France-Allemagne : un tandem "contraint" de s'entendre

 |   |  960  mots
Copyright Reuters
Copyright Reuters (Crédits : Reuters)
Maître de conférence à Sciences Po et spécialiste des relations franco-allemandes, Marion Gaillard revient sur les dissensions qui plombent le tandem franco-allemand depuis l'arrivée de François Hollande au pouvoir. Elle déplore que les désaccords politiques, minés par la crise, grippent aussi la machine européenne.

Alors que le couple franco-allemand célèbre le cinquantenaire du Traité de l'Elysée, les dissensions entre les deux pays n'ont jamais semblées aussi grandes. La polémique suscitée outre-Rhin lorsque la France a demandé le soutien de Berlin au Mali en témoigne...

Marion Gaillard - Il ne faut pas juger le tandem Hollande-Merkel trop vite. Mais c'est vrai qu'on constate un certain effacement du couple franco-allemand. Ce qui est frappant, c'est l'absence d'émotionnel dans le tandem actuel. On est loin des bains de foule de Charles de Gaulle et Conrad Adenauer, ou de ceux de François Mitterrand et Helmut Kohl... Il y a une désincarnation du couple. Et en dépit des déclarations diplomatiques sur la bonne entente entre Paris et Berlin, on a du mal à y croire. Le fait que le couple peine à exercer son leadership apparaît dommageable, car les peuples se nourrissent de cela. Pour le moment, ils ne voient qu'un tandem "contraint" de s'entendre.

C'est notamment le cas sur le plan économique, où on a vu un François Hollande contraint de suivre l'Allemagne sur le pacte budgétaire alors même qu'il l'avait dénoncé pendant la campagne présidentiel. La domination économique de Berlin a-t-elle changé la donne?

Non car cette domination économique de l'Allemagne ne date pas d'hier, et cela ne l'empêche pas d'envisager des compromis. Berlin a finalement accepté que la Grèce reste dans la zone euro, alors qu'elle finance la plus grosse partie de l'aide commautaire à Athènes. Sur l'adoption par Hollande du pacte budgétaire, il ne faut pas oublier que lorsqu'il était candidat à la présidentielle, il avait fait de la lutte contre les déficits une des pierres angulaires de sa politique. En outre, il y a adjoint un pacte de croissance, qui, même s'il est largement insuffisant, apparaît comme une entorse au "tout austérité". Toutefois, ce décalage économique entre la France et l'Allemagne est fondamental. D'un côté, on a un décrochage de la compétitivité de France. De l'autre, on a une Allemagne qui se porte mieux (+0,9% de croissance en 2012, Ndlr) grâce aux réformes Hartz. Par le passé, ce type de problème a déjà plombé les relations franco-allemandes. Le fameux "tournant de la rigueur" de Mitterrand visait notamment à rééquilibrer le couple. En 1981, Helmut Schmidt n'avait pas caché sa méfiance à l'égard de la politique de la France, ce qui avait agacé son homologue français...

Justement, il semble que l'histoire se répète. Début novembre, Die Zeit et l'agence Reuters avaient annoncé que Wolfgang Schäuble aurait demandé aux "sages" (le Conseil des experts économiques outre-Rhin), de réfléchir à des propositions de réformes économiques pour la France. Même si Berlin a démenti.

C'est vrai. Mais le problème, c'est que les deux modèles économiques sont différents. Et si l'Allemagne se porte mieux, ses réformes Hartz ne sont pas pour autant incontestables. On le voit : cette politique s'est traduite par un chômage bas, mais aussi par une hausse du travail partiel, des minijobs, et globalement, de la pauvreté.

Ce décalage économique créée des dissensions dans l'opinion. Il y a cette couverture de Bild après la perte du triple "A" chez Moody 's se demandant si la France n'est pas "la prochaine Grèce".

Certes, et cette défiance affichée dans les médias n'est pas de bonne augure : il y a actuellement un climat de méfiance et de french bashing en Allemagne.

Sur la scène diplomatique européenne, on a vu François Hollande bouder Angela Merkel et s'allier avec l'Italie et l'Espagne pour conditionner le pacte pour la croissance à des mesures visant à baisser le coût de la dette. Comment l'interprétez-vous?

François Hollande avait sans doute besoin de se démarquer clairement du couple Merkozie. Et tactiquement, il devait trouver des alliés pour la croissance. Il y toujours eu a une tentation d'adultère chez tous les nouveaux dirigeants français ou allemands. Mais tous finissent par en revenir au couple. Celui-ci a un poids économique (plus de 40% du PIB de la zone euro, Ndlr) et une légitimité historique dont il est très dur d'en sortir. D'autant que depuis le Traité de l'Elysée, les administrations françaises et allemandes sont très liées. Elles ont l'habitude de travailler ensemble. C'est quelque chose de très fort, d'unique au monde.

