Vives tensions sur la qualité de service du réseau cuivre d’Orange

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Stéphane Richard, le PDG d'Orange.
Stéphane Richard, le PDG d'Orange. (Crédits : Charles Platiau)
Alors que plusieurs élus ruraux et députés se plaignent d’une qualité de service dégradée sur le réseau cuivre, Orange fustige une équation économique « impossible ». L’opérateur historique milite pour que SFR, Bouygues Telecom et Free, qui utilisent cette infrastructure pour vendre leurs offres ADSL, mettent la main au portefeuille pour l’aider à l'entretenir. Ces derniers y sont farouchement opposés. Le gouvernement s’est emparé du dossier, et proposera un « plan d’action » courant mars.

Le dossier est explosif. Alors que les critiques se font de plus en plus vives concernant la qualité de service du réseau cuivre permettant d'apporter le téléphone et l'ADSL, Stéphane Richard, le PDG d'Orange, se dit confronté à une équation économique « impossible ». Cette infrastructure est la propriété de l'opérateur historique. Il en loue l'accès aux opérateurs alternatifs pour commercialiser leurs offres Internet fixe à haut débit. Mais ce réseau, qui date des années 1960, se dégrade, et essuie des pannes, coupures et dysfonctionnements dans certaines campagnes et territoires ruraux. Depuis quelques mois, plusieurs élus locaux et députés blâment l'opérateur historique. Ils l'accusent de ne pas entretenir correctement cette infrastructure, privant parfois pendant des mois certains citoyens d'accès au téléphone et à Internet.

Ces récriminations agacent profondément l'état-major d'Orange. Stéphane Richard estime que l'opérateur fait de son mieux dans un contexte difficile, où les tempêtes et aléas climatiques se multiplient. Le PDG répète qu'il débourse chaque année 500 millions d'euros pour entretenir ce réseau. Mais concède, toutefois, qu'il faudrait y consacrer davantage de moyens. Combien ? « Quelques centaines de millions d'euros », a-t-il lâché lors d'une conférence de presse fin janvier. Mais le patron refuse catégoriquement de payer la note seul. Pour Orange, une solution doit être trouvée de manière « collective ». Il souhaite notamment que les autres opérateurs contribuent à cet effort financier. Son idée ? Augmenter le tarif régulé du dégroupage, soit le prix payé à la ligne par ses rivaux pour accéder au réseau cuivre. Celui-ci a été fixé à 9,65 euros par l'Arcep, le gendarme des télécoms. Stéphane Richard milite pour une augmentation de 3 euros. Ce qui permettrait à Orange d'encaisser près de 300 millions d'euros supplémentaires, et d'investir davantage, dit-il, dans la qualité de service.

« Stéphane Richard mélange tous les sujets »

Orange juge sa demande légitime au regard de ses baisses de revenus sur le réseau cuivre. Selon nos informations, en 2020, l'opérateur historique a généré 1,3 milliard d'euros de revenus, via toutes ses offres de gros, sur cette infrastructure - dont la majeure partie provient du dégroupage. Mais le réseau cuivre se vide progressivement de ses abonnés: la France ne compte plus que 16 millions clients ADSL, contre près de 19 millions il y a deux ans. Orange estime, selon nos informations, que les revenus de ses offres de gros sur le réseau cuivre vont dégringoler de près de 500 millions d'euros en 2023.

Face à l'argumentaire du leader français des télécoms, SFR, Bouygues Telecom et Free s'étranglent. A leurs yeux, Orange veut leur faire les poches et continuer à profiter encore de sa « rente du cuivre ». « Stéphane Richard, avec un certain talent politique, mélange tous les sujets : le service universel [qui doit permettre à tous les Français de bénéficier d'un service téléphonique et pour lequel Orange, qui en a la charge, perçoit quelques millions d'euros par an, Ndlr], la qualité du réseau cuivre et le prix du dégroupage, s'agace un dirigeant d'un grand opérateur. Il veut faire un hold-up et braquer 300 millions d'euros à la concurrence alors que le cuivre est une rente absolue ! Aujourd'hui, ça génère 800 à 900 millions d'euros de cash flow pur à Orange, avec des tarifs qui sont beaucoup trop élevés ! » Pour les opérateurs alternatifs, il faut au contraire baisser le prix du dégroupage. Cela permettrait d'inciter Orange à fermer le réseau cuivre, clament-ils, et de consacrer plus de moyens au déploiement de la fibre. La nouvelle présidente de l'Arcep, Laure de La Raudière, qui a la main sur le tarif du dégroupage, refuse pour le moment de se prononcer à ce sujet.

