques?) et les différents ministères. Mais c?est le cabinet de Jean-Marc Ayrault qui a réellement piloté les échanges. Le gouvernement a reçu une foule de propositions, émanant d?un secteur qui attend beaucoup de cette rencontre. A la veille du séminaire, plusieurs professionnels étaient bien en peine de dire s?ils avaient été entendus. Il faut dire qu?avec des finances publiques dans le rouge, Jean-Marc Ayrault dispose d?une marge de man?uvre très réduite. En début de semaine, les industriels ont pris les devants pour rappeler au gouvernement leurs besoins.

150 millions d?euros pour le big data
Il faut demander beaucoup pour avoir peu, même si les caisses sont vides. L?Association française des éditeurs de logiciels et solutions Internet (AFDEL), a appelé mardi à la création d?un fonds public privé de 300 millions d?euros, afin de développer un incubateur qui fasse émerger d?ici 2018 « 100 start ups » dédiées au « big data ». L?Afdel, qui représente notamment Dassault Systèmes ou Microsoft, mais aussi des acteurs du Big data, comme Talend, spécialisée dans l?intégration de gros volumes de données, demande à l?Etat d?investir la moitié de la somme. « Le big data est l?un des segments qui croit le plus rapidement dans le numérique. On a le vivier, les universités, les labos de recherche, les opérateurs d?infrastructures avec Google, Amazon et ceux financés par l?Etat, Numergy et Cloudwatt. Maintenant, il faut développer les applications et les services», a expliqué le président de Talend, Bertrand Diard. L?Afdel sera-t-elle suivie ? Dans son discours sur le très haut-débit à Clermont-Ferrand, François Hollande avait indiqué qu?il fallait attribuer 150 millions d?euros des investissements au technologies clefs, dont la filière numérique. Mais cette manne est destinée autant au big data, qu?aux objets intelligents, au cloud computing ou à la sécurité informatique...

Des besoins en matière de formation

Même avec 10% de chômage en France, les entreprises du numérique ont peine à recruter. Selon le Syntec, les services informatiques et les éditeurs de logiciels publient chaque année entre 35.000 et 40.000 offres d?emplois, dont entre 3.000 et 5.000 sont des créations de poste. Pourtant, entre 3.000 et 5.000 postes ne trouvent pas preneur, faute de profils suffisamment qualifiés. Le Syntec a donc proposé de mettre en place des « formations initiales contiunées », à mi-chemin entre la formation professionnelle et initiale, qui permettrait aux salariés de se remettre à niveau dans une grande école ou une université.

Le gouvernement réticent sur des partenariats avec des groupes américains
Le Syntec avait aussi demandé au gouvernement de soutenir le dispositif proposé par Cisco Systems, qui forme via une plateforme d?e-learning des techniciens réseaux et informatiques. Gratuit, le dispositif veut former 100.000 personnes en 5 ans. En échange, le Syntec avait proposé d?inclure des « décrocheurs », ces jeunes qui sortent sans formation aucune du système éducatif, à condition que l?Etat assure la remise à niveau de ces jeunes. Mais, visiblement, le gouvernement n?avait pas envie de s?associer à une entreprise américaine, et a repoussé la proposition d?un revers de la main.

Des emplois d?avenir dans le numérique ?
Le gouvernement souhaiterait visiblement que le numérique absorbe un maximum « d?emplois d?avenir », (destinés aux jeunes de 16 à 25 ans sans diplômes). Il a ainsi fait le tour des fédérations pour leur demander des engagements en la matière. Problème : la plupart du temps, les profils ne correspondent pas aux besoins des sociétés de services informatiques ou du logiciels. Le numérique recèle quand même quelques viviers. Fleur Pellerin a annoncé que des emplois d'avenir pourraient être utilisés dans les « espaces numériques », ces lieux où les citoyens se familiarisent avec Internet. Le premier ministre pourrait aller plus loin, en ouvrant une « réflexion » afin d?intégrer un gros volant de jeunes dans les « services à domicile », (installation de box, de télé connectée, mais aussi les tablettes ou les capteurs). La mise en place prochaine des compteurs électriques intelligents pourrait représenter un débouché supplémentaire pour ces profils.

