La Tribune

L'absurdité cachée du bien-être au travail

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Sophie Péters  |   -  980  mots
A force de vouloir rationaliser à coups de mesures du climat social le bien-être des salariés, on passe à côté de la réalité, celle ressentie et vécue par les individus. Le livre blanc sur la performance sociale au travail réalisé par Mars Lab rappelle l'importance des représentations du psychisme et propose une typologie de profils recensés au travail. A vous de découvrir si vous êtes comblé, gâté, damné ou frustré ?

Bien-être au travail n?est pas synonyme d?absence de mal être. A force d?avoir les yeux rivés sur les baromètres de leur climat social, les managers croient que si globalement tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes de l?organisation, c?est aussi le cas pour chacun des individus qui la constituent. Et qu?inversement, si le climat social est délétère, c?est que chacun des salariés souffre. Or, un individu peut être très motivé par son travail mais totalement désengagé et dégoûté par l?organisation dans laquelle il est parce que celle-ci est disfonctionnelle et freine sa performance individuelle. C?est d?ailleurs l?une des sources majeures de la souffrance au travail.

Enquête après enquête on sait désormais que les Français ont plutôt une conception très idéalisée du travail en valeur absolue alors même que leur vie professionnelle les rend très stressés, voire profondément malheureux. D?où cette question souvent posée « Etes-vous stressé par le travail ? » qui confine de fait à l?absurdité. Ce n?est pas ce que les individus pensent qui indique leur état mais la façon dont ils vivent les choses.

Le « vécu ressenti » prime sur le « vécu pensé »

Il n?est donc pas toujours très pertinent de s?en tenir à des baromètres basés sur un simple déclaratif des intéressés si l?on veut évaluer le moral de ses troupes. En matière de performance sociale, mieux vaut appréhender un peu mieux la complexité de l?être humain. Comme le souligne le « Livre blanc sur la performance sociale au travail » réalisé par Mars Lab au terme de plusieurs années de recherche, les notions de bien-être au travail et de performance sociale ne doivent pas être définies uniquement comme l?absence de souffrance dans le travail, et cette approche fait encore défaut dans l?évaluation du vécu des salariés au travail.

« En effet, le plus souvent, les évaluations mesurent essentiellement l?occurrence d?éléments négatifs au travail. Or, être bien au travail n?est pas l?absence de mal-être, il s?agit d?un état qualitativement différent et qui doit être considéré en tant que tel. On peut très bien penser positivement le travail et ressentir dans le même temps son travail négativement», précise Pierre-Eric Sutter, dirigeant de Mars Lab.


Ce livre blanc s?attaque à une synthèse des principaux indicateurs susceptibles de mesurer la performance sociale au travail en s?intéressant plutôt aux dimensions humaines (sociales et psychologiques), et établi une typologie de quatre profils de vécu au travail. Le « comblé » conjugue ainsi harmonieusement idéal du travail positif et conditions de travail satisfaisantes. Il aime son travail qui le lui rend bien. Le « gâté » n?a pas un idéal de travail fort, mais il dispose d?un emploi aux conditions favorables et satisfaisantes, ce dont il n?a pas -ou plus- conscience.

Le « logiciel de croyances positives » du "damné" est en piteux état

Le « damné »,lui,  cumule un idéal du travail négatif et une insatisfaction forte dans son emploi qui vient renforcer sa certitude que le travail n?est qu?une malédiction. C?est là que se concentrent potentiellement le plus de salariés susceptibles de souffrir du travail car ils ne trouvent que peu de protections, leur « logiciel de croyances positives » étant en piteux état. Enfin le profil de travailleur « frustré » a tellement idéalisé le travail qu?il a du mal à supporter les insatisfactions de son travail qu?il rencontre au quotidien chez son employeur, jusqu?à les vivre comme une frustration permanente.

Prendre la mesure objective du vécu

De quoi venir questionner les parangons des baromètres qui défendent ardemment les éléments rationnellement objectivables et mesurables sous prétexte de tendre vers l?objectivité. Ce prétexte est connu : on ne saurait se fonder sur le ressenti ou les représentations des êtres humains au travail mais sur le réel du travail lui-même.
Mais qu?est-ce que le réel du travail sans des salariés qui le pensent et le ressentent ? C?est tout l?écart pointé par la psycho-dynamique entre travail prescrit et travail réel montrant que le travail n?est qu?une question de point de vue pour ses différents acteurs.

Depuis Kant, on sait que les représentations sont centrales dans l?idée que l?on se fait du réel. Mieux : une représentation du réel qui active une réalité devient une réalité elle-même. « Autrement dit, si l?on est persuadé que son travail est source de bien-être ? à tort ou à raison, peu importe- on sera bien dans sa peau et donc plus performant, quelque soit la réalité objective de la situation. Si au contraire on est persuadé que ce même travail est source de mal-être, toutes choses étant égales par ailleurs, on sera mal dans sa peau et moins performant.

