French Tech : le gouvernement veut 10 licornes cotées en Bourse en 2025

Après l'objectif de 100 licornes en 2030 fixé en juin dernier par Emmanuel Macron, son ministre délégué à la Transition numérique, Jean-Noël Barrot, a défié la French Tech d'envoyer 10 licornes en Bourse en Europe d'ici à la fin de 2025. Un objectif tout à fait réalisable si la conjoncture s'améliore.
Sylvain Rolland
Jean-Noël Barrot, le ministre délégué à la Transition numérique et aux Télécommunications.
Jean-Noël Barrot, le ministre délégué à la Transition numérique et aux Télécommunications. (Crédits : DR)

Nouvel objectif politique pour la French Tech. Mercredi 23 novembre, le ministre délégué à la Transition numérique et aux Télécommunications, Jean-Noël Barrot, a fixé l'objectif de 10 licornes -startups non cotées valorisées au moins un milliard de dollars- en Bourse en 2025 sur Euronext. « Nous avons décidé de nous fixer un objectif très ambitieux de 10 licornes cotées d'ici 2025, dont deux avec une capitalisation de plus de 5 milliards d'euros », a déclaré Jean-Noël Barrot dans les locaux d'Euronext, le marché boursier européen qui gère notamment les Bourses de Paris et d'Amsterdam.

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Vers un plan Tibi 2 pour aider les introductions en Bourse

D'après le ministre délégué, l'Etat est prêt à mobiliser « près d'un milliard d'euros » de capitaux pour faciliter ces introductions. Bpifrance, le bras armé de l'Etat pour financer l'innovation en France, dispose ainsi d'une enveloppe de 500 millions d'euros de capital à investir dans ces entreprises. La Caisse des dépôts et consignations est prête de son côté à mobiliser 300 millions d'euros, a-t-il expliqué.

La puissance publique attend également « un effort significatif des investisseurs institutionnels de la place » pour qu'ils accompagnent également le mouvement. Une allusion à peine voilée au futur plan Tibi 2, que le gouvernement prépare depuis plusieurs mois, pour prendre la relève du plan Tibi 1, qui avait mobilisé de 2020 à 2022 les bancassureurs français pour qu'ils financent à hauteur de 6 milliards d'euros les étapes d'hyper-croissance et les introductions en Bourse des startups.

Outre cet effort financier, le gouvernement réfléchit également à l'introduction d'actions de préférence à droit de vote multiple pour les sociétés cotées. Ces mécanismes permettent aux fondateurs d'une pépite tech de lever du capital en gardant le contrôle de leur entreprise. Ces actions viennent d'entrer en vigueur pour les sociétés non cotées grâce à la récente loi Pacte (2019). « Nous voulons avec Bruno Le Maire réfléchir à un élargissement à certaines entreprises » cotées, dont « les entreprises de forte croissance et innovantes », a ajouté Jean-Noël Barrot. Avant de préciser que le gouvernement est en train « d'instruire » la question, et « si cette instruction était fructueuse », elle serait « mise en œuvre à la première occasion législative ». La création d'un Nasdaq européen, un marché boursier européen des valeurs tech, est un objectif de longue date d'Emmanuel Macron.

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Multiplication d'objectifs plus ou moins réalistes

La France compte 27 licornes aujourd'hui, dont 24 actives, contre seulement deux en 2017. Parmi elles, seules deux sont entrées en Bourse : OVHCloud, en octobre 2021, et Deezer, en juillet 2022. Plusieurs autres sont régulièrement citées comme pouvant venir faire grossir ce nombre à court terme : Doctolib, ContentSquare, Voodoo, Mirakl, Back Market ou encore ManoMano, entre autres.

Sous Emmanuel Macron, le gouvernement multiplie les objectifs politiques pour la French Tech. Lors de son premier mandat, le président avait fixé le cap de 25 licornes en 2025, finalement atteint avec trois ans d'avance dès 2022. En juin 2022, il a revu ses ambitions à la hausse à 100 licornes en 2030. Le chiffre peut impressionner, mais l'objectif n'est pas si ambitieux que cela : pour atteindre 100 licornes à la fin de l'année 2030, Emmanuel Macron mise sur un rythme de 9 ou 10 licornes par an, soit moins qu'en 2021 (11), mais davantage qu'en 2022 pour l'instant (7), qui est une année difficile pour les levées de fonds.

En plus de ces objectifs sur les licornes, Bruno Le Maire a fixé en juin 2022, quelques jours avant les 100 licornes d'Emmanuel Macron, l'objectif d'avoir cinq décacornes en 2025 et dix en 2030, c'est-à-dire des startups non cotés valorisées au moins 5 ou 10 milliards de dollars. Ambitieux aussi -surtout pour les décacornes dans un contexte de fin de l'euphorie pour les valorisations tech-, mais moins que celui affiché en février 2022 de faire émerger 10 super-géants de la tech en 2030 en Europe, c'est-à-dire dix entreprises tech chacune valorisées au moins 100 milliards d'euros. Un objectif carrément improbable étant donné qu'aucune startup tech n'est proche aujourd'hui des 50 milliards d'euros de valorisation et que rien ne dit que les valorisations tech retrouveront un jour leur niveau délirant de 2021, avant la guerre en Ukraine et la remontée des taux d'intérêts des banques centrales, qui rendent l'investissement risqué moins attractif.

Peut-être que le gouvernement devrait plutôt miser sur les centaures que les licornes, ces startups qui réalisent 100 millions d'euros d'ARR (revenus récurrents) par an. A l'heure des incertitudes, concentrer les objectifs politiques sur la création d'entreprises championnes de leur secteur avec de gros revenus récurrents semble le moins risqué.

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Sylvain Rolland

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Commentaires 3
à écrit le 23/11/2022 à 19:07
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Encore des caprices du prince ? Touts pour la financiarisation du monde! ;-)

à écrit le 23/11/2022 à 18:36
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wow, communication politique par excellence!!!!!!! Monsieur vous devriez aller en Allemagne, vous y verriez des entreprises du Mittelstand allemand pas cotees, tres rentables, et ou ca va a peu pres....oui c'est sur, ' la bas, loin de Paris', on ne t...

à écrit le 23/11/2022 à 18:08
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Depuis 2000, quelles "start up" françaises massives aidées par l'Etat ont réellement percé et se sont imposées à l'échelle européenne, voire mondiale ? Si quelqu'un peut me renseigner...

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