Où est l'innovation ?

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On peut bien sûr considérer qu'Amazon offre un meilleur service, des prix moins chers, plus de choix et des délais plus courts, par exemple en comparaison des librairies physiques. Mais celles-ci permettent in fine d'accéder à peu près aux mêmes produits, bien que le service de commande puisse être plus long ou les prix plus chers.
On peut bien sûr considérer qu'Amazon offre un meilleur service, des prix moins chers, plus de choix et des délais plus courts, par exemple en comparaison des librairies physiques. Mais celles-ci permettent in fine d'accéder à peu près aux mêmes produits, bien que le service de commande puisse être plus long ou les prix plus chers. (Crédits : Reuters)
L'innovation que nous voyons dans la révolution numérique et robotique ne se concrétise pas dans les statistiques de croissance ou de productivité. Et si cette innovation n'était qu'une illusion, qui nous détourne par des effets de mode des vraies innovations de rupture.

Si l'on en croit le bruit médiatique, l'innovation est partout autour de nous, à un rythme rarement égalé dans l'Histoire. La succession frénétique de nouveaux produits de l'informatique ou des télécommunications, la puissance des marques de nouvelles technologies, les itérations de leurs gammes à un tempo effréné, le battage autour des flots financiers qui semblent se diriger vers la technologie... : tout nous porte à croire que la période actuelle est celle d'une accélération régulière de l'innovation. Que celle-ci est la reine de l'économie contemporaine, avec son cortège de ruptures qui fragilisent des secteurs traditionnels et des métiers jusqu'alors sans concurrence. Des économistes prédisent même une robotisation accrue des activités économiques qui mettrait en cause le rôle et le travail d'une grande partie d'entre nous, avec tous les défis sociaux qui en découleraient.

Face à ce tourbillon d'iMachines version X ou encore d'applications qui court-circuiteraient des pans entiers d'activités jusqu'alors plus ou moins protégées, on s'attendrait à voir les chiffres de la productivité de l'économie gonflés aux stéroïdes. Une technologie vibrionnante devrait en effet booster les statistiques de la production par tête, stimuler comme jamais notre appareil productif.

Décalage entre prophéties technophiles et réalités statistiques

Or, il n'en est rien. Non seulement l'après-crise est poussif dans bien des régions du monde, mais on en est plutôt à réviser à la baisse les croissances potentielles de la plupart des économies. En observant que les gains de productivité, loin d'exploser, sont davantage sur une tendance déclinante. C'est le cas par exemple aux Etats-Unis de la productivité globale des facteurs, qui a décru à partir du milieu des années 70 et n'a jamais retrouvé son niveau d'après-guerre depuis.

Comment expliquer un tel décalage entre prophéties technophiles séduisantes et mornes réalités statistiques ? Probablement car l'innovation que nous voyons n'en est souvent pas une. Ou en tout cas pas une innovation susceptible de changer notre manière de produire de la richesse économique. Une sorte d'illusion d'innovation, au marketing parfait mais à l'utilité plus discutable.

Des ruptures sans valeur ajoutée

Il est ainsi souvent question d'innovation incrémentale, mais pas d'innovation de rupture. Le téléphone portable est une rupture ; le smartphone peut-être également, mais c'est déjà moins clair ; quant à la version 6 d'un même smartphone, c'est très sûrement une amélioration de la version 5, avec plus de fonctionnalités, de confort pour l'utilisateur, etc., mais ils remplissent pour l'essentiel les mêmes fonctions pour un même usage. Nous sommes en plein dans l'innovation incrémentale.

Même ce qui nous apparaît comme une rupture n'est pas nécessairement toujours une innovation qui apporte une nouvelle valeur ajoutée ou qui a des externalités positives significatives sur les agents économiques. Ainsi le e-commerce, pour l'essentiel, délivre exactement le même service que la distribution physique classique. Il déplace simplement de l'activité des métiers de vente en magasins vers des centres d'appel et de la logistique de livraison. On peut bien sûr considérer qu'Amazon offre un meilleur service, des prix moins chers, plus de choix et des délais plus courts, par exemple en comparaison des librairies physiques. Mais celles-ci permettent in fine d'accéder à peu près aux mêmes produits, bien que le service de commande puisse être plus long ou les prix plus chers.