Ainsi, la représentation du travail compte tout autant que le travail réel en matière de performance sociale. D?où l?importance de prendre la mesure objective du vécu au travail des salariés pour comprendre ce qui freine ou optimise leur performance », en conclut Pierre-Eric Sutter.  Et quand on sait qu?une organisation de travail et ses instruments de gestion qui ne sont pas facilitateurs pour le facteur humain diminuent sa performance, tant individuelle que collective, les actionnaires et les comités de direction auraient tout intérêt à s?interroger autrement sur le peu d?adhésion à leurs stratégies flambant neuves.

 

 


 

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Commentaires

rentier-trader  a écrit le 28/05/2013 à 14:30 :

J'ai le stress quand je rentre et je sors du marché en day -trading (en général pas plus d'une heure) . Le fait d'avoir pris au marché un petit quelque chose me remplit de satisfaction car j'ai , comme tout le monde , le sentiment d'avoir fait ma journée . Je peux ensuite aller aux courses ou à la plage le coeur serein . Une des grandes satisfactions c'est aussi de pouvoir me mettre quand je veux sur le marché entre 8h00 et 22h00 . Personne ne me dicte quoi que ce soit ! Quand je me plante dans mes anticipations , je ne m'en prends qu'à moi-même .

costa  a écrit le 15/03/2013 à 16:59 :

réponse à FRED87
Je participe de bon coeur avec mes impôts à tout ce qui concerne l'aide sociale, je paye un peu de ton RSA, un peu de tes allocs et de ta CMU comme beaucoup de gens...Je n'ai pas les moyens de faire du cheval et je vais en vacances en Bretagne dans la famille..Tu pourrais au moins avoir la pudeur de te taire et de ne pas te vanter d'être malhonnête...

Roazhon  a répondu le 14/05/2013 à 11:00:

Tout à fait d'accord.

la sardine  a écrit le 05/03/2013 à 21:59 :

"Or, un individu peut être très ... disfonctionnelle et freine sa performance individuelle. C?est d?ailleurs l?une des sources majeures de la souffrance au travai"l. EXACTEMENT. et en plus, souvent, pour une très grosse entreprise le fait d'être très performant vous mène droit au PSE pour que l'entreprise puisse verser les bénéfices sous forme de dividendes aux actionnaires. c'est du vécu

FRED87  a écrit le 05/03/2013 à 15:32 :

Bonjour, ben moi, j'ai du RSA, des allocs, la CMU, je vis en province dans un cadre assez parfait, je monte à cheval, je fais du sport. je gagne quelques sous, un peu au noir à côté pour aller en Jordanie ou au Japon. C'est bien la France, faut arrêter de critiquer. Et être un peu moins consumériste aussi, pas de crédit = moins de soucis. bises.

JDShanghai  a écrit le 05/03/2013 à 11:06 :

@patrickb: entierement d'accord avec vous. Je suis parti de France, les poches vides je precise, il y a 20 ans maintenant et j'ai aussi monte ma boite... en Chine ou les gens sont bien plus accueillant et ou c'est un plaisir de travailler avec les chinois et ou je peux continuer de travailler jusqu'a ce que je decide d'arreter. Je ne reviendrais plus bosser en France. Trop de contraintes, trop de magouilles, trop de gens pas fiables, bref un petit resume de ce que Titan a denonce. Ici, je cree, je produis pour le marche local, je ne suis pas emmerde par l'Administration et l'administratif, et mes employes sont heureux .Nous sommes respectueux les uns envers les autres et reciproquement solidaires ( Mes employes sont a mes cotes si quelqu'un envisage de porter atteinte a l'entreprise

hades  a répondu le 05/03/2013 à 15:07:

bluff

Patrickb  a répondu le 05/03/2013 à 17:08:

@JDSShangai: je ne peux que dire bravo et bon vent :-) Je souhaiterais en effet qu'il y ait plus de gens qui cherchent ce qu'ils peuvent faire pour eux-mêmes plutôt que ce que les autres (dont le gouvernement) peuvent faire pour eux :-) Bon, c'est du Kennedy adapté :-)

JDShanghai  a répondu le 06/03/2013 à 4:20:

@Patrickb: merci et bon courage a vous et a tous ceux qui retroussent leur manches. j'aime aussi profondemment cette phrase de J.Kennedy. J'ajouterais aussi a tous ceux qui n'arretent pas de se plaindre et de gemir, que vous avez tous en vous les ressources pour vous en sortir, alors cherchez-les au lieu de chialer. Quand vous avez un pb et que vous ne savez pas comment vous en sortir alors vous etes une grande partie du probleme. Dites-vous ca et trouvez la solution. Vous verrez que ca marche. Ca a marche pour moi et pour un certain nombre de francais qui ont fait comme moi ici. Nous avons tous le meme etat d'esprit et nous avons tous mal a la France quand on revient au pays.

