Mark Zuckerberg peut-il être viré de Facebook ?

Zuckerberg audition congrès cambridge analytica
Reuters/Leah Millis
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Zuckerberg audition congrès cambridge analytica
Reuters/Leah Millis
Il est l'homme aux pleins pouvoirs. A 34 ans, Mark Zuckerberg est à la fois co-fondateur, Pdg et président du conseil d'administration de Facebook, devenu le plus grand réseau social du monde. Lancée en 2004 comme un simple trombinoscope étudiant, la plateforme est désormais utilisée par plus de 2 milliards d'internautes. Un succès fulgurant, accompagné des dérives que l'on connaît : propagation des fake news (fausses nouvelles virales popularisées lors du Brexit en 2016), diffusion de propagande politique... Dernier scandale en date : l'affaire Cambridge Analytica, éclatée mi-mars. Facebook est accusé d'avoir laissé filer les données personnelles de 87 millions d'utilisateurs au profit de Cambridge Analytica. Ce cabinet d'analyse les a utilisées à des fins politiques, en faveur de Donald Trump lors de l'élection présidentielle américaine et du groupe "Leave.EU" lors du Brexit en 2016.
Alors que les casseroles - et les excuses de Mark Zuckerberg - s'accumulent, certains actionnaires s'interrogent depuis plusieurs mois : est-ce trop de responsabilités pour un seul et même homme ? Si la question traîne depuis plus d'un an, les inquiétudes se sont amplifiées depuis Cambridge Analytica. Selon une enquête de Business Insider publiée la semaine dernière, "83% des investisseurs indépendants - ces actionnaires qui ne sont ni Mark Zuckerberg en personne ni ses proches - estiment qu'il devrait être viré du conseil d'administration".
Lors de l'assemblée générale des actionnaires, début juin, l'investisseur James McCritchie a mis en garde contre une dérive "de dictature d'entreprise". Selon la presse américaine, un investisseur aurait même été expulsé de la salle pour avoir crié que "la démocratie des actionnaires fait défaut chez Facebook".
Pourtant, le réseau social ne s'est jamais aussi bien porté d'un point de vue financier. Le cours de l'action a explosé, de 38,23 dollars lors de son introduction en Bourse en mai 2012 à plus de 200 dollars en juin. Un record historique, et ce, en dépit de toutes les polémiques. Même son de cloche du côté du chiffre d'affaires. Au premier semestre 2018, le réseau social a enregistré un chiffre d'affaires ahurissant de 12 milliards de dollars (+49% sur un an) et un bénéfice net de 5 milliards de dollars (+63% sur un an).
Et de poursuivre : "Quand un outil comme Facebook, utilisé par plus de 2 milliards d'utilisateurs dans le monde, devient un accès privilégié à l'information au point de pouvoir peser dans un processus électoral [Facebook est accusé d'avoir servi de plateforme de manipulation pendant l'élection présidentielle américaine, Ndlr], il est normal que les actionnaires veulent aller vers une prise de conscience."
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Chez Facebook, le partage des actions est au cœur de la gronde. Deux types d'actions sont disponibles : celles de type A, permettant d'obtenir un droit de vote par action, destinées aux investisseurs indépendants. Et celles de type B, permettant d'obtenir l'équivalent de 10 droits de vote. Selon Business Insider, ces dernières sont détenues par un cercle très fermé d'une dizaine de personnes, mené par Mark Zuckerberg et ses proches, comme Sheryl Sandberg, numéro deux de Facebook et membre du conseil d'administration. Conséquence : le jeune milliardaire détient 60% des droits de vote. Ce qu'il veut, il l'obtient.
Sans compter que les cas de départs forcés peuvent se compter sur les doigts d'une main, ou presque. "C'est extrêmement rare que des Pdg quittent le conseil d'administration de leurs entreprises. Il y a bien eu le cas de Travis Kalanick [fondateur de l'application Uber, il a démissionné en 2017 suite à des scandales de harcèlements sexuels dans l'entreprise, Ndlr]. Mais il possédait beaucoup moins de pouvoir - environ 20% des droits de vote à l'époque", souligne Claudine Mangen.
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La seule solution serait que Mark Zuckerberg en personne se décide à abdiquer. "Admettons que la situation financière de Facebook dégénère et que la pression des actionnaires augmente, alors Mark Zuckerberg pourrait décider de renoncer à ses titres" pour sauver l'entreprise, anticipe Claudine Mangen. C'est ce qu'avait fait Bill Gates, en 2000. Le fondateur de Microsoft avait abandonné son titre de Pdg du groupe informatique pour conserver la tête du conseil d'administration. Reste à savoir si le fondateur de Facebook suivra l'exemple de celui qu'il considère comme son mentor.