Innovation ou simple déplacement ?

Fondamentalement, il n'y a pas de rupture dans l'offre ni dans la valeur ajoutée dégagée. De même, si les réseaux sociaux apportent un service qui n'existait pas, au point de vue économique, ils déplacent surtout de la publicité des médias traditionnels vers leurs plates-formes, sans là aussi créer une valeur nouvelle particulière. Et on peut poursuivre ces observations pour la plupart des « innovations » qui font l'actualité, depuis les VTC au covoiturage en passant par la myriade d'applications diverses et variées que l'on retrouve sur nos smartphones ou nos ordinateurs.

Ce qui conduit nombre d'observateurs à s'interroger sur la matérialité de la vague d'innovation à laquelle nous sommes confrontés, qui n'aurait qu'un effet très limité sur la productivité globale du travail et du capital. C'est vrai par exemple d'un économiste comme Robert Gordon, qui met en exergue la différence de nature entre les innovations majeures de la deuxième révolution industrielle, comme l'électricité, et ce qu'apporte la phase actuelle d'innovation, dans laquelle il voit surtout beaucoup de gadgets. Quand ils n'ont pas carrément d'effets contreproductifs sur notre productivité... Au point, dans son analyse, de ne voir à l'horizon qu'une stagnation « séculaire » qui nous guetterait, si encore nous arrivons à faire face aux défis majeurs comme la croissance des inégalités et le réchauffement climatique.

«On voulait des voitures volantes, et on a eu 140 caractères....»

Le constat est même en partie partagé par des stars de la Silicon Valley, qui déplorent le faible rythme des innovations majeures. A l'instar par exemple de Peter Thiel, notamment cofondateur de PayPal et premier investisseur dans Facebook, qui résume la situation d'une phrase : «On voulait des voitures volantes, et au lieu de ça on a eu 140 caractères....» Pour signifier qu'un réseau comme Twitter est certes sympathique mais que c'est bien peu de choses en comparaison de révolutions, par exemple dans les modes de transports. Un Peter Thiel qui voit également en Apple une entreprise certes innovante, mais surtout dans le design. Rien, au final, qui soit susceptible de faire des bonds à la richesse des nations et à leurs citoyens.

S'il ne faut pas négliger les efforts de R&D et les avancées qui en résultent à notre époque, le danger n'est pas mince de s'extasier à tort sur des vaguelettes d'innovations plus cosmétiques que fondamentales. Car il se peut que l'allocation d'actifs ou encore les efforts de formation que nous effectuons soient alors sous-optimaux. Que nous privilégions par exemple des modes et du court terme à des investissements beaucoup plus prometteurs en matière de progrès technologique. Est-il par exemple opportun d'entraîner tous les jeunes à faire du code si c'est au détriment de la formation d'ingénieurs ou de biologistes ? Faut-il tout miser sur les métiers du Net, au risque qu'ils deviennent une « commodité » concurrencée elle aussi par des pays à plus bas coûts ? Comment s'assurer du bon financement de projets de grande ampleur si les flux financiers les jugent trop longs et risqués ?

Pourquoi s'inquiéter finalement de tout cela ? Car la technologie est au cœur du progrès, ils sont indissociables. Et parce que le progrès décide de beaucoup de choses, y compris de notre capacité à faire face aux défis de notre temps et donc à faire avancer au mieux nos sociétés.

