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Jugés « extrémistes », Facebook et Instagram (Meta) désormais interdits en Russie

latribune.fr

Publié le 21 mars 2022 à 17:00 - Mis à jour le 21 mars 2022 à 17:01

La russie classe meta en tant qu'"organisation extremiste"

L'interdiction ne vise en revanche pas l'application de messagerie WhatsApp qui, comme Facebook et Instagram, appartient au groupe Meta.

DADO RUVIC

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18 juillet 2026

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Déjà bloqués, les accès à Facebook et Instagram sont maintenant interdits en Russie. Un tribunal russe les a bannis pour « extrémisme ». Une interdiction qui ne concerne pas WhatsApp, appartenant également au groupe Meta. Telegram non plus n'est pour le moment pas dans le viseur des autorités russes, contrairement à YouTube récemment accusé d'activités « terroristes ». Cette nouvelle mesure de Moscou vise en tout cas un contrôle total de l'information depuis le début de l'offensive en Ukraine.

Leurs accès étaient déjà bloqués depuis plusieurs jours, de même que Twitter et les sites de la plupart des médias russes encore indépendants. Désormais, Facebook et Instagram sont carrément interdits en Russie. Détenus par Meta, le nouveau nom du groupe, ils ont été interdits par un tribunal russe qui a « satisfait une action en justice déposée par le premier procureur général adjoint » pour « cause d'activité extrémiste », a indiqué la cour dans un communiqué publié sur Telegram ce lundi 21 mars.

Pour rappel, le 11 mars dernier, les autorités russes avaient demandé de classer Meta organisation « extrémiste » en l'accusant d'avoir assoupli son règlement pour permettre la publication de messages violents contre l'armée et les dirigeants russes en lien avec l'opération militaire de Moscou en Ukraine.

Lire aussi 5 mnUkraine : la Russie coupe l'accès à Facebook et renforce son contrôle de l'opinion publique

Ce lundi, au tribunal, le Parquet a réitéré cette demande, estimant que Meta avait justifié des « actions terroristes » et voulait inciter à « la haine et à l'inimitié » à l'égard des Russes. Les services de sécurité russes (FSB) ont eux aussi exigé l'interdiction « immédiate » de Facebook et d'Instagram. Selon l'agence de presse russe TASS, un représentant de Meta a déclaré au tribunal que la compagnie avait depuis modifié son règlement pour bannir « la russophobie et les appels à la violence ».

Facebook et Instagram sont les dernières victimes de la reprise en main de l'information que les autorités russes ont accélérée après le lancement de l'opération militaire en Ukraine, le 24 février. Ces deux réseaux sociaux étaient déjà inaccessibles à moins d'utiliser un réseau virtuel privé (VPN). Ce blocage et maintenant cette interdiction sont un coup dur pour de nombreux Russes qui les utilisaient non seulement pour se divertir, mais aussi pour faire des affaires.

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Lire aussi 8 mnMeta autorise certains messages anti-russes, Moscou riposte avec le blocage de Instagram

Instagram est en effet extrêmement populaire auprès de la jeunesse russe. Selon les données de Mediascope en janvier 2022, son nombre mensuel moyen d'utilisateurs en Russie est de 67 millions, d'après les données citées par le journal économique russe Kommersant. Le réseau social est aussi devenu un outil de vente en ligne crucial pour de nombreuses petites et moyennes entreprises russes, ainsi que des artistes et artisans, qui dépendent de leur visibilité sur cette plateforme pour vivre.

Les interdictions de Facebook et Instagram risquent également d'avoir un impact sur les mouvements d'opposition, qui, boudés par les médias grand public contrôlés par le Kremlin, publient régulièrement sur ces plateformes. C'est par exemple l'un des réseaux sociaux les plus utilisés par les opposants russes, comme Alexeï Navalny, bête noire du Kremlin dont l'équipe continue de publier des messages malgré son emprisonnement depuis plus d'un an.

