L'expansion du streaming, un désastre écologique pour la planète

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Le streaming vidéo occupe aujourd'hui 60,6% du trafic global sur internet, selon le dernier rapport (septembre 2019) de la société canadienne Sandvine, spécialiste des équipements de réseaux.
Le streaming vidéo occupe aujourd'hui 60,6% du trafic global sur internet, selon le dernier rapport (septembre 2019) de la société canadienne Sandvine, spécialiste des équipements de réseaux. (Crédits : Mike Blake)
Si la diffusion numérique semble dématérialisée, elle n'est pas immatérielle: terminaux, réseaux de stockage et de diffusion, tous consomment de l'énergie.

Regarder sa série préférée chez soi sur son ordinateur ou dans les transports sur son portable, est-ce moins polluant qu'un DVD fabriqué à l'autre bout du monde et livré par coursier comme le faisait Netflix à ses débuts? Pas si simple, répondent des experts face à l'explosion du streaming.

La situation

Le streaming vidéo occupe aujourd'hui 60,6% du trafic global sur internet, selon le dernier rapport (septembre 2019) de la société canadienne Sandvine, spécialiste des équipements de réseaux. Sur ce total, Google (avec YouTube) représente 12%, Netflix 11,44%.

Mais si la diffusion numérique semble dématérialisée, elle n'est pas immatérielle: terminaux, réseaux de stockage et de diffusion, tous consomment de l'énergie. Soit, selon les calculs du Shift Project, groupe de recherche français qui a publié en juillet un rapport sur "l'insoutenable usage de la vidéo en ligne", l'équivalent annuel pour le seul streaming des émissions de CO2 d'un pays comme l'Espagne, ou 1% des émissions mondiales.

Lire aussi : Comment rendre le "streaming" moins dangereux pour la planète ?

C'est la vidéo à la demande - avec ses géants Netflix ou Amazon et bientôt Apple ou Disney - qui domine, représentant 34% du total (Shift Project). Traduction en équivalent tonnes de CO2: 102 millions, à peu près les émissions annuelles du Chili, pays qui accueille en décembre la grande conférence COP 25 sur le climat !

Lire aussi : Avec toujours plus d'abonnés, Netflix aborde la guerre du streaming avec confiance

Viennent ensuite les vidéos pornographiques, 27% du total, les "tubes" internet (21%) et les "autres" usages (18%), notamment le secteur en plein boom des vidéos sur réseaux sociaux.

Le problème

"La vidéo digitale, ce sont des fichiers très lourds et qui grandissent avec chaque génération de plus haute définition", relève Gary Cook, qui suit le secteur pour Greenpeace aux États-Unis. Ultra HD, 4K, 8K annoncée... les constructeurs rivalisent. Mais "plus de data égale plus d'énergie pour maintenir un système prêt à streamer cette vidéo vers votre appareil dans la seconde".

Car le streaming est "une ressource utilisée pour un client regardant une vidéo", contrairement à la télé classique où un émetteur arrose tout les spectateurs, souligne Laurent Lefevre de l'Institut national (français) de recherche en sciences du numérique. Ce qui "met une grosse pression sur trois axes: l'équipement terminal, les réseaux et les centres de données (data centers)".

Lire aussi : Orange poursuit ses investissements dans les data centers

D'autant que le consommateur veut un service rapide et sans hoquet. Résultat, "tout le monde est en train de surdimensionner les équipements avec pour conséquence un gaspillage de ressources à tous les niveaux", poursuit le chercheur, également directeur adjoint du groupe EcoInfo du CNRS.

Solutions techniques ou "effet rebond" ?

Les hébergeurs et/ou diffuseurs travaillent beaucoup sur la recherche d'améliorations techniques, par exemple pour le refroidissement des centres de données ou l'encodage pour rendre les vidéos moins "lourdes".

Mais les spécialistes mettent en garde contre le fameux "effet rebond", qui veut que les améliorations des techniques d'utilisation d'une ressource fassent en fait augmenter sa consommation globale.

"L'amélioration technologique créé de nouveaux usages et ces usages influencent" eux-mêmes les produits, comme la vidéo sur les réseaux sociaux qui s'est diffusée dans le marketing, relève ainsi Maxime Efoui-Hess, auteur de l'étude du Shift Project.

Sans compter que la culture technophile de l'illimité (tuyaux ou contenus) comme les algorithmes de recommandation ou les modes "autoplay" encouragent le "binge watching".

L'empreinte écologique du streaming devrait donc croître exponentiellement, d'autant que l'usage d'internet se diffuse toujours plus à travers le monde.

Des pistes pour l'avenir

Un retour en arrière technologique étant exclu, les chercheurs recommandent notamment la sensibilisation.

Pour Gary Cook de Greenpeace, "l'exercice de la responsabilité collective, en exigeant des géants de l'internet qu'ils passent rapidement leurs centres de données aux énergies renouvelables a été le principal vecteur de changement jusqu'à présent".

