Sommet de Bruxelles

L'Espagne au centre d'un poker menteur entre Paris et Berlin

Florence Autret, à Bruxelles | 19/10/2012, 14:34 - 872 mots

En arrière plan la répartition des formidables pertes de l'immobilier ibérique et le contrôle des actifs détenus par les banques espagnoles sont en jeu.

Il y a dix jours à Luxembourg, Pierre Moscovici accusait le ministre allemand Wolfgang Schauble d’être de mauvaise foi au sujet de l’épineux problème du nettoyage des bilans bancaires espagnols. « Le malentendu n’est pas possible, si on est de bonne foi », avait dit le ministre de l’économie français. Cette petite phrase était une réponse au courrier rageur que, quelques jours plus tôt, les ministres allemand, néerlandais et finlandais avaient envoyé à leurs homologues. Ils y expliquaient que « l’héritage » de la déconfiture immobilière espagnole ne devait pas être supporté par eux, à travers les fonds de soutien européen, mais par ceux qui en étaient responsables : les Espagnols. L’aide à la recapitalisation du secteur bancaire espagnol devait avant tout être une garantie pour l’avenir… dès lors que la surveillance de ces banques pourrait être confiée à une autorité européenne, en l’occurrence, la BCE.

Paris, où la lettre avait été accueillie avec stupeur, faisait depuis passer le message suivant : cette interprétation est contraire aux décisions prises les 28 et 29 juin, nous ne laisserons pas ce trio de ministres contredire les engagements pris par les chefs d’Etat et de gouvernement.

Quatre mois après ce conseil européen décisif, il apparaît que le « malentendu » est bien réel et qu’il a commencé dès fin juin. A l’époque, François Hollande avait expliqué longuement que l’Europe volait au secours des « caixas » ibériques pour « dénouer » le lien entre risque bancaire et risque souverain et laisser entendre que (toutes) les dettes liées à l’assainissement du secteur seraient mutualisées pour éviter d’exposer un peu plus le souverain espagnol à la défiance des marchés. Mais la présentation de l’accord faite par le président Hollande avait excédé Allemands et Néerlandais.

 

Merkel doublée par Hollande

Depuis cette idée de « rétroactivité » de la recapitalisation visant à libérer l’Etat espagnol des moins-values latentes des « caixas » est devenue une pomme de discorde. Mais si les Allemands ont eu du mal à faire prévaloir leur lecture des décisions de juin, il semble bien que celle-ci n’aie en réalité jamais varié. Selon une source proche des négociations, il était entendu dès le départ pour la chancelière que la recapitalisation par un fond européen non seulement supposait que la surveillance bancaire soit exercée par la Banque centrale européenne mais que l’assainissement des banques ait déjà commencé… par et aux frais des Espagnols. « Ils n’ont jamais eu l’intention de transformer le mécanisme européen de stabilité en une espèce de bad bank géante », explique une autre source.

Si Berlin a toutes les peines du monde à faire prévaloir cette lecture jusqu’à présent, c’est en partie du à une erreur de communication. En juin, la chancelière allemande avait attendu le vendredi 29 après-midi pour donner sa lecture, alors que le président Hollande avait parlé pendant la nuit, prenant clairement l’avantage dans les médias.

Instruite par l’expérience, Angela Merkel n’a pas laissé son homologue français prendre de l’avance lors du conseil de cette semaine à Bruxelles. Pendant la nuit de jeudi à vendredi, elle a remplacé sa traditionnelle conversation nocturne hors micro avec la presse allemande par une conférence de presse en bonne et due forme, laquelle s’est déroulée en parallèle de celle de François Hollande. Il s’agissait cette fois-ci de présenter le compromis sur la supervision bancaire, un dossier connexe, mais distinct du sujet espagnol. Et ce vendredi, elle a martelé à nouveau que la recapitalisation ne devait « pas être rétroactive ».

 

La vraie question : la distribution des pertes bancaires

Au-delà de cette guerre des mots, ce différend franco-allemand recouvre une vraie question : celle de la distribution des pertes des banques espagnoles. Eminemment complexe, elle est entre les mains des directeurs du Trésor qui explorent en réalité une voie médiane entre le « tout mutualisation » français et le « tout responsabilité » allemand. « On n’est pas dans quelque chose de binaire, on explore plutôt une troisième voie », expliquait jeudi une source proche des discussions. En réalité, il y a au moins quatre « porteurs » possibles des pertes entre leurs actionnaires, leurs créanciers obligataires, l’Etat espagnol et les Européens, via leurs fonds.

La répartition de la charge entre ces acteurs soulève des problèmes techniques qui n’ont clairement pas leur place dans une négociation entre chefs d’Etat. C’est pourquoi leur solution a été confiée aux directeurs du Trésor. Cependant l’enjeu est bel et bien politique et macro-financier. L’Allemagne privilégie – comme toujours – une approche disciplinaire et de pouvoir consistant à dire aux Espagnols : plus vous voudrez nous transférer vos pertes, plus vous devrez accepter que « nous » exercions le contrôle, y compris en termes de capital, de votre secteur bancaire. Mais Berlin sait aussi que sa position, dans sa version extrême (aucune rétroactivité), n’est simplement pas intenable car cela reviendrait à tondre actionnaire et épargnants espagnols et à les endetter dans un premier temps, pour ensuite transférer la propriété de leurs banques assainies à d’autres. La non-rétroactivité est une position de négociation dans une lutte de pouvoir.

Paris, au contraire, privilégie la stabilisation macro-financière et l’effet de levier créé par le Mécanisme européen de stabilité afin d’éviter aux Espagnols d’empiler encore plus de dettes publiques. Ce faisant, elle se place, de fait, dans le camp de Madrid.

Commentaires

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mitch72 a écrit le 20/10/2012 à 12:34 :

Si l'UE (donc le contribuable français + allemand essentiellement) éponge les dettes de la bulle immobilière qui a créé une croissance fictive dans ce pays pendant 20 ans , ok mais on récupère tous les actifs immobiliers de l'espagne sinon c'est niette.

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Drolissime a écrit le 20/10/2012 à 09:11 :

Quand une entreprise fait faillite, elle part en liquidation judiciaire. Ses créanciers sont remboursés dans l'ordre de priorité : salariés, Trésor, fournisseurs, créanciers "classiques", et caetera. Ensuite le reliquat des actifs est donnés aux associés, actionnaires. Pourquoi quand une banque fait faillite, le peuple doit assumer les pertes par ces institutions représentatives (l'Etat vient la renflouer, puis l'Union Européenne) ? Quelqu'un peut-il nous expliquer ? Avouez que ça donne la nausée ce système bancaire "infaillible et tout puissant"... PS: Je suis un jeune de 25 ans et jamais je n'accepterai d'être esclave de leur système machiavélique. On fera changer les choses dès que les vieux qui ont les manettes seront dans six pieds sous terre :-)

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Gunar a écrit le 20/10/2012 à 02:25 :

Sans parler du fait que l'on finance le deficit du footbal espagnol

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pour voir a écrit le 19/10/2012 à 23:08 :

le dessous des cartes est : quel montant d'assignats ibèriques la France détient elle ? Merci de nous répondre et on verra qui ment !!!

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cormoran a écrit le 19/10/2012 à 20:40 :

Enfin un article clair qui me permet de comprendre quelque chose à ce différend franco-allemand. Merci.

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CAISSE D'EPARGNE a écrit le 19/10/2012 à 20:10 :

Pourquoi ne pas dire que toutes les caisses d'épargne Allemande sont en fallite et que ce Pays veut donner des leçons à tout le monde. Rigueur allemande ben voyons

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Bastien a écrit le 19/10/2012 à 17:13 :

Continuez à vous battre pour votre monnaie morte-née, je n'ai d'yeux que pour l'or. Tout le reste est constitué de débats stériles.

churchill a répondu le 19/10/2012 à 17:24:

l'or papier ne presente pas de grosses garanties, l'or des bijoux? ok.. ft etre tres bon pour pas se faire fumer dans les qualites ( carats); reste les lingots et les pieces, pour ca il faut un coffre sinon vous n'allez plus dormir, et quand vous voudrez le vendre, les courtiers vont vous expliquer des choses....... la vie n'est pas si simple...

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coco a écrit le 19/10/2012 à 16:46 :

Quelqu'un a-t-il une estimation à peu prés fiable/crédible des pertes immobilières des banques espagnoles ? Je ne parle pas naturellement des 60 à 100 milliards avancés par les différentes "études" et "experts".

churchill a répondu le 19/10/2012 à 17:25:

morgeix ( platinium gestion) a dit 240 milliards, bon chacun a son opinion; apres provisionner ca coute pas cher, faire de la reprise sur provision non plus... ca depend tjs comment on mesure le risque...

déni de réalité a répondu le 19/10/2012 à 17:39:

Merci, bonne question: maintenant encore d'autres questions sur la "réalité" espagnole: savez-vous combien des 60 à 100 milliards avancés ont été "vraiment" versé à quelle banque, pour quelles dettes pourries? Enfin, moi je n'ai entendu que 10 milliards sur 100 on été versé. Combien de milliards devront être mis à disposition à l'Espagne dès qu'elle consentera nous le dire? Est-ce qu'elle n'est pas en déni ou incapable d'analyser sa situation? Des "partenaires européens de ce genre sont difficilement "appréciable"; dans le vrai sens du terme!

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Gilles1 a écrit le 19/10/2012 à 15:59 :

Tôt ou tard il y aura à nouveau un lundi noir comme en 1929. C'est mathématique.

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Tony Meuter a écrit le 19/10/2012 à 15:21 :

1 ) Le détail des « pertes » est-il transparent et soumis à l?examen d?une commission publique ? 2 ) Qui a décidé de passer en "PERTES" les impayés du crédit hypothécaire espagnol aussi rapidement et massivement ? 3 ) Pourquoi n'y a-t-il pas de programme de restructuration des mensualités des particuliers comme cela a lieu dans d'autres pays ? 4 ) Pourquoi n'y a-t-il aucun programme de création d'emplois en Espagne? 5 ) Ce passage en "pertes" correspond-t-il au besoin pressant des fonds d'investissement de se reconvertir dans des propriétés immobilières méridionales, d'autant plus recherchées que la bulle monétaire est susceptible d'un déclassement ?

Paulo a répondu le 19/10/2012 à 16:06:

Le vrai sujet est de transformer des dettes privées (les banques et investisseurs) en dettes publiques (les notres, celles des contribuables que nous sommes). Le reste n'est que du blabla ...

Tony Meuter a répondu le 19/10/2012 à 16:43:

@ Paulo Oui... lesquels feront par la même occasion une bonne affaire sur des propriétés à bas prix quand il faudra "relancer le marché de l'immobilier".

Bastien a répondu le 19/10/2012 à 17:16:

@ Tony Meuter Non Tony, ça, c'est la vision des bisounours. Le fait est que l'Espagne a énormément construit mais dans des zones dont tout le monde se fout. Un appartement en plein désert Andalou, cela fait classe sur le papier, mais c'est de la daube. Cela ne vaut rien. Et le peu que l'on acceptera d'y consacrer ne servira certainement pas à couvrir le montant colossal des pertes liées à cette construction.

churchill a répondu le 19/10/2012 à 17:21:

' creer des emplois', ca ne se fait pas sur decret ( y a que hollande qui croit ca) ..... pour ce qui est du pb de l'immobilier espagnol, une bonne partie est bonne a detruire, alors si vous avez envie de faire des bonnes affaires, foncez !!!! et s'il vous reste le slip a la fin, soyez heureux

Tony Meuter a répondu le 21/10/2012 à 14:26:

@ Bastien - A vérifier. Pas sûr qu'il s'agit de projets irrationnels qui sont une aubaine pour les rachats à bas prix. Voir dans quelle mesure le logement standard pour la population n'est pas affecté.

Tony Meuter a répondu le 21/10/2012 à 14:28:

@ Churchill - Le législatif crée ou détruit les CONDITIONS de l'économie et de l'emploi.

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@ Churchill - Le législatif crée ou détruit les CONDITIONS de l'économie et de l'emploi.

par Tony Meuter le 21/10/2012 à 14:28

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