Startups : les mesures phares du plan Mahjoubi

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Le secrétaire d'Etat au Numérique, Mounir Mahjoubi
Le secrétaire d'Etat au Numérique, Mounir Mahjoubi (Crédits : Reuters)
Le secrétaire d'Etat au Numérique, Mounir Mahjoubi, a présenté au salon VivaTech l'aboutissement de son "tour de France des startups" entrepris à l'hiver dernier. Le résultat : 100 mesures pour aider les startups à lever les freins qu'elles rencontrent au quotidien pour grandir, lever des fonds, recruter ou s'internationaliser, secteur par secteur. Explications.

Le temps des "grandes annonces" est révolu. Pour Mounir Mahjoubi, venu à VivaTech présenter ses "Actions startups 2018", place désormais "à la dentelle".

"La France est mature au sujet des startups, les écosystèmes sectoriels sont déjà formés.  Désormais, les entrepreneurs ont besoin qu'on aille vraiment dans le détail pour faire sauter les verrous spécifiques qui les freinent", explique le secrétaire d'Etat au Numérique.

Ces verrous, petites et grandes contrariétés du quotidien entrepreneurial, ont été identifiés au cours d'un "tour de France des startups", qui s'est tenu de novembre à février par Mounir Mahjoubi et ses équipes. Quinze ateliers ont été organisés avec des entrepreneurs, par secteurs (EdTech, FinTech et AssurTech, AgriTech, SocialTech, FoodTech, HealthTech, robotique...). Ces échanges, parfois assortis de rencontres en tête-à-tête avec le ministre, ont permis de faire remonter les problèmes. Une quinzaine de rapports remis par des fédérations ou des regroupements d'entrepreneurs, ainsi que l'analyse des 1300 réponses à un questionnaire en ligne, ont permis de compléter le diagnostic.

Lire aussi : Tour des startups : le gouvernement veut "tout entendre" sur leurs besoins

Quatre grands chantiers : simplification, financement, recrutement, hyper-croissance

Le résultat est une liste de 100 actions à la Prévert, baptisées "Actions startups 2018" et consultables sur le site du gouvernement. Elles s'organisent autour de quatre grandes thématiques : simplifier la vie des startups, accompagner leur financement, faciliter le recrutement des talents et mieux les accompagner à l'international dans leur phase d'hyper-croissance. "Environ 40% sont des mesures générales, rencontrées dans tous les secteurs ou presque. 60% sont des mesures spécifiques par secteur", précise Mounir Mahjoubi.

Concrètement, il y a à la fois des idées nouvelles et un recyclage d'idées déjà annoncées ou promises. Peu sont déjà appliquées, la plupart vont être mises en place dans les mois à venir, d'autres ne sont que des "idées" qui ont "besoin de l'appui et de la réflexion de l'écosystème pour les mettre en place". La loi Pacte (Plan d'action pour la croissance et la transformation des entreprises), portée par le ministre de l'Economie Bruno Le Maire, qui devrait être présentée le 20 juin en conseil des ministres et débattue dans la foulée au Parlement, sera le principale véhicule législatif. Certaines mesures très sectorielles seront intégrées à d'autres véhicules textes, comme la loi sur les mobilités ou un futur plan d'action DeepTech qui sera présenté à la rentrée.

Relance de France Expérimentation, guichet unique, relèvement des seuils, correspondant startup dans chaque ministère...

Au rayon des mesures générales, le gouvernement a acté la réouverture de France Expérimentation depuis le 3 mai. Lancé par François Hollande, il s'agit d'un dispositif permettant à chaque startup de demander, à tout moment, un droit à déroger provisoirement à un règlement ou à une loi en place, pour tester son innovation ou son business model. "Parfois les règlements ne sont pas adaptés à l'expérimentation. Ce sera un guichet unique qui donnera aux startups de la souplesse et leur fournira une réponse en quelques mois", s'est engagé Mounir Mahjoubi.

Alors que les startups dans de nombreux secteurs manquent de débouchés avec la puissance publique, une autre des mesures phares est la création d'un réseau de correspondants startups et innovation dans chaque ministère. Ces délégués seront chargés de faire le lien entre les startups et leur ministère de référence (l'Education Nationale pour les EdTech, l'Agriculture pour les AgTech, la Santé pour les HealthTech et les BioTech...) afin de leur ouvrir des portes. Ils devront aussi infuser la culture startups au sein des administrations afin d'intégrer davantage leurs problématiques à l'action du ministère en question. Après "des mois de négociations en interne", quinze ministères seront concernés et intégreront ce nouvel employé dans les semaines et mois à venir.

Pour aller plus loin, un guichet unique d'achat de l'Etat va voir le jour. Le seuil d'exonération des procédures de marchés publics pour les PME innovantes va être relevé de 25.000€ à 100.000€ "avant fin 2018". "La procédure actuelle pour les marchés publics dépassant 25.000 euros est tellement lourde que les startups ne postulent même pas", précise Mounir Mahjoubi, qui espère ainsi gonfler les montants des relations commerciales entre l'Etat et les startups.