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Commentaires
a écrit le 27/11/2014 à 22:08 :
Il est probable que beaucoup de gens à commencer par les économistes habitués à penser "euro" ou "dollar" ou à manipuler des objets neufs fabriqués par de la main d'oeuvre ne voient pas se transformer sous leurs yeux la vieille société des deux siècles précédents. Rien ne se passe en effet du côté de la croissance financière, la valeur travail s'effondre par contre la production n'a jamais été autant rationalisée par les machines et l'échange d'informations ainsi que leur corrélation n'a jamais autant permis l'échange, le partage, la rencontre ou le recyclage. Cette transformation est absolument radicale et fourmille d'innovations....Mais tout est à repenser.
Réponse de le 28/11/2014 à 19:13 :
Ce que les économistes ne voient pas, c'est que jamais les haines entre gens différents , de sexe, d'origines, de religion, de pensée, de mode de vie, etc n'ont été aussi fortes, ce qui se traduit par une disparition de la SOLIDARITE et une explosion de l'égoisme et de la solitude, ce qui se traduit économiquement par beaucoup de problèmes que l'économie pure n'est pas capable de traduire ni de comprendre, limitée qu'elle est , ne tenant pas compte de la nature humaine et de sa psychologie actuelle...Les progrès technologiques sont là, mais le recul humain est total, nous revoilà aux ages obscurs de la psychologie et du social !!
a écrit le 26/11/2014 à 18:11 :
Pourquoi innover dans un monde de plus en plus fait de gens beaufs, racistes, incultes, égoistes, méchants, sans plus aucune humanité ??? Autant laisser l'humanité dans sa crasse ou bien souhaiter sa disparition, pour le bien de la nature.
a écrit le 26/11/2014 à 15:10 :
Réduire l'innovation au technologies de l'informatique et des communications (TIC) est léger.
Il est de fait que ces TIC ont apporté et continueront d'apporter des progrès dans l'industrie, au moins au niveau de la logistique et de la production.
L'auteur oublie des pans entiers d'innovation comme le pharmaceutique. Mais là, il faut de 10 à 20 ans pour mettre une nouvelle molécule sur le marché.
A noter que l'exagération du principe de précaution tue l'innovation : si l'aspirine avait découverte récemment, elle serait interdite de marché.
L'innovation progressive est nécessaire, l'auteur tort de la mépriser car c'est elle qui contribue le plus au progrès. Quand Volta a découvert, la pile en 1799, il n'y eu guère d'applications avant plus d'un siècle ! Mais où est donc la rupture ?
Par contre, le marketing a tendance à faire prendre les vessies pour des lanternes. L'Etat y contribue par une politique fiscale de l'innovation : vite faire reconnaître un produit comme innovant pour profiter des subventions !
a écrit le 26/11/2014 à 10:26 :
Sur le fond, l'auteur a raison, l'innovation est de nos jours plus cosmétique qu'autre chose. Les brevets y sont peut-être pour quelque chose, d'ailleurs.
Cependant, ce qui est indéniable, ce que les Amazon et autre Google ont révolutionné notre façon de consommer !
Réponse de le 03/12/2014 à 16:49 :
en quoi Amazon a révolutionnée notre façon de consommer?
a écrit le 26/11/2014 à 9:26 :
Ça fait seulement un peu plus de 10 ans que nous nous servons du net et de mobiles. Il a fallu plus de temps a l'électricité au train a l'automobile pour se généraliser. ...
a écrit le 26/11/2014 à 9:10 :
La mise a jour du système informatique de wall-mart a produit un point de croissance en plus au usa cette année là. Donc il ne faut pas raconter n'importe quoi.

On voit arriver des robots qui coutent 2$/heure et vont donc sévèrement augmenter le productivité.


De plus qui voudrait vivre comme il y a 30 ans ?
Réponse de le 26/11/2014 à 9:56 :
En France, si on regarde les intentions de votes, bcp voudraient même vivre comme il y a 50 ans. Mais ils ne se rendent probablement pas compte des inconvénients de l'époque...
Réponse de le 27/11/2014 à 12:56 :
Sources de vos chiffres ?
a écrit le 26/11/2014 à 5:30 :
Voilà une réflexion bien française de croire que seule l'industrie manufacturière est source de richesse.

Et bien non! Les innovations sur les services sont tout aussi importants car ce sont eux qui permettent d'améliorer la vie des consommateurs, de participer à une destruction créatrice de richesse et donner sa chance à tous de pouvoir réussir un nouveau business.

