La Tribune

Ces applications mobiles qui donnent le pouvoir aux citoyens

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Francis Pisani  |   -  645  mots
En cette période de plus en plus individualiste, comment faire participer les citoyens à la vie de la cité ? Une mission ardue sauf s’il s’agit de sécurité ou d’entraide pour faire face à des situations particulièrement difficiles. Par Francis Pisani, chroniqueur indépendant et expert en innovation

Le problème le plus délicat des smart cities est probablement celui de la participation citoyenne. Installer l'infrastructure, offrir des services, propager des informations via la population, tout cela est relativement facile à concevoir et à mettre en place. Mais faire participer activement la population est incomparablement plus compliqué. Sauf, peut-être, quand il s'agit de sa sécurité.

La première fois que j'ai entendu l'idée, c'était il y a deux ans, à Accra, au Ghana, dans la bouche de Hernan Chinery-Hesse, connu comme le "Bill Gates africain". A côté de ses projets majeurs comme ShopAfrica53.com, une sorte d'eBay continental destiné à aider les petits commerçants et artisans à vendre dans le monde entier, il avait l'idée d'une application antivol. Il suffirait, m'avait-il expliqué, de pouvoir communiquer d'un clic avec ses voisins en cas d'attaque. La solidarité et la peur d'être, à leur tour, victimes, seraient suffisants pour qu'ils se mobilisent instantanément.

A Beyrouth, Jouwar.com s'en prend à un autre problème - terrible localement - celui des nids de poule. Le fondateur, Elie Abou Saad s'était rendu compte qu'ils étaient la source d'un grand nombre d'accidents en travaillant comme volontaire pour la Croix-Rouge. Son site invite passants et automobilistes à prendre en photo ceux qu'ils trouvent et à les mettre en ligne. Leur objectif est de prévenir leurs concitoyens de ce qui les attend sur certains itinéraires et de faciliter - sans trop d'illusions - l'intervention et la réparation.

Une technologie capable d'aider les gens à s'entraider

Mais comme il n'est pas rare dans ce pays d'avoir à affronter des dangers encore plus redoutables, les Libanais ont même mis au point des apps - Ma2too3a ou WayToSafety - pour se signaler les manifestations, coups de filet ou autres affrontements armés et, ainsi, les éviter. Elles sont essentiellement alimentées par les gens eux-mêmes.

La participation semble moins intéresser les Étatsuniens. En tous cas elle n'est pas au cœur de certaines applications populaires. CiviGuard.com est une plateforme très techno qui permet aux institutions reconnues (municipalités, écoles, stades ayant besoin d'évacuer, etc.) d'envoyer des SMS de façon efficace en cas de crise. L'application iWitness enregistre ce qui se passe dès qu'on est confronté à une situation potentiellement dangereuse, et peut se connecter au 911, le service national d'urgence.

"C'est comme un jeu qui ne serait pas un jeu,"

Lancée par trois Boliviens installés au Chili, CityHero.es présente un mélange de hard, de soft et de crowd particulièrement intéressant. Comme certaines des autres applications mentionnées, il s'agit d'offrir une technologie capable d'aider les gens à s'entraider pour faire face à des situations particulièrement difficiles. Mais l'astuce, expliquée lors d'un entretien réalisé sur Skype avec David Ponce, l'un des trois fondateurs, consiste à intégrer la participation de volontaires liés à des organisations existantes. Ils sont ainsi 47.000 qui aident les pompiers de Santiago du Chili. Et ceux qui veulent contribuer au bon fonctionnement de la coupe du monde de foot au Brésil pourraient être encore plus nombreux.

"Les gens sont impliqués avec des organisations locales de ce type. Ils voient un intérêt à ce qu'ils peuvent faire avec elles," m'a expliqué David Ponce. "Ils peuvent informer sur ce qui leur paraît important. C'est comme un jeu qui ne serait pas un jeu," précise-t-il. Ils participent au moyen d'une application spécifique mais aussi de Twitter, de Facebook, de SMS.

L'idée, selon David Ponce, est de transformer chaque téléphone mobile en outil de soutien et de prévention. Et comme il s'agit d'une start-up qui veut "inspirer les gens sans oublier l'aspect économique", CitiHero.es vend les métriques et l'analyse des données aux institutions en s'appuyant sur tout le Big data recueilli grâce à la participation.

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