Le gouvernement va aussi profiter de la loi Pacte pour simplifier les seuils qui inhibent certaines entreprises au moment de recruter. Pour les seuils de onze, vingt et cinquante salariés, une règle va instaurer que le seuil sera considéré comme franchi "uniquement lorsque l'entreprise l'aura dépassé pendant cinq années civiles consécutives", précise le document.

"Venture loans" avec Bpifrance, création d'un indice "Next40", formations aux métiers du numérique

Si les startups de la French Tech ont levé plus de 2,5 milliards d'euros en 2017 -record battu-, la grande faiblesse de la France est la rareté des méga-levées, supérieures à 20, 50 ou 100 millions d'euros. Si cette faille reflète avant tout le manque de fonds d'investissement en France capables de mener de telles opérations, l'Etat souhaite accompagner les grandes levées de fonds par la création de "venture loans", des prêts complémentaires financés par Bpifrance. Les ICOs (levées de fonds en crypto-monnaie) seront facilitées avec la création d'un label avec les acteurs bancaires.

Un nouvel indicateur, baptisé "Next 40", sera créé pour devenir "l'équivalent du CAC40 pour les startups". L'objectif : augmenter la visibilité des quarante pépites en hyper-croissances les plus prometteuses du moment, notamment lors de déplacements officiels et dans des opérations de communication à l'étranger. Une bonne idée qui pourrait devenir un casse-tête d'exécution : la périodicité de la mise à jour de la liste (tous les six mois ou un an), n'est pas encore fixée. La question des critères de sélection pourrait aussi donner quelques migraines au gouvernement. Mounir Mahjoubi a indiqué que le "jury" serait composé de membres de gouvernement et de l'écosystème (entrepreneurs, investisseurs, experts...) et le choix réalisé par le gouvernement.

Enfin, les startups en hyper-croissance connaissent souvent des problèmes de recrutement des talents. Pour cela, une mission sur la résolution des tensions existantes dans les métiers du numérique va être mise en place, avec l'objectif d'adapter l'offre de formations pour mieux répondre aux besoins des startups. De nouvelles filières et de nouvelles formations courtes de quelques mois seront créées, avec ou en dehors de la Grande école du numérique. Un travail pour établir un référentiel commun sur les métiers et les compétences numériques sera lancé. Les conditions du French Tech Visa seront assouplies pour faciliter l'intégration de talents étrangers, notamment ceux dotés de "compétences rares, exerçant des métiers si complexes que la préfecture refuse le Visa sous prétexte qu'elle ne les connaissent pas", décrit Mounir Mahjoubi.

Focus spécial sur le crowdfunding et les EdTech

Du côté des FinTech, que le rapport choisit de mettre en avant, les critères du crowdfunding vont être dépoussiérés : le seuil autorisé par projet pour le financement participatif va passer de 2,5 à 8 millions d'euros. Dans le cadre de la loi Pacte, les titres financés via des plateformes de crowdfunding seront ouverts aux PEA-PME. Enfin, des levées transnationales seront permises par la création d'un passeport européen.

Pour lever les freins spécifiques aux EdTech (technologies au service de l'éducation), une feuille de route va être dévoilée à l'automne prochain par le ministère de l'Education Nationale et le secrétariat d'Etat au Numérique. L'objectif : clarifier ce que l'Etat attend des EdTech et faciliter les partenariats avec les acteurs du système éducatif. Les modalités des formations nouvelles sur les métiers du numériques seront également assouplies.

Du côté de la HealthTech (startups dans la e-santé) et de la mobilité, le plan Mahjoubi intègre les mesures déjà annoncées dans le plan Santé du gouvernement et dans la stratégie de la France pour la voiture autonome.

Lire aussi : Voiture autonome : la stratégie de la France tient-elle la route ?

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Commentaires
a écrit le 26/05/2018 à 13:02 :
Rigolo comme dans un système qui se veut libéral, il faut toujours mettre en place des usines à gaz pour que les boites se développent. Tout cela sent bon la pompe à fric entre copains. La logique est tout simplement que si un projet est viable, et considéré comme tel par le système, il survit, sinon, il disparait. Tout le reste n'est que faribole. Si la collectivité doit supporter les pertes à coup de subventions jamais remboursées, ce n'est plus du libéralisme mais de la tonte du mouton.
a écrit le 25/05/2018 à 8:41 :
Donc le 20 juin Lemaire va annoncer aux entreprises, la fin du nouveau casse tête administratif sur l impôt a la source !! Tout le monde sait qu en France un des freins a l embauche est la gestion et le cout de l administratif. Quant a Insuffler l esprit star up a l administration, je suis vraiment curieux de voir comment cela s applique a l Urssaf ou dans une Trésorerie.
a écrit le 25/05/2018 à 8:23 :
Ouais ben c'est pas avec ça qu'on va lutter contre le chômage de masse hein...

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