Bouygues Telecom réclame des pénalités à Orange

Ces piques de la concurrence, conjuguées au critiques sur la qualité du réseau cuivre, irritent depuis longtemps l'opérateur historique. Mais un épisode, en particulier a fait sortir son état-major de ses gonds. De source proche du dossier, Bouygues Telecom s'est récemment estimé lésé par une baisse de la qualité de service sur le réseau cuivre, et réclame à Orange plusieurs dizaines de millions d'euros de pénalités et de dommages et intérêts. Contactés par La Tribune, Orange et Bouygues Telecom se refusent à tout commentaire.

Face à la colère de certains élus ruraux, très remontés contre Orange, le gouvernement s'est emparé du dossier. Le mois dernier, il a confié à la députée LREM Célia de Lavergne une « mission flash » pour préciser les problèmes sur le réseau cuivre et faire des propositions. La parlementaire a rendu sa copie ce mercredi. Elle plaide pour une refonte du service universel pour les années à venir sur le réseau cuivre. La députée milite pour des obligations renforcées, avec des pénalités financières, à l'égard de son prestataire - qui ne peut être qu'Orange - afin d'en finir avec les pannes et coupures dans les campagnes. Elle estime, en outre, que la demande d'augmentation du prix du dégroupage de l'opérateur historique relève de la « posture ». Célia de Lavergne dissocie clairement ce sujet du service universel, perçu comme le seul levier en mesure d'améliorer spécifiquement la connectivité des foyers ruraux. Sur la base de ses propositions, le secrétaire d'Etat au numérique, Cédric O, a promis qu'un « plan d'action » sera dévoilé « la première quinzaine » du mois de mars.

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Commentaires
a écrit le 12/02/2021 à 8:36 :
Orange bloc les autre opérateur car il change les adresse je voulais aller cher free à mon adresse il n'y a pas de ligne et si je suis chez réd by si je regard orange et soch il trouve la bonne adresse bouygues et free pas de ligne à mon adresse pas normal
a écrit le 11/02/2021 à 20:44 :
Il faut consolider :)
a écrit le 11/02/2021 à 15:51 :
bien résumé par churchill et lucide, ce marché n'est pas concurrentiel et le régulateur aux main de l'état est là pour entraver le passage à une vraie concurrence ouverte et équitable, pour distribuer les parts de marchés de façon discrétionnaire à certains opérateurs. Comme lu dans un autre grand journal, la politique se fait aussi par les visiteurs du soir à l’Élysée.
a écrit le 11/02/2021 à 15:48 :
pour compléter le propos de churchill, l'investissement par opérateur est respectivement de 7,5 milliards pour orange, 3,5 pour SFR, 1,5 pour bouygues et free.
Mais la mécanique réglementaire qui n'a absolument rien de concurrentiel mais une subvention déguisée des autres opérateurs sur le dos de l'OH (ni tracée comptablement, encore moins fiscalement car ces dispositions sont "reglementaires") fait en sorte que l'évolution des parts de marchés est inversement proportionnelle aux niveaux d'investissements...
dans quel domaine marchand normal, plus on investit, plus on perd de clients ?
Morgan stanley qui ausculte les chiffres a abaissé la note d'orange pour investissements excessifs (mais imposés par le régulateur) en regard du chiffre d'affaires (vidé par la régulation), donc difficile d'investir encore plus pour le cuivre à la campagne...ce que personne n'explique c'est que l'investissement d'orange a pour but "reglementaire" de développer ses concurrents. Donc les actionnaires sont floués, il faut acheter dans l'ordre free, bouygues, sfr, vendre orange...pour raisons réglementaires...
a écrit le 11/02/2021 à 15:40 :
le pire est que celui qui a dit qu'il allait être l'opérateur de la boucle locale optique du pays, rien de moins, d'où l'hystérie des élus et du régulateur pour le tout fibre partout qui qu'il en coute et sans rien comprendre (alors qu'on aurait pu couvrir en trés haut débit via des armoires fibrés VDSl trés vite et pour 10 fois moins cher), que cet opérateur a commencé pour montrer l'exemple et qu'ensuite il arréte, que le régulateur met donc une pression de dingue sur orange pour qu'il couvre en FTTH et en fasse profiter ensuite les autres et celui en particulier au coin du bois, et qu'ensuite c'est cet opérateur et aussi un peu les autres, qui freinent à la suppression du cuivre pour bénéficier comme l'explique churchill, du cuivre à prix cassé....tout et son contraire, approuvé par le régulateur..