Attentes importantes sur le très haut débit
Même si le développement du très haut débit a été au centre des déclarations de François Hollande à Clermont-Ferrand, le président promettant 3 milliards d?euros d?aide aux collectivités locales, la Fieec, qui représente les industries électriques et numériques, a rappelé mercredi soir la nécessité de mettre le pied sur l?accélérateur. Il est urgent « d?établir le calendrier de l?extinction du cuivre », d?alimenter le fonds national d?aménagement du territoire, de privilégier « les solutions de co-investissement public-privé, et surtout de « doter rapidement la mission très haut débit de moyen logistiques ». En privé, Antoine Darodes, chargé de la mission, n?a pas hésité à de plaindre d?un manque de moyens.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 28/02/2013 à 16:59 :
toujours la même méthode, on saupoudre, on ne mesure aucuns effets, aucuns bilans, pas de business plans, et suite à dérapage, on se demande ensuite quel était le diagnostic ....le priorité absolument urgente pour tous ces politiques et administratifs est d'aller faire un stage en entreprise pour comprendre ce qu'est un diganostic clair, un business plan chiffré avec des scénarios, un pilotage par les résultats....tiens, pourquoi ils sortent leur dictionnaire, pour savoir de quoi je parle .?.
a écrit le 28/02/2013 à 13:16 :
"Mais, visiblement, le gouvernement n?avait pas envie de s?associer à une entreprise américaine, et a repoussé la proposition d?un revers de la main."
Voila, elle est là l'idéologie de la gauche.... le petit jacobin dans son burlinge qui dirige tout seul le monde et n'a de leçon à recevoir de personne

a écrit le 28/02/2013 à 8:02 :
Avec une Ministre qui passe son temps à donner des interviews dans GQ ou dans Elle, logique qu'elle un peu moins de temps à bosser et à concevoir un plan de ce nom pour l'avenir de la France.
a écrit le 28/02/2013 à 0:03 :
Quel système débile: d'un coté on décourage l'investissement privé en massacrant la fiscalité du capital, de l'autre on rechigne à subventionner le terrain pour encourager des start up parce que les caisses sont vides. Si l'investissement privé était encouragé et pouvait laisser miroiter de bons espoirs de rentabilité, l'Etat n'aurait rien à subventionner et il bénéficierait à long terme des retombées économiques. Mais cette logique s'appelle le capitalisme, alors forcément c'est le Mal Absolu.
Réponse de le 28/02/2013 à 17:04 :
mais de quoi il parle rourou ?? c'est comme joxe qui avait répondu à une journaliste qui lui demandait s'il ne fallait pas s'assurer de l'efficacité de l'administration, de la performance des investissements, d'adapter la dépense au niveau tuile ?? : ah, vous êtes encore une journaliste libérale !!! eh voila, les étiquettes, le sectarisme, l'absence d'écoute, il n'y a que les dogmes qui son recevables, les ?illères, la pensée unique et absence de toute alnalyse et scénarios !!! la réflexion et l'analyse sont un blashéme au pays de l'idéologie et de l'obscurentisme !!!! vade retro et vive l'impôt, les taxes, les dépenses...
a écrit le 28/02/2013 à 0:03 :
Quel système débile: d'un coté on décourage l'investissement privé en massacrant la fiscalité du capital, de l'autre on rechigne à subventionner le terrain pour encourager des start up parce que les caisses sont vides. Si l'investissement privé était encouragé et pouvait laisser miroiter de bons espoirs de rentabilité, l'Etat n'aurait rien à subventionner et il bénéficierait à long terme des retombées économiques. Mais cette logique s'appelle le capitalisme, alors forcément c'est le Mal Absolu.
a écrit le 27/02/2013 à 23:51 :
Avec ce plan numérique, le changement, c'est pas pour maintenant !
a écrit le 27/02/2013 à 23:50 :
Le Gouvernement se dirige effectivement vers un plan numérique très ambitieux. Il ne fait aucun doute que d'ici 3 ans, notre pays sera au niveau du Burkina-Faso et dans 5 à 10 ans au niveau de la Bolivie. Grâce à ce dynamisme profond, ils commencent déjà à me faire regretter le Minitel.

Aucune idée ne sort finalement sauf financer par l'argent public des emplois précaires dont le job sera l'installation de tablettes ! Mais une question : vu le taux d'équipement actuel, on va vraiment réussir à occuper 4 millions de personnes en installant des box et des tablettes ? Non, mais sérieux
a écrit le 27/02/2013 à 22:18 :
Alors ? un nouveau petit impôt de derrière les fagots ?
a écrit le 27/02/2013 à 21:43 :
Il n'y a pas que le Syntec dans le numérique, il y a aussi des syndicats de salariés et des associations professionnelles (ex. Munci) qui ont aussi des propositions sur le plan socio-économique.
Malheureusement, la vérité est que ce gouvernement se contrefiche éperdument de la démocratie sociale (plus particulièrement le Ministère du Redressement Productif et de l?Économie Numérique)... seuls les syndicats patronaux sont écoutés y compris sur les questions sociales (emploi, formation...).
La seule exception fut "la grande conférence sociale" mais qui n'a concerné en réalité que les grandes centrales syndicales.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :