Les particuliers se ruent vers l'épargne sans risque en Europe

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Dans son dernier pointage, l'Observatoire de l'épargne européenne (OEE) brosse un tableau extrêmement sombre de l'épargne des particuliers en Europe. Des placements laminés à la fois par les plongeons boursiers et les crises immobilières et du crédit.

"Alors que tous les prix d'actifs baissent, le repli des épargnants sur les livrets et dépôts à court terme, mieux rémunérés et considérés sans risque, est général et s'accélère", souligne l'Observatoire de l'épargne européenne (OEE) dans son dernier tableau de bord. Les Bourses n'attirent plus que de rares nouvelles sociétés cotées, même si elles restent actives. Dans tous les pays du Vieux continent les fonds investis en actions subissent de fortes sorties, de même que les contrats d'assurance vie sur des supports en unités de compte ( les fonds misant sur les actions, par opposition aux fonds en euros dont le capital est garanti), poursuit l'OEE.

"L'épargne de long terme se raréfie", conclue l'Observatoire. Du coup, le financement des retraites se trouve menacé, à la fois par la dévalorisation des fonds de pension dans les pays où ils sont importants, et par l'assèchement des nouveaux placements de long terme des ménages. Le retournement du marché immobilier et le resserrement des conditions du crédit qui se généralisent n'arrange rien à la situation.

L'effet "de richesse" inversé (appauvrissement apparent des épargnants) qui, selon la théorie économique, devrait inciter les ménages à accroître leur épargne pour compenser la baisse de valeur de leur logement, joue inégalement en Europe. Mais la conjugaison du ralentissement du crédit et de l'absence de plus-values immobilières à réinvestir dans des produits financiers, comme c'était le cas jusqu'à l'an dernier, réduit la taille du marché de l'épargne financière. Résultat : les ménages des grands pays européens placent en moyenne seulement 7% de leur revenu disponible en épargne financière contre 12% un an plus tôt. Exception française: on notera que le crédit est resté dynamique en France au premier semestre 2008 et que le taux de placements financiers y était encore proche de 10% au deuxième trimestre.

Les pertes essuyées par les épargnants quelquefois cuisantes, mettent les intermédiaires financiers à rude épreuve. Une véritable défiance est bien présente, comme dans les cas de la déroute des building societies britanniques ou des pertes subies par les dizaines de milliers d'Allemands qui avaient été convaincus par leur banque ou leur caisse d'épargne d'acheter des certificats émis par Lehmann Brothers. "Mais ces tensions sont, à ce jour, restées cantonnés à ces segments du marché, grâce aux mesures de soutien et à l'engagement des pouvoirs publics de protéger leurs ressortissants", souligne l'OEE.

Il n'y a pas non plus de fuite massive des épargnants vers des établissements ou des places financières jugés plus solides que les autres. Le succès de l'épargne réglementée à court terme en France, qui ne se dément pas et au contraire progresse à des niveaux records sur le Livret A , s'explique plus par l'attrait de sa rémunération, que par sa centralisation par la Caisse des dépôts. "La partie qui se joue en Italie est peut-être la plus inquiétante pour les intermédiaires financiers : c'est dans ce pays que la distribution de produits d'épargne est la plus concentrée sur le secteur bancaire, et c'est également dans ce seul pays que les particuliers ont une image négative de leur banque", souligne pourtant l'Observatoire.

C'est aussi dans ce pays que les sociétés de gestion ont le plus de mal à convaincre les épargnants d'investir ou de revenir sur les marchés, sauf pour les obligations d'Etat sur lesquelles se ruent les particuliers. L'industrie de la gestion allemande souffrait de la même désaffection, mais le phénomène y semble maintenant endigué, notamment grâce à la fiscalité favorable qui s'appliquera aux fonds à partir de 2009, poursuit l'OEE. Mais aussi sans doute en raison du coup d'arrêt donné par la crise au marché concurrent des certificats. C'est aussi ce pays qui subit la pire chute des cours boursiers.
 

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