Comment Apple risque de mettre à genoux une start-up française

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Copyright Reuters (Crédits : Capture décran Appgratis.com)
Une start-up française en plein essor vient de voir son application se faire évincer de l'App Store, la plateforme de téléchargement d'applications d'Apple. Pour la firme californienne, AppGratis, qui venait de lever près de 10 millions d'euros pour doper son développement, notamment à l'international. a enfreint deux règles de ses conditions générales.

Voilà une société française à qui tout souriait. Fondée en 2008 par Simon Dawlat, iMediapp avait réussi à percer sur le grand marché des applications pour smartphone avec AppGratis (anciennement AppGratuites). Son idée: proposer chaque jour une application à sa communauté de membres soit gratuitement, soit à un prix réduit. Et quel succès! En janvier, Simon Dawlat expliquait aux Echos disposer d'un parc de 7 millions d'utilisateurs dont seulement un tiers en France. Débarqué outre-Atlantique en début d'année, la société a déjà conquis près de 300.000 fidèles aux Etats-Unis et caracole parmi les applications les plus téléchargées. En 2012, AppGratis a enregistré un chiffre d'affaires de 9 millions d'euros et visait il y a peu les 25 millions d'euros dès 2013.

Il faut dire que les éditeurs d'applications sont prêts à payer pour apparaître comme "l'application du jour". Le bénéfice pour elles est une fantastique exposition. Certaines ont pu être téléchargées plus de 600.000 fois grâce à AppGratis. Cela les fait  monter dans le moteur de recherche de l'App Store. Résultat, elles figurent dans le classement des applications les plus téléchargées qui permet d'augmenter leur audience. Ce succès va donner des ailes iMediapp qui prévoyait de doubler les effectifs de ses bureaux parisiens cette année pour atteindre les 80 personnes. En janvier, la société a même levé 10 millions d'euros auprès d'investisseurs dont le fonds d'investissement d'Orange et Publicis (Orange Publicis Ventures), géré par Iris Capital.

Double infraction au règlement Apple

Rien ne semblait plus arrêter AppGratis sauf... Sauf Apple! Le géant de l'informatique voit d'un mauvais ?il ce "marketing sur mobile" qui détourne la raison d'être de l'App Store, à savoir faire la promotion des applications. Le règlement Apple a d'ailleurs prévu plusieurs dispositions dans ce sens. Ainsi, l'article 2.25 stipule que "les apps qui affichent d'autres apps pour les vendre ou en faire la promotion d'une manière comparable ou pouvant être confondues avec l'App Store seront rejetées". Deuxième infraction aux "lois" Apple en vigueur, l'article 5.6 interdit l'utilisation "des notifications pour envoyer de la publicité, des promotions ou du marketing". Du coup, Apple a décidé de supprimer l'application AppGratis durant le week end. Les dirigeants ont été avertis de la décision par courriel vendredi 5 avril.

Mais pourquoi Apple a-t-il tardé à réagir? D'après Pocketgamer, le site américain qui a révélé cette affaire, c'est la montée en puissance de l'application avec cette importante levée de fonds, mais surtout son arrivée fulgurante sur le marché américain qui a poussé la firme de Cupertino de couper court au projet AppGratis. D'ailleurs, d'autres applications concurrentes comme AppsFire n'ont pas été censurées par Apple. Cette société française qui compte parmi les plus grandes pointures de l'internet français comme Xavier Niel (Iliad), Marc Simoncini (Meetic), Jacques-Antoine Granjon (Vente-privée.com) ou encore Jean-David Blanc (Allocine) n'a pas souhaité réagir aux conséquences de la décision d'Apple sur la viabilité de ce modèle économique.

iMediapp n'a rien vu venir

La question reste entière d'autant qu'elle contraste avec l'optimisme affiché naguère par les dirigeants de la start-up française. Il y a encore quelques mois, ces derniers ne voyaient aucune contradiction avec leur modèle et les règles de fonctionnement de l'App Store. "La relation entre Appgratis et Apple est très bonne, comme le, montre l'acceptation de la troisième version de l'application dans l'App Store" expliquait Sophie Dingreville, chargée des investissements d'Iris Capital. "Appgratis ne va pas à l'encontre des catalogues d'applications d'Apple et de Google mais permet au contraire de remettre de la vie dans les stores en faisant remonter certaines applications", avait-elle ajouté. AppGratis doit communiquer prochainement sur cette affaire. Elle donnera peut-être des pistes pour se mettre en conformité avec le règlement App Store et ainsi sauver sa peau...