@Hades: le Dieu des Enfers, enfin ca doit correspondre a votre personnalite. Prenez l'avion et venez voir sur place. J'irais vous chercher a l'aeroport.

anisette  a écrit le 05/03/2013 à 9:28 :

Bon, alors, qu'est ce qu'on fait ? TT à fait d'accord pour les trucs débiles de remontage de moral-et-bretelles (en mm temps) et de morale aussi. Et qu'y a t il entre ces pansements (un peu l'équivalent du bisou qu'on fait aux bobos des enfants avant de leur dire "maintenant va jouer sauf qu'aux salariés on leur dit "maintenant va travailler) et boulgiboulga (Bruno, c'est toi ?) en tous genres. Je veux bien monter une boîte avec Patrickkb. Mais qu'est ce qu'on peut faire ? Les comités et etc et baromètres ne rendent pas compte du réel. Comment rendre compte du réel dans une grande entreprise ?

DRRW  a écrit le 04/03/2013 à 22:35 :

Dans ce domaine on est vraiment dans le dialogue de sourds et la france qui se singularise par le fait que ses salaries sont souvent en queue de peloton des "epanouis au travail" peut aussi s'expliquer par une ceertaine forme de transparence. Le pb de fond est la vision antagoniste entre des theories socio psycho philo gloubiboulga qui sous couvert de bien etre des salaries ne sont que des moyens de management destines a une seule chose ameliorer la rentabilite d'une boite. De l'autre cote, on a des politiques publiques qui dans une demarche ideale reposant le bonheur d'etres tout aussi ideales voient dans l'entreprise le monstre responsable de tous les malheurs. Le drame c'est qu'entre les deux il n'y a rien les syndicats en sont toujours au rapport de force ne des luttes du 19eme et les organisations professionnelles inexistantes.

lasardine  a répondu le 05/03/2013 à 21:56:

il n'y a pas que les syndicats qui sont dans un rapport de force ..; vous avez déjà essayé de discuter avec une drh si vous n'êtes complètement d'accord avec elle ... la violence est une partie non négligeable du hign management

derriere les apparences  a écrit le 04/03/2013 à 19:32 :

dans mon administration ils ont mis en place toute une batterie de dispositfifs sur les conditions de travail , mais c'est avant tout pour créer des postes pour occuper les cadres sup . Car pour les salariés ça change rien. Les observatoires, les comités, les commissions , les groupes de travail; les maisons de ... n'ont pas pour but d'améliorer la vie du plus grand nombre mais à justifier les plus hauts salaires et à donner des postes juteux aux enfants de la bourgeoisie

JeuxDeRôlesStupides  a écrit le 04/03/2013 à 17:22 :

Les entreprises sont polluées par tous les jeux de rôles stupides organisés par les managers minables qui cachent leurs incompétences par ces faires-valoirs absurdes et contreproductifs... c'est la maladie cancer des entreprises prodiguée par les fausses grandes écoles et les coach autoproclamés désoeuvrés qui exploitent la grande naïveté de leurs victimes et le carriérisme des bons à rien et mauvais à tout. AMEN la coupe est pleine.

Patrickb  a écrit le 04/03/2013 à 16:30 :

"un individu peut être très motivé par son travail mais totalement désengagé et dégoûté par l?organisation dans laquelle il est parce que celle-ci est disfonctionnelle et freine sa performance individuelle" ??? Un tel individu que je sache ne s'attarde pas et crée sa propre entreprise. Ceux qui restent dans une telle entreprise sont sado-maso ou totalement incapables de faire autre chose, ils n'ont donc que ce qu'ils méritent :-) Bon, je sais, il y a aussi l'assisté permanent qui veut qu'on lui donne sans qu'il ne donne rien en retour et ceux là sont nombreux en France :-)

LeLièvreEtLaTortue  a répondu le 04/03/2013 à 17:15:

continuellement désobligeant, ce Patrikb....

@Patrickb  a répondu le 04/03/2013 à 17:53:

Ahlala, y a de ces phrases compliquées alors que la vie est si simple. Ben voyons, y a qu'à créer sa boite, que je sache...Avec quel financement, sur quel marché, il y a quelques petits questions résiduelles comme celles ci. A vous suivre, un salarié de chez Peugeot qui aime l'automobile n'a qu'à fonder sa marque, bien sûr. Et la marmotte elle plie le papier du chocolat...

