Illectronisme : l'État prévoit jusqu'à 100 millions d'euros pour former 13 millions de Français

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Le secrétaire d'État au Numérique, Mounir Mahjoubi.
Le secrétaire d'État au Numérique, Mounir Mahjoubi. (Crédits : Reuters)
Le secrétaire d'État au Numérique, Mounir Mahjoubi, a annoncé la mobilisation de 75 à 100 millions d'euros pour lutter contre l'illectronisme, qui concerne près d'un Français sur cinq.

On connaissait l'illettrisme, qui touche les personnes qui ne maîtrisent pas la lecture, l'écriture ou le calcul. Au XXIe siècle, il faut aussi compter avec sa déclinaison numérique, l'illectronisme, c'est-à-dire le dénuement face à l'informatique et aux outils électroniques en général. Le mot désigne à la fois le manque de connaissances sur comment utiliser un ordinateur, une tablette ou un smartphone (envoyer un courriel, ouvrir une pièce-jointe, télécharger une application, naviguer entre les pages d'un site web...), mais aussi les difficultés pour maîtriser le contenu, par exemple vérifier une information ou repérer une arnaque.

Ce "mal du siècle" touche 13 millions de Français, d'après le Baromètre 2017 du Numérique, réalisé par le Credoc pour l'État et l'Arcep (le régulateur des télécoms). L'illectronisme renforce la fracture numérique, dont la réduction fait partie des priorités du mandat d'Emmanuel Macron. Il touche principalement les populations les plus fragiles et isolées, c'est-à-dire les seniors, les Français les plus pauvres, les personnes éloignées de l'emploi, mais aussi les moins de 35 ans les plus socialement défavorisés.

Lire aussi : L'État 100% numérique de Macron coûtera 9,3 milliards d'euros

Un plan pour former 1,5 million de Français par an

Pour ne plus laisser sur le carreau du numérique près d'un Français sur cinq, le secrétaire d'État au Numérique, Mounir Mahjoubi, a annoncé dans les colonnes de Ouest France un plan "sur plusieurs années" doté de "75 à 100 millions d'euros". L'objectif : former 1,5 million de personnes par an aux outils numériques, pour toucher au final les 13 millions de Français concernés par l'illectronisme.

Le programme prendra la forme d'un crédit de 10 et 20 heures de formation, en fonction des profils, d'une valeur de 50 à 100 euros. Pôle Emploi, la Caisse d'allocations familiales (CAF), l'Assurance maladie, les villes, les agglomérations et les départements pourront distribuer ce crédit formation.

Lire aussi : Fracture numérique : vers un accord entre l'État et les opérateurs ?

L'État 100% numérique de Macron en 2022, une utopie ?

Problème : Emmanuel Macron s'est engagé à numériser 100% des démarches administratives d'ici à la fin de son mandat. Or, au rythme d'1,5 million de Français par an, ce plan ne permettra de toucher que 6 millions de personnes d'ici à la fin de l'année 2022 - s'il débute début 2019. Soit moins de la moitié des personnes souffrant l'illectronisme. D'autant plus que la formation au numérique n'est pas le seul enjeu de la réussite de cet objectif. Si le plan très haut débit prévoit en théorie d'apporter une excellente connexion Internet à tous les Français d'ici à 2022, il n'est toujours pas garanti que tous les Français aient accès, dans les zones les plus reculées, à un débit suffisant.

Mounir Mahjoubi n'a pas encore précisé comment ce plan contre l'illectronisme s'articulera avec un autre plan, annoncé au printemps par Édouard Philippe, qui vise à former deux millions de jeunes et de chômeurs aux métiers du numérique, afin de permettre aux personnes éloignées de l'emploi de postuler à des métiers, même peu qualifiés, qui demandent un minimum de compétences informatiques. Le secrétariat d'État au Numérique n'a pas non plus communiqué sur son articulation éventuelle avec les propositions du rapport sur les banlieues, remis par Jean-Louis Borloo en avril dernier, qui prévoit de créer 200 "campus numériques" destinés aux jeunes défavorisés.