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Commentaires
a écrit le 10/04/2013 à 15:05 :
Pas étonnant que Apple réagisse face à une application concurrente. Qui accepterait de se faire poignarder par n'importe qui sous son propre toit? Quand on veut jouer dans la cour des grands il faut s'en donner les moyens et sur ce point AppGratis a joué Abraracourcix. Try again?
a écrit le 10/04/2013 à 10:16 :
AppGratis enfreindrait deux règles fondamentales de l'Apps store, la 2.25 qui interdit plusieurs versions d'une même Apps, plus de vingt dans le cas d'AppGratis (ceci pour éviter la promotion spam par multiplication d'apps), la 5.6 qui interdit les applications qui envoient des notifications publicitaires.
C'est le cas de beaucoup de boutiques qui ne mettent pas en vitrine 20 fois le même produit, et nos boites à lettres qui ne veulent pas être submergées de pub. Je ne connais pas AppGratis, mais il est certain que si Apple lâchait sur ces deux points, des apps seraient créées dans le seul but d'occuper le terrain, ouvrant la voie au spam d'apps et de pub dans les apps!
Réponse de le 10/04/2013 à 11:23 :
Il n'y aurait pas aussi une règle disant qu'Apple se réserve le droit de retirer toute application faisant trop de bénéfices alors que c'est Apple qui voudrait les faire?
a écrit le 10/04/2013 à 8:00 :
C'est le principe de la tête de gondole dans les HYPERS, un fournisseur paye pour être mis en avant sauf que là ce n'est pas l'hyper qui est payé !!! C'est une autre personne qui n'a rien a voir avec l'hyper !! Alors évidement que cela n'allait durer longtemps un peu de bon sens, je ne vois pas en quoi Apple passerait pour des "méchants" d'autant que le contrat est clair sinon il suffirait de faire un procès ! Le business modèle de cette PME ne repose sur rien et vendait un produit qu'on lui donnait gratuitement, le résultat est normal.
Réponse de le 10/04/2013 à 11:27 :
Dans le cas de votre analogie, Apple n'est pas l'hyper, mais le propriétaire du bâtiment de l'hyper et c'est AppGratis l'hyper. Cette PME faisait une publicité différente de celle d'Apple et était appréciée pour cela. Elle avait donc une plus valu qui a provoqué la jalousie d'Apple (sinon comment expliquer que d'autre Appli du même genre ne soit pas retirées).
Réponse de le 10/04/2013 à 11:37 :
Quid des comparateurs de vols et d'hôtels ? C'est exactement le même principe: la mise en relation de l'offre idoine et de la demande.
Réponse de le 12/04/2013 à 9:26 :
la vrai comparaison serait un comparateur qui mette en avant ceux qui payent le plus, l'utilisateur final croyant toujours a un classement en fonction de la qualité. On comprend qu'Apple n'apprecie pas.
a écrit le 09/04/2013 à 23:22 :
Il n'y a pas plus verrouillé qu'un produit apple et il n'y a pas plus centralisé que l'écosystème apple. Bref, quand on est client d'apple ou qu'on travaille pour apple, on devrait logiquement savoir à quoi s'en tenir.
Réponse de le 10/04/2013 à 15:12 :
Apple est une structure pyramidale car plus elle a d'adeptes dans son cercle plus ses cadres s'octroient de stock-options. Un produit Apple s'apparente à un bijou où la surcôte par rapport au coût en matière première est largement surévaluée.
a écrit le 09/04/2013 à 23:15 :
Cette décision d'Apple est elle en conformité avce les règles de respect de la concurrence ? L'UE ne peut-elle pas condamner Apple pour de telles pratiques commerciales déloyales ?
a écrit le 09/04/2013 à 20:42 :
Un bel exemple pour la neutralité du net. Est-ce que tout le monde a sa chance dans le monde apple ? non. et pourquoi ? parce que l'opérateur Apple choisis l'information qui peut arriver jusqu'a l'usager. Que peut on y faire ? voter le projet de loi du cnn pour la neutralité du net.