Patrickb  a répondu le 04/03/2013 à 18:57:

@celui qui me répond: il faut relever les manches mon gars. Quand j'ai créé ma boîte, j'ai pas eu de subventions et j'ai prospecté mes clients. Un salarié de Peugeot peut par exemple ouvrir un garage où, s'il est capable, il peut réparer et vendre des véhicules :-) La vie est difficile pour tout le monde et il faut se battre au lieu de toujours blâmer les autres !!!

Patrickb  a répondu le 04/03/2013 à 19:39:

@lelièvre..: Tous les entrepreneurs ne sont pas nés avec une cuillère en or dans la bouche, et heureusement parce qu'autrement, on aurait pas fait beaucoup de progrès depuis les cavernes :-) et la désobligeance vient de ceux qui attendent tout ... des autres !!!

pemmore  a répondu le 28/05/2013 à 14:17:

+1 ,des boîtes j'en ai monté en tout 4 sans un centimes en poche, et si je les ai fermées, c'est pour des raisons n'ayant aucun rapport avec des problèmes financiers.
Une boîte, c'est par contre avoir la capacité de se passionner pour quelque chose.
Et que c'est cool de tout décider, n'empèche!,lol!

curieux37  a écrit le 04/03/2013 à 16:16 :

la france est au moyen âge des modèles de management humain...... les DRH exécuteurs des basses oeuvres....... l'intelligence émotionnelle est un gros mot dans notre pays.... quand à parler d'intelligence collective, la... on est en plein fantasme.....

bref.. logiciel à changer complètement....... c'est ps la qu'il faut bouger... tout le reste n'est que pantomime

ancien  a écrit le 04/03/2013 à 15:59 :

Tout celà c'est compliqué.Moi je m'aperçois que partout c'est la déglingue.Par exemple je vois de plus en plus de personnes qui mangent le midi dans leur voiture sur le parking de mon hyper.Enfin excusez moi si je suis un peu hors sujet.

ancien 2  a répondu le 04/03/2013 à 17:20:

Mais vous avez raison ! c'est effectivement la "déglingue" dans TOUS les domaines, tous ! ça se délite, ça fait n'importe quoi, ça dit n'importe quoi, au plus on est c.n, au plus on a de succès, au plus on est débraillé, au plus ça plait , bref il y aurait tant et tant à dire! nous nous "perdons", actuellement...C'est sûrement l'époque...mais une bien moche, époque...!

JB38  a répondu le 04/03/2013 à 17:25:

T'as raison l'ancien, le système marche sur la tête. Bientôt ce ne sera même plus un sandwich dans la voiture, ce sera une pilule à midi et un verre d'eau. A cette future époque bénie nous envierons les Chinois et leur bol de riz. Ceci dit, "bouffer" au resto ou à la cantine de la me..de industrielle, ce n'est pas ragoutant non plus.

ancien3  a répondu le 04/03/2013 à 18:00:

Nous sommes d'accord, la France est en pelin délitement, les friches industrielles, la pauvreté et la misère, les patrons voyous, les banquiers bandits en bandes organisées, les structures de l'Etat verollées et corrompues, les Région et les Départements ruineux gérés par des potentats locaux, les grandes agglomérations infestées d'officines" troubles ruineuse et totalement inutiles ... bref des Parlementaires nattionnaux Sénat Assemblée Nationale et des Parlementaires Européens ventrachoux profiteurs sans vergogne de l'Etat sur le dos des citoyens ... tous les ingrédients d'une révbolte violente des Français sont réunis ... reste à voir dans combien de temps leur patience aura trouer ses limites ... Une chose est certaine, LA REVOLTE sera FOUDROYANTE ...

DEILLUSSIONNISTE  a répondu le 04/03/2013 à 18:30:

vous parlez de la misère, quoi ...le conditionnement,aliénation, la mise à mort du travail...etc...ce que tout le monde sait déjà depuis longtemps, certains sont encore persuadés qu'il ne s'agit que d'une passe, une crise quoi ? ou on envie de le croire, mais c'est le libéralisme dans tout ses états, les racines sont très lointaines, mais des bourjons ne font qu'éclorent... il n'aurait pas fallu agir un moment à précis mais on n'aurions jamais du baisser les bras et les yeux, nous ne rentrons pas dans une nouvelle ére avec de nouvelles régles du jeux, mais nous régressons progréssivement... vers une époque, où le droit social n'existait pas, une époque que personne n'a connu...bonjour le choc !!!

Ancien 4  a répondu le 05/03/2013 à 16:43:

@ Ancien, ancien 1,2, désillusionniste +1; 2; 3

@JB 38  a répondu le 05/03/2013 à 16:45:

votre repas , c'est quelque chose !...+ 1