« La réglementation tue l'innovation. » Cette rengaine revient en force dans les discours des Big Tech ces dernières semaines. Meta, Apple ou encore OpenAI menacent de ne pas déployer leurs modèles d'IA générative dans l'Union européenne, jugeant la réglementation « incohérente » et trop contraignante. Mozilla, pionnier du Web et défenseur de l'open source, adopte une position différente. Impliquée dans l'élaboration de l'IA Act depuis 2019 et active dans l'organisation du futur Sommet de Paris, la fondation défend une IA « au service de l'intérêt public », véritablement transparente et ouverte. Explications avec Linda Griffin, vice-présidente des politiques publiques de Mozilla.
LA TRIBUNE - Récemment, Meta et une trentaine d'autres entreprises ont signé une lettre avertissant l'Europe qu'elle risquait le déclassement à cause d'une réglementation incohérente sur l'intelligence artificielle. Quelle est votre position sur ce sujet ?
LINDA GRIFFIN - Cette lettre ressemble à un argumentaire commercial. Ils ont le droit de défendre leurs activités, mais prétendre qu'ils défendent l'économie et l'innovation en général me semble déplacé. La réglementation peut effectivement freiner leur business en Europe, mais elle permet aussi à de plus petites organisations d'émerger et empêche la monopolisation du secteur par quelques acteurs. En affirmant que la réglementation tue l'innovation, ils créent une vision binaire qui n'a pas lieu d'être. Au-delà des enjeux économiques, la transparence des IA est cruciale, notamment pour la protection de la vie privée et des droits d'auteur. La course au plus gros modèle de langage ne devrait pas être l'objectif ultime de cette industrie.