Un délire réglementaire dont seule la france est capable.. car la mécanique réglementaire est d'imposer à l'OH sur ses nouveaux investissements, de faire des offres de gros à prix coutant et en lui demandant de laisser un espace suffisant entre son tarif commercial de l'offre et le tarif de gros. Un vidage mécanique de la baignoire...et on dit que c'est une hyperconcurrence....ah bon ? qui explique la réalité ?
a écrit le 11/02/2021 à 10:12 :
il faut beaucoup depenser pour pouvoir fournir quasi gratuitement des infrastructures a des concurrents qui feront des forfaits a 2 euros tout gratuit en illimite pour tous avec 80% de marge
vu les conditions vaut mieux laisser ca aux autres effectivements
tout le monde veut qu'orange fasse les investissements pour n'avoir aucun frais fixe et pouvoir facturer en fonction de la marge sur couts variables dans une industrie intensive en capital!
il faut commencer par demander aux concurrents dont les couvertures en campagne sont douteuses de se mettre a jour, ca soulagera bcp de monde
a écrit le 11/02/2021 à 9:36 :
8 fevrier :


Si vous êtes abonné Bouygues Telecom, vous avez peut-être connu quelques difficultés ces derniers jours avec votre réseau mobile ou votre connexion internet. Comme le rapporte Phonandroid, l'opérateur semble avoir rencontré une panne généralisée. Les plaintes d'abonnés se sont multipliées lundi 8 février sur le site Down Detector. Et toutes les régions semblent être concernées malgré la dernière communication de l'entreprise sur Twitter qui indiquait qu'il ne s'agissait pas d'une panne nationale, mais plutôt "localisée".À Marseille, Montpellier, Toulouse, Paris, Nantes, Lyon ou encore Dijon, les abonnés Bouygues Telecom ont rapporté d'importantes perturbations du réseau mobile et Internet. Des difficultés de connexions qui tombent particulièrement mal alors que nombre de Français sont actuellement en télétravail en raison de la pandémie de Covid-19
a écrit le 11/02/2021 à 9:23 :
La moindre des chose quand on loue un bien est de le louer en bon état !
Orange est ENTIEREMENT responsable de l'état du réseau !!!
Réponse de le 11/02/2021 à 11:52 :
Encore faut-il que le prix de location ne soit pas imposé par un organisme soi-disant indépendant (ARCEP) ! Ne te cache pas sous un speudo on t'a reconnu Sébastien( Soriano).
Réponse de le 11/02/2021 à 14:01 :
Quand on loue un bien on doit s'exposer à des frais d'entretien: tel est le cas d'un logement, d'un véhicule, etc ...
Réponse de le 12/02/2021 à 16:28 :
vous auriez raison si on était dans un système concurrentiel normal.
Mais ce n'est pas du tout le cas : le marché télécom est asymétrique et donc administré par un régulateur qui s'oppose au passage à une vraie concurrence ouverte et équitable (sinon il n'aurait plus de travail..;donc comme nos 1600 comissions thédule, il s'accroche..nommé par l'état !!).
Donc comme expliqué ci dessus, orange a des contraintes hors normes pour louer ses infras (cuivre, m² dans ses locaux, tubes) mais aussi tous ses nouveaux investissements avec des offres de gros qui garantissent des parts de marchés croissantes à ses concurrents...et bien sûr aucune obligation réciproque..un abus de droit, des subventions occultes imposées à orange vers ses concurrents, "mais en toute légalité" de cette instance qui vit sur la bête et refuse de passer à une vraie concurrence...les US ont aidé les nouveaux entrants pendant 3 à 5 ans et ensuite concurrence ouverte et équitable, d'où des géants, nous on détruit les investisseurs, d'où baisse de notation d'orange par morgan stanley. qui a tout compris au déséquilibre imposé mais sanctionne le résultat..et les autres sont au chaud...merci qui ?
a écrit le 11/02/2021 à 8:35 :
Quand on voit les installations de la fibre en ce moment en campagne, je crains pour l'avenir.
a écrit le 10/02/2021 à 20:06 :
Il me semble que sur chaque abonnement ADSL/VDSL vendu en dégroupage depuis des années maintenant, les concurrents d'Orange versent un peu plus de 9€ à l'opérateur justement pour entretenir le réseau.

Où est passé cet argent ? Pourquoi n'a-t-il pas servi à entretenir le réseau Cuivre justement ?

Orange à beau jeu de réclamerr plus d'argent. Qu'ils s'expliquent d'abord sur la disparition de cette redevance.
Réponse de le 12/02/2021 à 16:20 :
faux, ça c'est le tarif du dégroupage, c'est à dire la location de la paire de cuivre pour que les autres opérateurs se développe sur le cuivre.
C'est un tarif à prix coutant et audité par le régulateur qui met en plus des obligations très fortes pour vider la baignoire d'orange. Pire comme expliqué plus haut, c'est la même chose pour les nouveaux investissements d'orange.et ce tarif est le 2eme le plus bas des pays industrialisés d'europe.
D'où la difficulté comme expliqué ci dessus à ce que l'OH entretienne ce réseau.
Le service universel c'est l'obligation supplémentaire faite à orange pour desservir tout client au téléphone, même si c'est pour un concurrent...

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