De même, Le marketing n'est pas un gros mot ni une tromperie, c'est l'art de rapprocher des produits aux attentes des consommateurs et c'est tout aussi essentiel que le produit lui même.

Airbnb, blablacar, Google, Apple ne sont pas seulement des entreprises virtuelles. ce sont des entreprises innovantes et ce sont elles qui demain avec les bénéfices engrangées feront voler nos voitures ou construiront nos maisons avec des imprimantes 3D pour 30.000€.
Réponse de le 26/11/2014 à 15:44 :
Bravo ! Seuls les services créent de la richesse....
Dans l'hexagone il y a encore quelques irréductibles qui continuent à faire des produits, il faut que cela cesse. Nous pourrons alors, avec délectation, n'acheter que des produits allemands. Merci les services.
a écrit le 25/11/2014 à 22:56 :
La plus belle innovation de ces dernières annees est le développement du photovoltaique le rendre plus accessible au commun des mortels un défi
a écrit le 25/11/2014 à 22:54 :
Savoir construire des logements avec 3 chambres a moins de 30 000 euros ca ca serait une vraie innovation. Au delà de ça notre epoque manque d idées nos utopies sont les réalités de demain il ne faut pas l oublier.
Réponse de le 27/11/2014 à 22:11 :
Le seul pb du logement c'est le foncier. Hormis au Groenland demain, les mètres carrés sont limités. Par contre la construction a fait d'énormes progrès et continue à en faire...
a écrit le 25/11/2014 à 21:29 :
la véritable innovation, ces dernières années, c'était quoi? La langage html (invention effectuée dans le secteur public ou assimilé en Europe) et la norme IP (au moins en partie européenne sauf erreur) en matière de télecom, le micro ordinateur il y a déjà presque 30 ans. Puis la photo numérique et le stockage ou la transmission numérique. Tout le reste c'est du vent, du commerce. En matière agricole, les OGM sont une fumisterie de premier ordre comme les saloperies dont on les arrose, ce ne sont pas des progrès mais de la destruction comme le r2chauffement climatique, c'est l'inverse du progrès. En matière spatiale, on n'a rien inventé depuis là également 30 ans environ, et les micro processeurs n'ont été qu'améliorés. La seule chose c'est qu'on détruit de l'empli massivement compte tenu de la part empochée par les spéculateurs et les financiers qui grâce aux vertus du numérique (que l'on trouve dans la robotique actuelle et dans les produits industriels ou grands publics comme les bagnoles) et de la transmission des données, on met les gens en concurrence, on manipule et achète les politiciens pour faire voter des lois permissives, rétrogrades et anti sociales ou régressives. ça c'est le capitalisme des financier, des LBO, de la spéculation et des initiés.
Réponse de le 26/11/2014 à 9:11 :
Si vous êtes aigris, c'est parce que vous avez cru au boniment des politiciens.

Réveillez vous !!
Réponse de le 26/11/2014 à 9:48 :
j'oubliais ce qu'on appelle l'innovation, outre les merdes et les conditions de production ou de vie de milliards d'individus, et qui ne s'amélioreront probablement pas, tout au contraire, ce qui tient lei d'innovation ce sont comme je le disais, les fumisteries dans lesquelles on trouve: le smartphone et la plupart des applications qui lui sont dédiées, ce qu'on appelle le réseaux sociaux, les gadgets type drones de salon et jeux vidéos de toute nature, les casques ou écouteurs etc...Une innovation attendue et pas une demi innovation comme le moteur hybride, c'est la pile à combustible, on verra si des milliards d'individus pourront rouler avec car dans ce cas c'est 100% d'humidité dans l'air. Et puis l'innovation c'est peutêtre la plus grande fumisterie encore, l'espionnage via internet et les télecoms, la vente de vos données personnelles y compris celles relative à votre santé ou à vos caractéristiques génétiques, et la plus grande supercherie encours c'est ce qu'on appelle les nouvelles monnaies type bitcoin, le plus grand holp up que certains pays endettés jusqu'à la gueule regardent, encouragent car ce sera là la fin de leur dette, disparue évaporée.

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