Telegram et WhatsApp y échappent (pour le moment)

Les blocages ont été réalisés en application de deux textes encadrant strictement les informations diffusées sur la guerre en Ukraine et les sanctions imposées à la Russie. Ces derniers ont été adoptés par le Parlement russe et ratifiés par le président Vladimir Poutine début mars : l'une pour la diffusion d'informations « discréditant » l'armée russe et l'autre pour la diffusion d'informations « mensongères » sur les troupes russes. Cette dernière infraction prévoit des peines allant jusqu'à quinze ans de prison. Elle inquiète particulièrement les opposants et les médias indépendants, qui craignent des poursuites pour toute dénonciation de l'offensive. Au moins trois personnes, qui avaient publié des messages contre le conflit sur internet, sont déjà poursuivies pour ce motif.

Cette interdiction ne vise en revanche pas l'application de messagerie WhatsApp, elle aussi détenue par Meta, le tribunal ayant estimé qu'elle ne servait pas de moyen de « diffusion publique d'informations ». Mais cela pourrait changer s'il était massivement utilisé par la contestation et les opposants. WhatsApp est l'une des applis les plus populaires en Russie, avec 67 millions d'utilisateurs fin 2021, selon le cabinet Insider Intelligence, soit plus que Telegram (28) ou même que VK (63), le réseau social russe de référence.

Lire aussi 3 mnWhatsApp visé par une plainte d'associations de consommateurs européens

Telegram aussi est épargnée. « Je pense que c'est peu probable que la Russie banisse Telegram, parce qu'ils manquent de plateformes sur lesquelles opérer », estime Sergueï Sanovich, chercheur à l'université de Princeton. Critiquée pour l'insuffisance de modération de ses contenus, même si elle assure y consacrer plusieurs centaines de ses employés, la messagerie offre ainsi l'un des rares canaux majeurs aux discours pro-russes qui sont encadrés sur les autres grands réseaux sociaux étrangers. Devenu une destination privilégiée depuis le début de la guerre, Telegram indique enregistrer, depuis trois semaines, 2,5 millions de téléchargements quotidiens.

Sans compter que le gouvernement s'est déjà essayé, sans succès, à bannir l'application en 2018, après que ses dirigeants aient refusé de communiquer certaines données d'utilisateurs. « C'est très difficile de bloquer Telegram », prévient Enrique Dans, professeur spécialisé dans les systèmes d'information à l'IE Business School de Madrid. Conscient de son échec après avoir pourtant bloqué les adresses du site, la Russie avait levé les sanctions en 2020.

Mais « à mesure que les réseaux sociaux disparaissent, la dynamique pourrait changer et les messageries devenir la prochaine cible », avertit Alp Toker.

Lire aussi 3 mnVisa, MasterCard et le Libra de Facebook bientôt menacés par Telegram

Et bientôt YouTube aussi ?

La tendance pourrait ne pas s'arrêter là : la semaine dernière, le régulateur des télécommunications, Roskomnadzor, a accusé le géant américain Google et son service vidéo YouTube d'activités « terroristes », première étape vers un possible blocage.

« Ils ont du mal à contrôler YouTube en termes de censure », selon Sergueï Sanovich, et les récentes décisions du service de vidéo en ligne de suspendre les chaînes liées aux médias proches du gouvernement, « ont diminué sa valeur comme outil de propagande ». Pour autant « déclarer la guerre à YouTube reviendrait à s'attaquer à tout le groupe », souligne Alp Toker, or « Google est un acteur économique majeur et une connexion importante au monde extérieur ».

Depuis le début de l'intervention russe en Ukraine le 24 février, le pouvoir russe a considérablement renforcé son contrôle des informations diffusées sur internet, l'un des derniers espaces d'expression libre dans le pays. Ont été restreints les accès à la BBC, à la radiotélévision internationale allemande Deutsche Welle (DW), au site russe indépendant Meduza (basé à Riga, en Lettonie), à Radio Svoboda, antenne russe de RFE/RL, à Voice of America et à d'autres sites d'information non nommés.

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(Avec AFP)

latribune.fr

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