Quand les cadors des télécoms vantent une 5G « verte »

Des opérateurs comme Orange aux équipementiers télécoms tel Ericsson, tous les acteurs impliqués dans le déploiement de la nouvelle génération de communication mobile la présentent comme un levier pour réduire l’empreinte carbone. Ils espèrent lever les inquiétudes des écologistes et des ONG. Mais aussi, et surtout, rentabiliser leurs investissements.
Pierre Manière

5 mn

« En 5G, le bit transporté consomme huit fois moins d’énergie qu’en 4G », assure Franck Bouétard, le patron d'Ericsson France.
« En 5G, le bit transporté consomme huit fois moins d’énergie qu’en 4G », assure Franck Bouétard, le patron d'Ericsson France. (Crédits : Tingshu Wang)

Après près de deux ans de polémiques et de critiques présentant la 5G comme une technologie énergivore et nuisible à l'environnement, les industriels des télécoms se mobilisent. Tous s'emploient, à grand renfort de communication, à convaincre qu'il n'en est rien. Ce mardi, Ericsson a souhaité mettre, à sa façon, les points sur les « i ». Lors d'une conférence intitulée « La 5G, outil de croissance durable pour tous », Franck Bouétard, le patron de l'antenne française de l'équipementier télécoms suédois, a carrément qualifié la nouvelle génération de communication mobile de « technologie verte ».

Selon le dirigeant, l'industriel, qui fournit des antennes de réseaux mobiles à Orange, SFR et Bouygues Telecom, la 5G est même essentielle. A l'en croire, elle permettrait de réduire « jusqu'à 15% l'empreinte carbone de l'humanité ». Comment ? En améliorant les processus industriels de tous les secteurs de l'économie, qui se numérisent à toute vitesse.

« Remettre du rationnel dans le débat »

Franck Bouétard veut ainsi « remettre du rationnel » dans un débat, inondé, selon lui, de « beaucoup de fake news »« Les technologie de l'information et de la communication ne génèrent que 1,4% de l'empreinte carbone mondiale, et ne représentent que 3,6% de la consommation d'énergie », insiste-t-il. Surtout, ce niveau « est stable depuis 2010 », notamment parce que les industriels prennent, selon lui, en compte les problématiques environnementales. « En 5G, le bit transporté consomme huit fois moins d'énergie qu'en 4G », ajoute-t-il. Le dirigeant rappelle que les antennes 5G s'éteignent lorsqu'elles ne sont pas sollicitées. A contrario des antennes 4G, qui fonctionnent en continu.

Ericsson n'est pas le seul à donner de la voix. En la matière, tous les équipementiers, dont ses rivaux Nokia et Huawei, mènent aussi un intense lobbying pour vanter une 5G économe en énergie. Tous considèrent cette technologie comme un catalyseur pour accélérer, à tous les niveaux, la transition écologique. Idem chez les opérateurs, qui déploient cette technologie à toute vitesse. Chez Orange, le numéro un des télécoms en France, le discours est aussi bien rôdé. Selon Michael Trabbia, le patron de l'innovation de l'opérateur historique, « il faut se servir du numérique pour réduire l'empreinte carbone de tous les secteurs économiques ».

Les opérateurs veulent vite rentabiliser la 5G

La 5G constitue, d'après lui, un must « pour optimiser la logistique, les réseaux de distribution, l'industrie ou l'agriculture ». Il prend l'exemple de la construction et des nouveaux « bâtiments intelligents », ultra-connectés, permettant « de baisser de 20% à 30% la consommation énergétique ». Ou encore celui de la logistique, où « l'on peut optimiser les trajets en couplant des solutions liées à l'Internet des objets et l'intelligence artificielle ».

Pour les champions des télécoms, l'enjeu est double. Il s'agit, d'une part, de répondre à l'activisme, toujours vif, de nombreuses ONG et des écologistes. Beaucoup demeurent très méfiants vis-à-vis de la nouvelle génération de communication mobile. Au printemps dernier, le think tank Shift Projet a une énième fois tiré la sonnette d'alarme, appelant à encadrer la 5G et ses usages pour éviter une explosion de l'empreinte carbone du numérique. « Le déploiement de la 5G, s'il est fait de manière large et dense et sans maîtrise de certains usages, va s'accompagner d'une augmentation considérable de la consommation d'énergie et des émissions associées à nos usages numériques », écrivait le think tank. « D'après le Haut conseil pour le climat, le déploiement de la 5G devrait engendrer une augmentation de 18% à 44% de l'empreinte carbone du numérique à l'horizon 2030 », ajoutait-il.

L'autre enjeu, pour les équipementiers et opérateurs télécoms, c'est bien sûr de rentabiliser leurs nouveaux réseaux, qu'ils déploient à coups de milliards d'euros. Leur intérêt est, bien entendu, que particuliers et industriels se convertissent. Et vite. L'Arcep, de son côté, souhaite jouer un rôle d'arbitre à ce sujet. Le régulateur des télécoms a, dès 2019, pris le sujet de la modération de l'empreinte carbone du numérique à bras-le-corps. Il n'avait, il faut dire, guère le choix, face à la vague de défiance provoquée par l'arrivée de la 5G. Laure de La Raudière, qui a pris la tête de l'institution en janvier 2021, s'est d'emblée mobilisée. « Je m'inscris pleinement dans l'ambition de conjuguer développement des usages et réduction de l'empreinte environnementale », a-t-elle déclaré.

Le gouvernement souhaite, en particulier, que l'Arcep dispose de la capacité d'évaluer l'empreinte carbone des acteurs des télécoms, mais aussi celle de tous les acteurs numérique. L'institution a essuyé un revers du Conseil constitutionnel, qui a récemment censuré un article de loi qui l'autorisait à collecter des informations auprès des fabricants de terminaux comme Apple ou Samsung. Sachant que les smartphones, les tablettes, téléviseurs et ordinateurs représentent 80% de l'empreinte carbone totale du numérique. Mais le régulateur reste confiant. Il estime, aujourd'hui, que ce n'est que partie remise.

Pierre Manière

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