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a écrit le 13/09/2018 à 15:46 :
La clé de pensée de cet article est : "E. Macron s'est engagé à numériser 100% des démarches administratives d'ici à la fin de son mandat".
Déjà, on est incité fortement à remplir sa déclaration de revenus par internet. Pour la carte grise, on ne peut plus faire "papier", c'est guichet fermé à la Préf.
Pour certaines démarches en Caf, on ne peut que "télé déclarer", il n'y a plus de cerfa papier. Toutes les déclarations trimestrielles RSA, PPA, AAH se feront bientôt uniquement par internet. Idem pour s'actualiser auprès de Pole Emploi...
Cela touche plus particulièrement les plus pauvres, les plus précaires d'entre nous.
Cela permet surtout d'économiser du temps de saisie par les employés, puisque les infos sont saisies par le demandeur directement;
Le télétransmission est généralement suivie de traitements automatisés, c'est un automate qui décrypte le document à l'arrivée et injecte directement des faits générateurs en fonction de ce qui a été déclaré : économies de traitement encore.
Et surtout cela permet d'éviter des postes à l'accueil, au téléphone, des postes pour le suivi social de ces populations souvent précaires (RSA, etc) puisque en télé déclarant ils ne se déplacent pas...
Tout gain pour l'administration en face, puisque les coûts de gestion sont passés au crible et que les effectifs sont au minimum depuis des années...
Cynique peut être, mais vrai.
Réponse de le 13/09/2018 à 17:36 :
Et qui paiera les matériels (ordi, box, imprimante, ...) et abonnements de connexion aux personnes âgées chômeurs, handicapés divers, ... ? Le plan pauvreté de macron ?
Réponse de le 13/09/2018 à 20:10 :
Pour ce qui est des effectifs minimum; vous avez qu'à moitié raison. Comme vous le dite ils ont supprimé ceux qui nous servait mais pas leurs patrons !!!
Réponse de le 13/09/2018 à 22:17 :
Rassurez-vous, les plus pauvres ne paient pas d'impôt et n'ont pas de voiture..
Réponse de le 14/09/2018 à 14:08 :
"Les pauvres ne paient pas d'impôts". Certes si l'on ne tient compte que de l'impôt sur le revenu. Mais ils paient la TVA, la CSG, etc selon leurs prestations.
Et, avant de savoir s'ils paient ou non l'IR, ils doivent toutefois déclarer leurs revenus... Par internet.
a écrit le 13/09/2018 à 12:49 :
Mr Mahjoubi a t-il fait des progres de frappe sur un clavier d'ordinateur ou tape t-il tjrs avec deux doigts ?
a écrit le 13/09/2018 à 12:10 :
On assiste à n'importe quoi et on se demande à quoi bien ces sommes d'argent vont servir et qui le 1,5 million de Français ?
Réponse de le 13/09/2018 à 20:07 :
L'argent dépensé se sera surement le salaire de Mme Macron !
a écrit le 13/09/2018 à 10:08 :
Et ceux qui ne veulent pas ?

"On s'en fout !"

Ben ouais comme d'hab comme quoi, en marche forcée...

Quand est-ce que ça s'arrête ?
a écrit le 12/09/2018 à 14:05 :
Blablabla...

Quand il faudra sortir l'argent, il n'y aura plus personne.
a écrit le 12/09/2018 à 14:00 :
Ma voisine âgée, pas la peine de la former, les PC émettent des ondes (même Wifi éteint), dangereuses ces machines. Y a des gens craintifs, mais téléphoner 30 minutes avec un GSM à l'oreille, ça ne dérange pas.
Arrivera-t-on à 100,0% de gens agiles avec l'informatique (hors programmation) ? Ma mère m'avait demandé de remporter le PC que j'avais construit pour feu mon père car "obsolète" (prétexte, n'y connaissant rien) n'en ayant aucun besoin [je faisais sa déclaration de revenus en ligne, quand devenue veuve].
Agile donc équipé à la maison (avec abonnement), ou capable d'aller en cybercafé faire ses formalités administratives ? Ou tablette/smartphone obligatoire pour avoir un terminal mobile, quand ça sera devenu "habituel".
Réponse de le 12/09/2018 à 16:58 :
Mahjoubi, comme la plupart des technocrates du gouvernement n'a aucune idée de ce que celà représente comme investissement matériel et intellectuel pour des personnes qui ont passé toute leur vie sans le net et ne s'en portaient pas plus mal jusqu'à ce qu'on prétende venir les obliger à s'en servir...

D'un coté. Un coin de table, un bic à quelques centimes, une enveloppe, quelques timbres. Un peu de grattage de tête et ça suffisait.

De l'autre. un fournisseur d'accès internet, une box, une connexion virtuelle, des mots de passe, des menus, des sous-menus, des sous-sous menus à l'infini dans un jargon improbable quand ce n'est pas dans une langue étrangère. Et puis cet ordinateur qui sera obsolète trot tôt, une imprimante, du papier, de l'encre qui sèche tout le temps..

Et après, les heures de galère avant de comprendre comment on peut faire marcher le bazar, sachant que dans 5 ans il faudra tout réapprendre parce que l'OS aura changé, que dans 10 ans, certains fichiers seront illisibles.

Il y a des gens qui sont parfaitement heureux avec leur jardinet, leur voisinage et n'ont aucune envie de se faire c... avec un bazar aussi couteux qu'encombrant et inutile puisqu'ils ont vécu sans pendant un demi-siècle.

Que le gouvernement amène déjà la fibre ou un ADSL assez rapide partout dans le pays et on verra ensuite. Les gens ne sont pas idiots, ils comprendront vite ou se trouve leur intérêt et de toutes manières ceux qui sont nés après 1990 ne sont jamais des illectroniques, ils baignent au contraire dans l’électronique depuis leur naissance.
Réponse de le 13/09/2018 à 8:17 :
je suis totalement en accord avec "Réponse de pourquoi faire simple". Nombreux sont ceux qui n'ont rien à faire de tout ce bazar électronique (âge, coût, pas de besoin, caractère rebutant de tout çà, ..) et qui vivent simplement sans. C'est trop souvent imposé pour satisfaire l'ego de politiques qui sont déconnectés d'un monde réel
Réponse de le 13/09/2018 à 11:44 :
@pourquoi faire simple.. 12/09/2018 16:58
Entièrement d'accord avec vous. Cette proposition est de l'enfumage d'autant plus que € 100 mln pour 13 mln de personnes, cela fait
€ 8/personne !
Considérons que pour une génération (peut-être plus ?), le changement numérique est passé inaperçu.
Cordialement

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