Quelle politique monétaire pour la Fed et la BCE ? Draghi et Yellen ne laissent rien filtrer à Jackson Hole

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Marion Draghi et Janet Yellen
Marion Draghi et Janet Yellen (Crédits : Reuters)
La présidente de la Fed Janet Yellen et son homologue de la BCE Mario Draghi ont soigneusement évité le sujet de la politique monétaire lors de leurs interventions au séminaire de Jackson Hole mais cela n'a pas empêché l'euro de décoller.

 Motus et bouche cousue. La présidente de la Fed Janet Yellen et son homologue de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi ont, sans grande surprise, soigneusement évité le sujet de la politique monétaire lors de leurs interventions au séminaire de Jackson Hole, une station alpestre dans le Wyoming, qui réunit chaque année les responsables des banques centrales.

Les investisseurs sont déçus

Les investisseurs étaient déçus. Concernant Janet Yellen, ils espéraient un indice, même minime, sur la direction que va prendre la politique monétaire aux Etats-Unis, et notamment si la Fed va ou non remonter pour la troisième fois ses taux d'intérêt cette année, mais aussi sur un éventuel début prochain de la normalisation du bilan de l'institution. Les précédents présidents de la Fed, Alan Greenspan et Ben Bernanke, avaient en effet profiter de la tribune de Jackson Hole pour lancer des signaux sur les mouvements monétaires à venir.

Programme de rachats d'actifs

En écoutant Mario Draghi, les investisseurs cherchaient à percer les intentions de la BCE sur le programme de rachats d'actifs (qui acquiert actuellement chaque mois pour 60 milliards d'euros d'obligations) et notamment tout élément indiquant que la BCE est sur le point de commencer à réduire ses rachats d'actifs.

Lors de sa dernière intervention à Jackson Hole, en 2014, Mario Draghi avait préparé les marchés à la mise en place de ce programme. Mario Draghi avait en effet indiqué à cette époque qu'il envisageait de suivre l'exemple de la Fed pour mener une politique "d'assouplissement quantitatif" (en clair, inonder les marchés de liquidités) pour relancer l'économie de la zone euro. Si la Fed y a maintenant mis fin, les marchés attendent donc des signaux de la BCE sur le calendrier de son propre retrait qui passera par la réduction progressive des achats d'obligations.

L'intervention de Mario Draghi "n'a fait que confirmer que si la BCE a vraiment un plan, elle n'a pas l'intention (encore) de le rendre public", a souligné dans une note Carsten Brzeski de ING.

Bilans

Tant la Fed que la BCE se retrouvent désormais avec des bilans hypertrophiés (4.500 milliards de dollars pour la Fed, 2.300 milliards d'euros pour la BCE) qu'elles doivent, dans le cas de la Fed réduire et celui de la BCE arrêter d'accroître. Mécaniquement, une telle opération équivaut à un resserrement des conditions de crédit car cela réduit les liquidités disponibles sur les marchés financiers.

Dans le cas de la Fed, Janet Yellen et les différentes communications de la banque centrale laissent présager le début prochain de la réduction de son bilan, peut-être dès septembre. Dans le cas de la BCE, Mario Draghi garde ses cartes encore bien cachées, suscitant les interrogations des marchés.

"Avec aucune indication sur un changement de la politique monétaire actuelle, les marchés vont maintenant regarder vers la réunion (de la BCE) du 7 septembre. Les attentes sur un calendrier de la BCE ne vont que se renforcer et Draghi devra y répondre", a souligné Carsten Brzeski de ING.

L'Euro au plus haut depuis janvier 2015

Après ces deux discours sans surprise, l'euro est monté vendredi à son plus haut niveau depuis janvier 2015. Vendredi, vers 21H00 GMT (23H00 à Paris), l'euro valait 1,1919 dollar contre 1,1800 dollar jeudi vers 21H00 GMT. La devise européenne montait face à la devise nippone, à 130,33 yens, contre 129,26 yens pour un euro jeudi soir. Le dollar reculait un peu face à la monnaie japonaise, à 109,34 yens, contre 109,54 yens pour un dollar jeudi soir.

L'absence d'indice sur la politique monétaire « a pesé sur le dollar en maintenant élevée l'incertitude sur le fait de savoir si la Fed va ou non encore remonter ses taux d'intérêt cette année", a souligné Joseph Manimbo, analyste chez Western Union.

Pour Konstantinos Anthis, analyste chez ADS, de façon générale "les investisseurs semblent plutôt confiants vis-à-vis des perspectives de la monnaie unique cela est dû au fait" qu'ils s'attendent à un début prochain de la réduction des rachats d'actifs de la BCE.

Maintien de la régulation financière

A défaut d'indice sur la politique monétaire de la BCE, Madame Yellen s'est livrée à un plaidoyer en faveur du maintien de la régulation financière mise en place après la crise de 2008/09 et aujourd'hui menacée par l'administration du président américain Donald Trump.

Face aux velléités de l'administration Trump de battre en brèche la régulation financière mise en place depuis la crise de 2008/09, Mme Yellen a prévenu que "tout ajustement dans le cadre réglementaire devrait être modeste et préserver l'augmentation de la résilience des grandes institutions financières et des banques qui découle des réformes mises en place ces dernières années".

Elle n'a toutefois pas cité spécifiquement le président américain et la politique de son administration. Son mandat expire en février et elle devra être reconduite, ou non, par Donald Trump.

Les risques du protectionnisme

Mario Draghi a, lui, mis en garde contre le protectionnisme et également contre les risques d'un affaiblissement de la régulation. Il a rappelé que "nous avons récemment constaté les dangers de l'ouverture des marchés financiers combinée à une régulation insuffisante". Il a prévenu qu'"avec une politique monétaire très accommodante sur le plan international, les régulateurs devraient se méfier de rallumer les cendres des conditions qui ont conduit à la crise", estimant que "pour les grandes économies, les changements dans la régulation nationale ont des conséquences internationales".

Les deux banquiers centraux se sont accordés également pour estimer que l'économie mondiale se portait beaucoup mieux et ont fait part de leur optimisme.

"La reprise mondiale s'affirme", a déclaré Mario Draghi alors que Janet Yellen a estimé que "nous avons des raisons d'espérer que le système financier et l'économie affronteront moins de crises et s'en remettront plus rapidement(..)".

Elle a toutefois mis en garde contre tout "optimisme excessif" des marchés.

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Commentaires
a écrit le 28/08/2017 à 10:46 :
"Les deux banquiers centraux se sont accordés également pour estimer que l'économie mondiale se portait beaucoup mieux et ont fait part de leur optimisme."

Bavardage médiatique habituel le fameux "tout va bien" auquel plus personne ne croit, sauf les riches pour qui en effet tout va bien mais vous ne pourrez jamais convaincre un gars qui a perdu de ses revenus ou son salaire ou la santé à cause de son travail que "tout va bien".

Outre les déclaration monumentalement ennuyantes faites aux médias, cela a du faire du bien à ces deux là de discuter entre eux étant donné que l'un comme l'autre sont dans la même situation, ils sont obligés de compenser l'incompétence oligarchique et l'autocratie néolibérale avec seulement deux trois leviers rincés jusqu'à la corde on peut être sûr qu'il se sont chaleureusement réconforter car ils font de leur mieux avec pourtant des marchés financiers dégénérés.
a écrit le 27/08/2017 à 16:46 :
Tant qu'ils payent, le reste après... On-t'ils un maximum de bilan..?? Alors..??
a écrit le 26/08/2017 à 11:17 :
Ils ont rien laissé filtrer, mais tout le monde a compris vu la flambée de l'Euro après leurs interventions !

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