Mais quand le tandem en marche pas, l'Union européenne semble faire du sur place. On peut citer le budget 2014-2020 dont les négociations trainent en longueur...

C'est une illustration. Entre Paris qui veut défendre ses aides agricoles et la politique de Berlin (qui souhaite limiter les dépenses à 1,1% du PIB communautaire, Ndlr), la France et l'Allemagne sont rentrés dans le groupe des radins, ce qui n'était pas le cas avant. Résultat, tous les pays membres campent sur leurs positions. Pourtant cette enveloppe budgétaire apparaît fondamentale pour l'avenir de l'UE. Quand on voit que même le financement d'Erasmus - et plus largement de la recherche européenne - a été menacé...

A moyen terme, pourrons-nous retrouver un véritable moteur franco-allemand au sein de l'UE?

Cela semble difficile. Angela Merkel est en campagne électorale. Il est logique qu'elle veuille prendre un peu de distance avec François Hollande, un socialiste qui défend le SPD (les sociaux-démocrates, Ndlr). La situation actuelle n'incite guère à l'optimisme, même si les relations entre les dirigeants français et allemands mettent toujours du temps à se mettre en place.

Lire aussi : France-Allemagne : la crise de la cinquantaine

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 26/01/2013 à 6:45 :
ou - Völkerwanderung - 2eme édition, Die neue Deutsche!
Le nombre d'étranger originaires de pays de l'ancien bloc soviétique, surtout d'origine russe, à Berlin est impressionnant.
J'habite à Charlottenburg (centre ville) et je peux vous dire que la langue que l'on entend le plus après l'allemand c'est le Russe (surtout dans les Lidl et les Aldi).
On vient de terminer à Charlottenburg une église orthodoxe russe d'ailleurs.
Pour la première fois depuis la réunification le nombre d'habitants à Berlin a, grâce aux immigrés, augmenté, et je pense que ce mouvement va aller en s'amplifiant.
Toutes les prévisions pessimistes sur la démographie (on parlait de 60 Millions d'habitants dans 30 ans) sont à revoir. Malgré les primes à la naissance la natalité en Allemagne est encore parmi les plus basses en Europe et cela ne va pas changer. Mais l'immigration prend de l'ampleur. On appelle ses étrangers déjà - Die neue Deutsche ? (les nouveaux Allemands)
Déjà les Turques et les Allemands d'origine turque (nés en Allemagne) représentent une partie importante de la population de l'Allemagne, surtout dans les villes. Mais alors que le nombre des retours au pays chez les Turcs dépasse le nombre des nouveaux arrivés, ceci du au miracle économique turc, il n'en est pas de même en ce qui concerne les étrangers venant de l'est.
Il y a de moins en moins de Volksdeutsche (cela se traduit mal, allemand de souche, serait de ce que je trouve de plus proche)
Il faut tenir compte de cette évolution quand on parle du Modèle Allemand, économiquement cela représente un gain pour l'Allemagne, ces nouveaux venus étant souvent très qualifiés. De plus cela favorise aussi les échanges commerciaux avec la Russie.
Quand à savoir si cela va changer le caractère des Allemands c'est difficile à dire, personnellement je l'espère, ce qui n'est pas l'opinion générale ici, voir ? Deutschland schafft sich ab ? du fameux nationaliste allemand Thilo Sarrazin (vendu à des millions d?exemplaires) et autres publications de même nature.par des émules moins prospères.
a écrit le 23/01/2013 à 9:06 :
Il serait grand temps que l'on admette (je suppose que on l'aura déjà compris) que ce sont les déséquilibres des balances commerciales qui sont à la base de la crise et du problème du surendettement.. .
Que un pays comme l'Allemagne, avec ses moyens de production modernes, considère que vouloir défendre et même accroître son excédent de la balance commerciale aux dépends des autres est légitime et même digne d'être imité (Modèle Allemand?) par les autres pays de l'Union Monétaire, prouve que le chauvinisme l'emporte sur la raison en Allemagne. La vérité est que en ce faisant l'Allemagne exporte son chômage.
Produire plus que l'on consomme et par là noyer l'économie des autres pays de l'Union Monétaire (moins fort économiquement) c'est faire preuve d'un manque de prévoyance et de maturité politique
Réponse de le 23/01/2013 à 10:37 :
Je traduis : 2 boulangers dans la meme rue : Boulanger A se leve tot , bosse fait des bons pains les vend a bon prix et gagne de l´argent, se paie de bonnes cotis pour sa future retraites, secu etc.
Boulanger B se lève tard, n´arrive pas à vendre ses baguette de qualité inférieure et est obligé d enprunter à sa banque pour finir ses mois et payer ses cotis.
Boulanger A accuse chroniquement un excédent de ventes par rapport à Boulanger B .

Morale de cette historie c´est bien boulanger A qui est responsable du manque du succès de Boulanger B. A est en plus un chauvain qui manque de solidartité car il noit sont collègue. Bref , Il manque de prévoyance et de ma maturité !
Réponse de le 23/01/2013 à 17:57 :
@ ventrachoux,
comme d'habitude vous n'avez rien compris.
Dans vôtre exemple les deux boulangers vendent à des tiers, le meilleur boulanger vend plus, tant mieux pour lui.
Dans les échanges entre pays avec excédents et déficits le problème es qu'un pays veut vendre mais ne veut pas acheter parce-que il produit lui même ce dont il a besoin ou parce-que moins cher ailleurs.
Vous voyez la différence. Il n'y a pas de tiers. Le pays qui veut seulement vendre, ou vendre plus qu'il n?achète à l'autre va avoir autant de problèmes que l'autre.
Avec quoi voulez vous que celui qui ne vend rien ou peu paye ses achats?
C'est à ce problème qu'il s'agit de trouver une solution et des solutions il n'y en a pas deux, il n'y en a qu'une: ne vendre que autant qu'on achète et n'acheter que autant que l'on vend. (échanges équilibrés)
Tenez compte aussi du fait que tous les pays de l'Union Monétaire n'ont pas étés gratifiés des mêmes avantages naturels par la nature.
Mais je vous devine soit Allemand soit, ce qui serait pire, Germanolâtre, donc aucun éspoir que vous compreniez, parce-que vous ne voulez pas comprendre. On vous a mis dans la tête que les gens des pays du sud sont faignants et vous n'en démordrez pas. Malheureux mais vrai !
Réponse de le 23/01/2013 à 18:09 :
@ ventrachoux ,
Les moyens de production modernes nous permettent de produire bien au-delà de nos besoins, les excédents et déficits des balances commerciales prouvent que nous avons un problème de surproduction dans les pays excédentaires et de sous-production dans les pays déficitaires. Il est naif de penser que en augmentant la compétitivité dans les pays déficitaires le problème serait résolu. Combien même ces pays deviendraient plus compétitifs que les pays excédentaires, le problème resterait le même, il y aurait quand même surproduction. Ce sont les déséquilibres des balances commerciales qui sont à la base des crises monétaires. Le libre échange oui mais il faut que cela soit un échange, la production totale d'un pays ne doit pas dépasser sa consommation totale et vice versa, un pays ne doit pas consommer plus qu'il ne produit. À ceux qui nous gouvernent de trouver comment arriver à cet équilibre indispensable au bon fonctionnement des économies.
Réponse de le 24/01/2013 à 5:51 :
Ce n'est pas en vendant moins cher qu'un pays déficitaire va pouvoir augmenter ses revenus, en fait ses revenus pourraient dans le pire des cas même baisser s'il ne parvient pas à compenser la baisse des prix par une augmentation des ventes.
Le dumping social et le dumping des salaires imposé par le ? tandem - (anciennement axe) franco-allemand Merkozy n'est donc pas la bonne solution. Par contre par une augmentation de la productivité et une augmentation de la consommation de produits manufacturés dans le pays et baisse de la consommation de produits importés (Made in Germany or China) les déficits budgétaires et déficits des échanges commerciaux peuvent être réduits.
a écrit le 22/01/2013 à 17:10 :
Comme indice de référence du bonheur dans la société: le salaire prof, en france Bac+5, on se demande bien pourquoi ça ne produit pas, est inférieur de moitié au salaire allemand, seulement il doit aussi tenir compte du déficit public, à peu près égal à la masse salariale du public, salaires et pensions incluses. Et si nous parlions des pirates qui nous paupérisent? Allez au revoir!
a écrit le 22/01/2013 à 16:15 :
Les moyens de production modernes nous permettent de produire bien au-delà de nos besoins, les excédents et déficits des balances commerciales prouvent que nous avons un problème de surproduction dans les pays excédentaires et de sous-production dans les pays déficitaires.
Il est naif de penser que en augmentant la compétitivité dans les pays déficitaires le problème serait résolu. Combien même ces pays deviendraient plus compétitifs que les pays excédentaires, le problème resterait le même, il y aurait quand même surproduction. Ce sont les déséquilibres des balances commerciales qui sont à la base des crises monétaires. Le libre échange oui mais il faut que cela soit un échange, la production totale d'un pays ne doit pas dépasser sa consommation totale et vice versa, un pays ne doit pas consommer plus qu'il ne produit.
À ceux qui nous gouvernent de trouver comment arriver à cet équilibre indispensable au bon fonctionnement des économies.
Réponse de le 22/01/2013 à 17:07 :
Trop fort !!!
Réponse de le 22/01/2013 à 17:08 :
Trop fort !!!
a écrit le 22/01/2013 à 16:13 :
je ne paex plus l'entendre ce refrain: France-Allemagne, ces deux pays ont de tout temps été la cause des guerres et des crises en Europe et maintenant ils jouent les Zorros, qui arrivent tout doucement, sans se presser.
Décidément, Papier ist gedudig! N'importe quoi!

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :