Semi-conducteurs : les vraies raisons de la co-entreprise Intel-TSMC

Photo d'illustration
Rick Wilking

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Dans le monde très concurrentiel des semi-conducteurs, c'est l'information à ne pas rater ce vendredi : selon le média The Information, le groupe américain Intel et le taïwanais TSMC vont créer co-entreprise aux États-Unis.Toute l'activité de fabrication de puces informatiques d'Intel y sera logée.
TSMC, fabricant de plus de 60 % des puces du globe, aurait accepté de prendre une participation de 20 % au capital de cette nouvelle entité. Le solde sera contrôlé par Intel et d'autres grands acteurs américains du secteur, dont l'identité n'a pas été dévoilée. Le montage financier aurait été suggéré par la Maison-Blanche, participante des discussions. Pour l'instant, les deux firmes n'ont pas commenté ces informations.
Voici les deux principaux avantages que vont retirer Intel et TSMC grâce à ce nouveau « mariage » technologique.
➡️ Pour Intel, la principale raison de cette co-entreprise est la suivante : le géant américain traîne dans la course à l'intelligence artificielle, et le savoir-faire de TSMC en la matière pourrait lui être d'une grande aide. Tout particulièrement dans la fabrication des puces adaptées à l'IA, qui demandent de plus en plus en puissance de calcul et de miniaturisation.
➡️ Selon d'anciens cadres d'Intel, contactés par Reuters, les puces IA d'Intel, à destination de clients externes, ont connu des déconvenues ces derniers mois : le groupe n'aurait pas été en mesure d'offrir un niveau de service client et de support technique comparable à celui du géant taïwanais, avec des retards et échecs, lors de tests.
➡️ L'année dernière, ces déboires ont été sanctionnés par une perte nette de 18,8 milliards de dollars, et une baisse de 60 % du titre boursier d'Intel. Ces difficultés ont aussi provoqué le départ de son PDG Pat Gelsinger, malgré ses efforts pour développer l'activité « fonderie » de l'entreprise, soit des usines ultra-sophistiquées capables de fabriquer des puces électroniques.
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➡️ D'après The Information, en échange de sa prise de capital, TSMC va donc partager avec Intel ses procédés technologiques, certains étant des secrets bien gardés. La firme taïwanaise va aussi dispenser des formations au personnel d'Intel, en sachant que cette phase prendra du temps car les méthodes et les outils techniques diffèrent entre les deux firmes. Preuve que la nouvelle du jour va dans le bon sens pour les investisseurs, le titre d'Intel a bondi de plus de 10 % en Bourse, en première moitié de la journée.
➡️ Pour TSMC, en position de leader mondial des semi-conducteurs, l'objectif de cette co-entreprise est différent. Concrètement, l'opération financera essentiellement la construction d'usines de semi-conducteurs dans l'Arizona. En sachant que l'entreprise taïwanaise avait déjà investi 65 milliards de dollars pour la création de trois sites de production similaires dans cet État voisin de la Californie, et donc proche de la Silicon Valley, la Mecque de la tech. En outre, début mars TSMC a conclu avec l'administration Trump un nouvel investissement de 100 milliards de dollars aux États-Unis.
➡️ Cet engouement américain obéit certes à une logique « business » classique, à savoir diversifier ses investissements et ses outils de production. Mais derrière se cache aussi la volonté de prévenir les incertitudes géopolitiques et macroéconomiques actuelles. Étant basé à Taïwan, un territoire que souhaite un jour « récupérer » la Chine, TSMC veut multiplier ses ancrages en cas de guerre.
➡️ Par ailleurs, la firme asiatique veut montrer patte blanche à l'administration Trump, qui à plusieurs reprises a accusé l'île de Taïwan d'avoir « volé » l'industrie américaine des puces et autres semi-conducteurs. D'ailleurs, la participation des représentants de la Maison-Blanche aux discussions de l'opération n'est, en ce sens, pas un hasard.
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➡️ En outre, face à la nouvelle salve de droits de douane « réciproques » américains - Taïwan a écopé d'un taux à l'export élevé de 34 % — investir sur le territoire américain permettra à TSMC d'alléger la facture. Les semi-conducteurs fabriqués aux États-Unis ne seront de facto pas soumis à ces taxes douanières.