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Polémique sur l'éolien offshore : qui dit vrai ?

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Marie-Caroline Lopez et Dominique Pialot  |   -  963  mots
Le méga appel d'offres en cours, portant sur 10 milliards d'euros d'investissements dans cinq parcs d'éoliennes en mer, tourne vinaigre. Le gouvernement prétend qu'Areva pourrait être éliminé faute d'avoir fourni un élément au dossier. Le groupe industriel nie farouchement. EDF et Alstom, dirigés par deux proches de Nicolas Sarkozy, seraient en passe de rafler 4 des 5 sites.

Alors que la décision est attendue d'ici à la fin de la semaine, le dossier prend une tournure curieuse. A Bercy, on est affirmatif. « Areva n'a pas fourni de lettre d'engagement concernant sa promesse de construire deux usines au Havre. Et l'appel d'offres est malheureusement clos depuis le 11 janvier », soupire-t-on en laissant entendre que c'était un motif d'élimination, confirmant une informaton du Monde du 4 avril. Cette thèse corrobore surtout le résultat du dépouillement de l'appel d'offres, prêté à la Commission de régulation de l'énergie (CRE), selon lequel EDF et Alstom seraient mieux disant sur 4 des 5 sites. Quant au 5ème site, où GDF Suez est le seul candidat, la CRE propose de le déclarer « infructueux ». La CRE élimine donc, de fait, Areva en lice sur les trois sites normands avec GDF Suez et sur les deux sites bretons avec l'espagnol Iberdrola.
Du côté du groupe nucléaire, on nie catégoriquement qu'il manque une pièce au dossier. « Si c'était le cas, la CRE aurait certainement déclaré irrecevables les propositions des électriciens avec lesquels on concourt », souligne-t-on. Surtout, Areva affirme avoir joint dans ce fameux dossier le protocole d'accord conclu entre le groupe nucléaire et le Port du Havre, où les usines seraient construites si Areva remportait deux parcs. Affirmation confirmée par ses deux partenaires GDF Suez et Iberdrola.

Pourquoi le gouvernement mentirait-il ?
De peur d'un malentendu, Luc Oursel, patron d'Areva, a néanmoins envoyé mardi matin à François Fillon une lettre (voir ci-joint) précisant ses intentions industrielles. «Il ne semblait pas clair pour tout le monde que nous allions construire deux usines si nous gagnions deux parcs, même si les deux parcs ne sont pas exploités par le même électricien », précise-t-on chez Areva. Sans compter que depuis quelques temps, les concurrents d'Areva laissaient courir le bruit que le groupe nucléaire entendait alimenter les chantiers français d'éoliennes depuis ses usines en Allemagne.
Mais alors pourquoi le gouvernement se donne-t-il la peine d'avancer un argument faux pour justifier l'élimination possible d'Areva ? Si selon les stricts critères de l'appel d'offres (selon lesquelles le prix de rachat de l'électricité compte pour 40%, la qualité sociale et industrielle 40%, l'environnement 20%), EDF et Alstom ressortent gagnants sur 4 des 5 sites, quelle est la nécessité de prétendre le dossier d'Areva incomplet ? Peut-être parce qu'à moins de trois semaines des élections présidentielles, le président sortant se sent inconfortable pour attribuer ce méga appel d'offres à deux patrons qui comptent parmi ses proches, Henri Proglio (EDF) et Patrick Kron (Alstom) ? Sans compter qu'une grande partie de ces 10 milliards d'euros sera subventionnée par les consommateurs d'électricité via EDF.
Pour faire passer ce curieux résultat, tâche peu aisée en période électorale, il aurait été préférable, au contraire, de rester abrité derrière le strict calcul arithmétique qui, semble-t-il, donne vainqueurs EDF et Alstom. A moins, qu'exaspéré à l'avance par la polémique inévitable, le gouvernement n'ait tenté un contournement... C'est raté !

Interrogations sur la viabilité des offres
D'autant plus que les candidats évincés donnent de la voix sur les aspects techniques de l'appel d'offres. Première interrogation, et pas des moindres, la fiabilité du prix de rachat de l'électricité énoncé par EDF, même si l'électricien va d'une main récupérer ce qu'elle donnera de l'autre (via la CSPE, taxe sur les factures qui finance notamment les énergies renouvelables). « Nous connaissons tous les coûts de façon certaine puisque nous exploitons déjà des parcs et que les turbines d'Areva tournent. Nous sommes sûrs que notre offre est économiquement viable », martèle GDF Suez. Une façon de dire que les autres ne le sont pas, puisque GDF Suez est systématiquement moins disant.
« Le gouvernement prendrait un très grand risque en attribuant tous les parcs à un seul consortium, surtout un groupement alliant un électricien sans expérience de l'éolien offshore et un fournisseur de turbines qui n'existent pas encore », s'exclame un autre concurrent éconduit.
Quant à Iberdrola, l'espagnol ne se cache pas derrière son petit doigt. « Nul doute que si Iberdrola n'est pas retenu en France, nous réaliserons les très vastes parcs pour lesquels nous sommes engagés en Grande-Bretagne avec d'autres partenaires que ceux de la filière française », affirme Jean-Christophe Chomette, PDG d'Iberdrola France. L'électricien espagnol doit construire 9.500 MW outre Manche, trois fois plus que l'appel d'offres français qui porte sur 3.000 MW. « C'est d'ailleurs pour cela que nos usines françaises seront, elles pérennes », affirme Areva. Avec un regard en direction d'Alstom qui n'a pas d'autres marchés certains pour alimenter ses usines après l'équipement des sites français.

