Mark Zuckerberg peut-il être viré de Facebook ?

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Mark Zuckerberg, Pdg et co-fondateur de Facebook, était auditionné le 10 et 11 avril 2018 par le Congrès américain dans le cadre de l'affaire Cambridge Analytica.
Mark Zuckerberg, Pdg et co-fondateur de Facebook, était auditionné le 10 et 11 avril 2018 par le Congrès américain dans le cadre de l'affaire Cambridge Analytica. (Crédits : Reuters/Leah Millis)
Alors que les polémiques impliquant Facebook s'enchaînent, Mark Zuckerberg, qui cumule les casquettes de co-fondateur, Pdg et président du conseil d'administration, voit son pouvoir remis en cause. Une gronde monte depuis plusieurs mois chez certains actionnaires du réseau social qui dénoncent une "dictature" au sein du fleuron de la Silicon Valley.

Il est l'homme aux pleins pouvoirs. A 34 ans, Mark Zuckerberg est à la fois co-fondateur, Pdg et président du conseil d'administration de Facebook, devenu le plus grand réseau social du monde. Lancée en 2004 comme un simple trombinoscope étudiant, la plateforme est désormais utilisée par plus de 2 milliards d'internautes. Un succès fulgurant, accompagné des dérives que l'on connaît : propagation des fake news (fausses nouvelles virales popularisées lors du Brexit en 2016), diffusion de propagande politique... Dernier scandale en date : l'affaire Cambridge Analytica, éclatée mi-mars. Facebook est accusé d'avoir laissé filer les données personnelles de 87 millions d'utilisateurs au profit de Cambridge Analytica. Ce cabinet d'analyse les a utilisées à des fins politiques, en faveur de Donald Trump lors de l'élection présidentielle américaine et du groupe "Leave.EU" lors du Brexit en 2016.

Alors que les casseroles - et les excuses de Mark Zuckerberg - s'accumulent, certains actionnaires s'interrogent depuis plusieurs mois : est-ce trop de responsabilités pour un seul et même homme ? Si la question traîne depuis plus d'un an, les inquiétudes se sont amplifiées depuis Cambridge Analytica. Selon une enquête de Business Insider publiée la semaine dernière, "83% des investisseurs indépendants - ces actionnaires qui ne sont ni Mark Zuckerberg en personne ni ses proches - estiment qu'il devrait être viré du conseil d'administration".

"Je pense que le président du conseil d'administration devrait être indépendant", renchérissait début avril sur CNBC Scott Stringer. Contrôleur de New York, il supervise un fonds de pension qui a investi environ 1 milliard de dollars dans Facebook. "Nous avons besoin de plus de directeurs et d'administrateurs indépendants, qui ont de l'expérience en matière de données, d'éthique et de tout ce dont ces grandes entreprises émergentes ont besoin."

Record en Bourse... et "banqueroute morale"

Lors de l'assemblée générale des actionnaires, début juin, l'investisseur James McCritchie a mis en garde contre une dérive "de dictature d'entreprise". Selon la presse américaine, un investisseur aurait même été expulsé de la salle pour avoir crié que "la démocratie des actionnaires fait défaut chez Facebook".

Pourtant, le réseau social ne s'est jamais aussi bien porté d'un point de vue financier. Le cours de l'action a explosé, de 38,23 dollars lors de son introduction en Bourse en mai 2012 à plus de 200 dollars en juin. Un record historique, et ce, en dépit de toutes les polémiques. Même son de cloche du côté du chiffre d'affaires. Au premier semestre 2018, le réseau social a enregistré un chiffre d'affaires ahurissant de 12 milliards de dollars (+49% sur un an) et un bénéfice net de 5 milliards de dollars (+63% sur un an).

"Lorsqu'il y a un désaccord avec le conseil d'administration, la motivation des actionnaires n'est pas seulement financière. Certains peuvent aussi s'inquiéter à terme d'une "banqueroute morale", en prenant en compte des critères éthiques", explique Claudine Mangen, professeure agrégée à l'université de Concordia à Montréal, en charge d'une chaire de recherche en organisations responsables, et spécialisée dans la gouvernance d'entreprise.

Et de poursuivre : "Quand un outil comme Facebook, utilisé par plus de 2 milliards d'utilisateurs dans le monde, devient un accès privilégié à l'information au point de pouvoir peser dans un processus électoral [Facebook est accusé d'avoir servi de plateforme de manipulation pendant l'élection présidentielle américaine, Ndlr], il est normal que les actionnaires veulent aller vers une prise de conscience."

| Lire aussi : Facebook est plus riche que jamais malgré le scandale Cambridge Analytica

Concentration des droits de vote

Chez Facebook, le partage des actions est au cœur de la gronde. Deux types d'actions sont disponibles : celles de type A, permettant d'obtenir un droit de vote par action, destinées aux investisseurs indépendants. Et celles de type B, permettant d'obtenir l'équivalent de 10 droits de vote. Selon Business Insider, ces dernières sont détenues par un cercle très fermé d'une dizaine de personnes, mené par Mark Zuckerberg et ses proches, comme Sheryl Sandberg, numéro deux de Facebook et membre du conseil d'administration. Conséquence : le jeune milliardaire détient 60% des droits de vote. Ce qu'il veut, il l'obtient.

"Pour écarter un membre du conseil d'administration, il faut 50% des votes. Autant dire que tant que Mark Zuckerberg détient autant de pouvoir, il continuera de voter en sa faveur et donc, il ne pourra pas être éjecté", assure Claudine Mangen.

Sans compter que les cas de départs forcés peuvent se compter sur les doigts d'une main, ou presque. "C'est extrêmement rare que des Pdg quittent le conseil d'administration de leurs entreprises. Il y a bien eu le cas de Travis Kalanick [fondateur de l'application Uber, il a démissionné en 2017 suite à des scandales de harcèlements sexuels dans l'entreprise, Ndlr]. Mais il possédait beaucoup moins de pouvoir - environ 20% des droits de vote à l'époque", souligne Claudine Mangen.

La seule solution serait que Mark Zuckerberg en personne se décide à abdiquer. "Admettons que la situation financière de Facebook dégénère et que la pression des actionnaires augmente, alors Mark Zuckerberg pourrait décider de renoncer à ses titres" pour sauver l'entreprise, anticipe Claudine Mangen. C'est ce qu'avait fait Bill Gates, en 2000. Le fondateur de Microsoft avait abandonné son titre de Pdg du groupe informatique pour conserver la tête du conseil d'administration. Reste à savoir si le fondateur de Facebook suivra l'exemple de celui qu'il considère comme son mentor.

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Commentaires
a écrit le 12/07/2018 à 0:25 :
Zuckerberg ça veut dire montagne de sucre.
Alors il est bien ce Mark Montagne de sucre. Ambitieux, entreprenant et intelligent.
Ce qui le jugent auraient-ils fait ce qu'il a fait ?
C'est facile de critiquer mais Facebook est une véritable réussite au niveau communication et échanges entre les peuples.
Aolrs, ne pouvons-nous pas être indulgent pour ce monsieur Montagne de sucre qui a réussi un pari d'une ampleur mondiale ? Le rejeter est une erreur, qui peut remplacer celui qui a démarré Facebook ?
Peut-être entre les membres de l'administration y aurait-il un monsieur Montagne de fer capable de le surpasser. Mais il pourrait aussi être bien pire à Marck Zuckerberg.
a écrit le 11/07/2018 à 9:37 :
IL semblerait que la vieille économie veuille s'approprier facebook, l'avantage c'est que cela permettra aux gens de fuir ce média et peut-être même à une concurrence de naitre.

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