App Store : acculé, Apple change de stratégie et fait des concessions historiques aux développeurs

Attaqué aux Etats-Unis et en Europe par les régulateurs et des coalitions de développeurs pour ses pratiques commerciales jugées abusives sur l'App Store, et dans l'espoir de clore un procès en Californie, Apple a proposé une concession historique : les éditeurs d'applications pourront désormais proposer à leurs utilisateurs des moyens de paiement en dehors de la plateforme du géant américain. Autrement dit, ils pourront contourner la fameuse "taxe Apple" de 30% que la firme de Tim Cook s'octroie sur chaque transaction. Un changement de stratégie qui en dit long de la part du patron de la firme.
Sylvain Rolland

5 mn

(Crédits : Loren Elliott)

Parfois, à force d'acharnement, les petits réussissent à faire plier les gros. Dans le remake moderne de David contre Goliath qui oppose depuis des années des coalitions de développeurs d'applications du monde entier à Apple, les petits poucets du web sont sur le point d'obtenir une victoire historique. Sous la menace de plusieurs procès aux Etats-Unis et en Europe, le géant de Cupertino a proposé de renoncer à la rente automatique qu'il s'octroyait sur les applications hébergées sur son App Store.

Concrètement, les applications pourront envoyer un courriel à leurs utilisateurs sur mobile, pour les informer qu'ils peuvent acheter un abonnement ou payer un achat via leur site web plutôt que directement dans l'App Store. Pour les consommateurs, cela ne change pas grand-chose : ils seront simplement informés qu'il existe une deuxième option de paiement pour leurs achats, en plus de la plateforme d'Apple. Mais pour les développeurs d'applications, c'est une petite révolution, car ils auraient alors enfin la possibilité de contourner la fameuse "taxe Apple" sur les achats "in-app", qui capte jusqu'à 30% de leurs revenus.

Lire aussi 6 mnApple vs Epic Games : trois choses à savoir sur ce procès crucial pour l'économie des applications

Acculé de toutes parts, Apple change de stratégie en proposant des concessions

Ce geste historique de la firme américaine n'est pas encore gravé dans le marbre, car il doit encore être approuvée par un tribunal californien, ce qui mettrait fin à une action en justice intentée en 2019 par une coalition de petits développeurs réunis en action collective. L'accord que propose Apple pour éviter les tribunaux prévoit aussi de donner plus de marge de manœuvre aux développeurs pour fixer les prix de leurs applis, de leurs abonnements et des achats qu'ils proposent "in-app". Apple entend enfin créer un fonds de 100 millions de dollars d'aide aux petits éditeurs américains, gagnant moins d'un million de dollars par an pour toutes leurs applis aux Etats-Unis.

Ces concessions révèlent un rapport de force qui ne penche plus en faveur d'Apple, et un Tim Cook forcé de changer de stratégie. Jusqu'à présent, la multinationale maintenait une pression ferme sur les éditeurs d'applications, mais elle semble désormais vouloir apaiser les tensions pour éviter les tribunaux et surtout, donner un signal de coopération aux politiques.

Car les géants du Net ne sont plus en odeur de sainteté et Apple est acculé de toutes parts. En plus de cette action collective, ses pratiques commerciales sur l'App Store sont aussi dans le viseur de la Commission européenne et des régulateurs américains, qui ont chacun ouvert des enquêtes qui pourraient déboucher sur des amendes massives.

Surtout, Apple craint les nouvelles régulations, notamment le Digital Markets Act en préparation en Europe, et de nouvelles lois anti-concurrentielles aux Etats-Unis, qui prévoient, entre autres, de s'attaquer au duopole Apple-Google dans l'économie des applications. La marque à la pomme croquée est également attaquée en justice en Europe par le numéro un mondial du streaming musical, Spotify, et attend également, dans les prochains jours, le verdict d'un procès crucial qui l'oppose à Epic Games, l'éditeur du jeu Fortnite. Toujours pour la même raison : ses pratiques estimées abusives et anti-concurrentielles sur son magasin d'application.

Lire aussi 2 mnApple : les applications sur l'App Store ont généré 643 milliards de dollars de dépenses en 2020

La toute-puissance d'Apple sur l'économie des applications remise en cause

La situation imposée depuis des années par Apple est la suivante : les éditeurs d'applications qui veulent accéder aux utilisateurs d'iPhones - qui pèse 20% du marché mondial des smartphones - sont obligés d'utiliser uniquement le système de paiement de l'App Store pour chaque achat réalisé dans leur application mobile. Au passage, la firme de Tim Cook s'octroie au titre des frais de service et de son rôle d'intermédiation une commission non-négligeable de 30% sur chaque transaction, réduite à 15% dans certains cas spécifiques comme la première année de vie d'une application si son chiffre d'affaires n'atteint pas le million de dollars.

Les éditeurs sont ainsi confrontés à un dilemme : soit ils acceptent les conditions tarifaires fixées par Apple, soit ils sont exclus de l'App Store. Sauf que cette plateforme est le seul magasin d'applications autorisé sur ses smartphones : autrement dit, refuser de donner 30% de ses revenus sur iPhone à Apple revient à ne plus avoir de revenus du tout puisqu'il est impossible de télécharger l'application ailleurs que sur l'App Store. De son côté, le géant de la "Big tech" justifie ses pratiques car il s'estime le meilleur allié des développeurs. En 2020, les applications hébergées sur son espace ont généré 634 milliards de dollars de dépenses d'après l'entreprise. Mais cette ligne de défense devient de plus en plus difficile à tenir alors que l'Union européenne et les Etats-Unis veulent encadrer les activités des plateformes dites "structurantes", c'est-à-dire qui sont incontournables pour leur écosystème dont elles sont à la fois juges et partie.

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Sylvain Rolland

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Commentaires 7
à écrit le 28/08/2021 à 16:16
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il est devenu urgent de démanteler les gafam, au plus tôt

à écrit le 28/08/2021 à 9:14
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Un recul intelligent. 30% même Cosa Nostra ne prend pas autant !

à écrit le 28/08/2021 à 5:07
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L'UE doit réguler les GAFAM rapidement au risque d'accroître le déclassement de L'UE et en premier lieu , la France. Le monopole que ces entreprises ont créé est du l'absence de compréhension des modèles de développement de ces sociétés par nos pseud...

le 29/08/2021 à 23:04
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Très belle explication que je partage à 100%.

à écrit le 28/08/2021 à 1:37
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Les développeurs attentent plus de concurrence pour vendre au plus offrant leurs logiciels attendons l'os de huawei pour équilibrer le monopole américain ..

à écrit le 27/08/2021 à 14:33
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Prochaine étape pour les régulateurs, briser le monopole d'Apple pour le paiement mobile sans contact. Il n'est aujourd'hui possible que de payer via Apple Pay. La marque interdit aux applications tierces, comme le français Paylib, d'utiliser le NFC...

le 28/08/2021 à 8:59
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Nul ne vous oblige à utiliser un iPhone...

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