Réponse de le 09/04/2013 à 21:35 :
ce n'est pas une question de la neutralité du net . il ne s'agit pas du net mais de l'environnement Apple, totalement fermé et dépendant totalement de Apple. C'était une erreur stratégique, tout simplement.
a écrit le 09/04/2013 à 19:47 :
Les malheureux (dontj´ao fait parti...) qui ont eu confiance en l'Etat et sont lancé dans les énergies renouvelable s'en souviennent...
Réponse de le 10/04/2013 à 11:30 :
D'ailleurs c'est pour ça que vous vous vengez en utilisant un I-Phone au bilan écologique plus que néfaste.
a écrit le 09/04/2013 à 19:37 :
Je suis d'accord avec Apple le principe de appstore c'est d'avoir un store sain et unité et non un des stores dans le store !! ( comme les comparateurs web a profusion qui n'apportent au final rien du tout en faite ! ) Apple doit interdire tout cela , sinon ca va etre le bordel dans l'apple store . forcement en laissant appgratis faire il allait avoir des concurrents aussi et donc au final plus aucune visibilité . enfin c'est incroyable de voir que des investisseurs se sont fait avoir avec ce business plan ( tant mieux pour le createur qui a un été un génie depuis 2008 et qui a pu gagné de l'argent )
mais ce biz aurait pu tenir si l honneté avait ete faite ( il fallait tout simplementque appgratis fasse dabord le bon partenariat c'est a dire signe avec apple !! ( et prime une clause de non concurrence ( mais bon apple n'aurait pas voulu sans doute ( atil demander au début ? )

Réponse de le 10/04/2013 à 11:32 :
Pourquoi donc avoir validé l'application au départ et l'interdire maintenant sans prévenir Appgratis? Comportement digne d'un sale gosse mal éduqué qui casse son jouet pour en avoir un autre.
Réponse de le 10/04/2013 à 15:35 :
@Thargor

Avoir validé l'application puis ensuite interdite est révélateur d'une faille dans l'automatisation de la validation (cf. limitation du coût de fonctionnement de l'AppStore) dont AppGratis a su tirer profit. A malin, malin et demi.
a écrit le 09/04/2013 à 19:08 :
Première année d'école de commerce, premier cours, première heure, première minute du cours : "le plus gros client d'une entreprise ne doit pas dépasser 5% du chiffre d'affaires de celle-ci".
Réponse de le 09/04/2013 à 19:44 :
Pourriez vous me donner le nom de votre application, disponible sur plus de 20 OS pour smartphones différents ?
Réponse de le 09/04/2013 à 21:37 :
c'est pire qu'un client !! c'est un environnement totalement dépendant d'une seule entreprise dont l'objectif est clairement de piéger ses clients. à fuir !
a écrit le 09/04/2013 à 18:30 :
En même temps c'est normal. Il ne fallait pas jouer au petit malin avec les règles du jeu....
a écrit le 09/04/2013 à 18:04 :
Il n'est pas déplaisant de voir une telle entreprise se faire éjecter et devoir sans doûte se réinventer. Le modèle d'affaire de cette dernière reposait sur un système de promotion d'applications que la société n'avait pas écrite. Bref, un nouvel annonceur publicitaire.

Cela ressemble fort à une forme de parasitisme commercial.

On peut aisément imaginer à quoi devait ressembler le dossier présenté aux investisseurs (qui ont d'ailleurs craqué pour 10 M). On devait y retrouver tous les mots-clés qui attirent :

"Mobile Ads", "iOS", "B2B", "Social Network" ... et persoonne n'a pensé à vérifier si tout ce bizness n'était pas un peu trop à la merci d'apple. Réjouissant !

Bref, encore beaucoup d'argent pour une société qui ne produit RIEN. Pas de logiciel, pas de matériel, juste de la pub et qui (probablement) se rémunère auprès des autres créateurs d'apps.

Il serait souhaitable que les investisseurs reviennent sur des projets un peu plus ... ennuyeux, à priori moins rentables mais qui produisent vraiment quelque chose.
Réponse de le 10/04/2013 à 9:38 :
Ce qui vérifie l'axiome selon lequel la richesse n'est le plus souvent que l'exploitation du travail (des autres).
Réponse de le 10/04/2013 à 11:36 :
@neutrino : selon votre logique, l'Apps store devrait être éjectée des I-Truc.
a écrit le 09/04/2013 à 16:55 :
Dès la première ligne de l'article on lit "se faire évincée", cela me fait mal aux yeux! C'est "se faire évincer" qu'il faut écrire.
Honteux pour la Tribune !
Réponse de le 24/04/2013 à 9:57 :
Tant qu'on y est... vient d'ëtre évincée me semblerait plus léger ;p
a écrit le 09/04/2013 à 16:50 :
Voilà ce qui arrive quand on développe pour le monopolistique Apple. Il ne faut pas développer pour Apple, mais pour Android ou linux qui sont des marchés ouverts.
Réponse de le 12/04/2013 à 9:29 :
Google n'a t'il pas enlevé 60.000 appli de son store? Donc qu'Apple reste maitre de son store et de la qualité de celui ce me semble sain, par contre, il faudrait aussi pouvoir authoriser des stores alternatifs

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