On peut aussi veiller à la consommation au moins d'impact possible, suggère Laurent Lefevre: "Le pire est de regarder sur un téléphone mobile en 3G. Il vaut mieux regarder chez soi avec une connexion en fibre optique".

Le ShiftProject, qui plaide pour un débat sur la "sobriété numérique", a de son côté mis en ligne le "carbonalyser", une extension de navigateur internet qui traduit en équivalent CO2 vos activités sur la toile. "Il faut se mettre dans la position de questionner des usages qui, pour l'instant, n'ont pas été discutés à titre collectif", estime Maxime Efoui-Hess.

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Commentaires
a écrit le 29/10/2019 à 6:00 :
Il ne faut pas stigmatiser le streaming :
- Toute activité humaine pollue : Les voyages, le chauffage, parle-t-on de désastre dans ces cas là ?
- Le streaming est moins stupide que les cryptomonnaies, comble de l'absurdité.
a écrit le 28/10/2019 à 15:03 :
La 5G ne va rien améliorer (à voir si pour un débit dix fois plus rapide il faut dépenser dix fois plus d'énergie même pas longtemps vu que c'est très rapide ?).
Le "mining" du bitcoin, parait que c'est très très énergivore ! Une calamité ce truc.
J'ai 20kg de vieux CD (pas audio) à recycler, je les garde jusqu'à la création d'une filière, c'est du polycarbonate je crois. Vive la dématérialisation ! :-)
Je peste quand y a des vidéos intégrées aux sites web, ça consomme de la bande passante, et l'ADSL fait ce qu'il peut (il parait que nombreux en France sont ceux n'ayant pas un bon ADSL c'est à dire >8M/s, quand y a 2 ou 3M ici c'est le maximum (ville 30 000 habitants), souvent 1,5, la fibre optique, ça va nous décoiffer ! :-) )
a écrit le 28/10/2019 à 14:26 :
curieux, mais Greta Langstrumpf ne vient pas nous montrer ses couettes haineuses pour denoncer les gouvernants qui ne font rien contre le streaming qui tue les ours blancs et massacre la nature!
ah ben oui, c'est normal, les jeunes ecoutent de la musique en streaming, ils veulent bien sauver la planete en faisant serrer les fesses aux autres, mais a titre personnel, ils sont prets a zero effort
alors y a pas d'indignation dans ce cas
a écrit le 28/10/2019 à 14:02 :
La solution le QUEBEC... énergie renouvelable.. Hydro Electricité
a écrit le 28/10/2019 à 13:03 :
Et vous oubliez tout l'énergie consommée que la société marchande nous impose. Hier je pestais contre Google omniprésent sur leur android, à la limite du scandale même et n'en pouvant plus j'ai fini par arrêter toutes les applications, or la consommation de ma batterie a été divisée par plus de dix !

Avec leurs publicités permanentes, leurs intrusions permanentes afin de nous piquer nos données, afin d'être présents toujours de plus en plus autour de nous à la limite du harcèlement ils imposent à nos machines de consommer bien plus que ce que nous voulons, nous en sommes par delà notre volonté, en tant que consommateurs nous n'avons pas le choix là non plus.

Si on veut chercher à comprendre et régler les problèmes il faut arrêter de suite de chercher sans arrêt à culpabiliser le consommateur tout ceci afin de ne surtout pas montrer les véritables responsables de ce désastre de cette pollution généralisée et de ce gaspillage de masse.

"La notion de libre arbitre a été inventée par les classes dirigeantes." Nietzsche

"Le commerce est l'école de la tromperie" Machiavel

En france on veut imposer, dans le sens faire payer des impôts même si au final on l'impose également de cette façon aussi, Google afin de sauver nos libertés, c'est grotesque, si on veut vraiment sauver nos libertés et brider la capacité à Google de nous piquer nos données il faut autoriser le SO de Linux pour les téléphones portables qui bizarrement n'a toujours pas été validée.

Ils hurlent à l'atteinte envers la démocratie mais ne veulent pas chercher les bonnes solution ! Incompétence, compromission, bêtise ou les trois ? Qu'importe le résultat désastreux est le même.
Réponse de le 28/10/2019 à 13:57 :
/e/ est une version « déGooglisée » d’Android. C'est en plus un service construit en France. Rien ne vous empêche, si ce n'est pas déjà fait, de vous détacher de Google complètement.
Réponse de le 28/10/2019 à 15:34 :
Android reste très limité par rapport à un ubuntu touch par exemple mais qui lui est limité par les constructeurs de smartphones alors que quand j'achète un téléphone plus de 400 balles j'aimerais pouvoir y installer ce que je veux !

Bref le choix du consommateur est une éternelle chimère qui permet de cacher la responsabilité des propriétaires de capitaux et d'outils de production, se cacher et encaisser, tout ce qui intéresse ces gens là.

Et si je peux pas et-c...

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