La dématérialisation des contenus est un désastre pour l'environnement. Les bonnes pratiques d'éco-conception et de réduction du gaspillage pourraient ne pas suffire.Sur Internet, le streaming vidéo consomme près de 60 % de la bande passante mondiale, dont 15 % pour Netflix et 11 % pour YouTube, d'après une étude récente de Sandvine. Les Spotify, Apple Music et autres Deezer ont aussi fait basculer l'industrie musicale dans le streaming. Et même le jeu vidéo s'y met : après le français Blade, Google va se charger de démocratiser le cloud gaming, le jeu vidéo en ligne accessible sur n'importe quel support, avec sa plateforme Stadia révélée le mois dernier. La tendance est à la dématérialisation. Mais ce n'est pas mieux pour la planète.
Contrairement à celui des DVD et des CD, l'impact environnemental du streaming est invisible à l'oeil nu. Des écrans utilisés aux réseaux qui transportent les données, en passant par les data centers qui les stockent, la question du coût environnemental revient à chaque niveau de la chaîne du streaming. Aujourd'hui trop énergivore, il devra adopter des démarches d'optimisation et d'éco-conception tant au niveau des équipements que des couches logicielles. Sinon, la facture environnementale explosera sous l'augmentation de la demande et du poids grandissant des technologies.
Réduire le "gras numérique"
Cette prise de conscience est récente. « Pour calculer le CO2 émis par le streaming, il faut additionner le temps d'utilisation du terminal [écran ou écouteur, ndlr], le coût environnemental de la fabrication de l'équipement, sa consommation énergétique, le nombre de données échangées sur le réseau, la définition de la vidéo, la qualité du réseau utilisé (wi-fi ou 4G)... », liste Caroline Vateau, directrice du département « Numérique responsable » du cabinet de conseil spécialisé APL.
Un calcul très complexe. Grâce à des bases de données publiques et privées, l'entreprise sait mesurer, en « kilogramme équivalent CO2 », le coût environnemental des services numériques. Sa mission est ensuite de réduire le « gras numérique ». La chasse aux « serveurs fantômes » qui mobilisent des ressources qu'ils n'utilisent pas, l'optimisation des systèmes de climatisation des data centers ou encore la traque des applications métiers les plus consommatrices pour changer les usages sont ses principales armes. L'objectif : réduire de 30 à 50 % l'empreinte environnementale de ses clients, qui recherchent de plus en plus des certifications « green IT » pour « montrer patte verte » auprès de leurs propres clients.