Une solution politiquement acceptable
Enfin, la dernière interrogation de la part des concurrents d'EDF et d'Alstom touche à la pérennité du montage. « Proglio n'a aucune envie de voire la facture d'électricité flamber via la CSPE. Il est dubitatif sur l'ensemble de ces projets. Qui dit qu'il ne profitera pas des dix-huit mois de rétractation légaux, pour abandonner deux des quatre parcs ? », glisse un candidat -presque- évincé. Il est sûr qu'EDF n'a peut être pas envie de financer, seul, 8 milliards d'euros d'investissement.
Le gouvernement, très embarrassé, qui enchaîne réunion à l'Elysée et comités interministériels, n'est pas engagé par l'analyse de la CRE. Il cherche une solution politiquement et industriellement acceptable. « S'il nous donne quinze jours de plus, comme certaines rumeurs l'évoquent, qu'il sache qu'on ne touchera à aucun aspect du dossier, ni le prix, ni la filière industrielle, ni rien », prévient le patron d'Ibderdrola France. Il est prévenu !

 

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Commentaires

ducon  a écrit le 05/04/2012 à 19:29 :

Scandaleux ...deux réacteur nucléaire !! et sans vent , peu de vent ou trop de vent ça fait combien de réacteurs ....zero
tant de dénaturation et destruction d'environnement pour un tel résultat !!!? trés mauvais choix c'est de la politique clientéliste ...voilà c'est quoi

Tribun  a écrit le 04/04/2012 à 15:56 :

"Areva Blades" filiale à 100% d'Areva située en Allemagne, quant aux turbines "spéciales marine" fabriquées par Areva peut-être en France ? Il est quand même évident que pour des éoliennes même facturées plus cher pour une production française, le coût pour notre "cercle fiscal" doit tenir compte des indemnités chômage qu'il n'est pas nécessaire de verser, et des impôts générés par les salaires versés et consommés en France...

Bien dit  a répondu le 04/04/2012 à 18:14:

Ça me rappelle l'appel d'offre de l'armée sur la fourniture de survêtement. Pour 300 KF (avant l'euro), une fabrication asiatique avait été préférée. Résultat licenciement ou dépôt de bilan je ne me souviens plus. Et combien de fois plus en indemnité chômage?

Ariane7  a écrit le 04/04/2012 à 15:36 :

L'article ne fait des suppositions superficielles et cherche à créer une polémique sans avoir d'élément tangible. Aujourd'hui, la presse ne prend pas les moyens de creuser les dossier. A la veille des élections, Sarko n'a aucun intérêt à faire du copinage. Heureusement, les commentaires sont ici souvent intéressants. Les citoyens reprennent la main contre le pouvoir médiatique.

Indre  a écrit le 04/04/2012 à 13:47 :

Je ne vois pas comment l'augmentation de la CSPE peut être "politiquement acceptable".

kosiv  a écrit le 04/04/2012 à 0:56 :

L?HOMME SEDENTAIRE sur MER. Ivan Causse1 Ingénieur ? 22 mars 2012-
Enfin le début de l?énergie éolienne offshore en France !...L?appel d?offre (A.O.) de juillet 2011 prévoit la sélection des entrepreneurs chargés de réaliser les 5 parcs en avril. L?administration finit de reformer la gestion du littoral, suite au Grenelle de la mer, mais ce n?est pas encore « le guichet unique ».Le secteur privé s?est mis en ordre de marche et l?on ne compte plus les Pôles, Technopoles,?Clusters, Consortia, Instituts d?excellence, IEED -
-La 1eretranche ne concerne que l?énergie éolienne avec exploitation extensive et coloniale des ressources brutes sans aucune valorisation locale. La 2etranche de l?A.O. (3000 MW aussi) doit modifier le cahier des charges et on devrait y privilégier une vision innovante.
- L?énergie en un point donné, en mer, est un mix : vents, houle, courants, solaire, thermodynamique. L?histoire montre qu?elle a toujours accompagné l?évolution de l?homme et ses ruptures : par ex. la vapeur, le charbon .Plus récemment la houille blanche a d?abord fixé les populations montagnardes, puis crée des usines électrochimiques et électrométallurgiques (Savoie, Tarentaise et Maurienne), le tourisme d?été et enfin le tourisme d?hiver (1945) en s?appropriant la haute montagne. Mais déjà les Plateformes multi-énergies en mer, apparaissent : projet H2Ocean en catalogne, San Diego usa, Malte ? Les concepts sont : sobriété, autonomie et stockage de l?énergie, smartgrid, implantation locale de gros consommateurs d?énergie,(data center, froid industriel,?),création systématique d?une valeur ajoutée locale, approche avec mesure d?une économie de pénurie.
- L?évolution de l?homme en mer sous la pression démographique littorale, doit être pensée au delà du nomadisme et de la cueillette. Des projets (souvent vues d?artistes) présentent des iles artificielles, des navires gigantesques. L?architecte marin, académicien ROUGERIE2 évoque une université de 7000 personnes en 2050 mais aussi des villages de la mer de 50/100 personnes pour des séjours de 3/6 mois. L?industrie pétrolière exploite en mer du nord, depuis 40 ans, des plateformes de vie pour plusieurs centaines de célibataires et séjours de 15/28 jours. Le parc éolien Danois, Horns Rev 2, à 30 km en mer du nord, possède une plateforme d?habitation pour 24 personnes et un poste de transformation électrique. Mais déjà l?axe maritime, Baltique, Mer du nord, Mer celtique est traversé d?éléments du futur grand réseau de transport électrique : Supergrid.
- Le premier site habité permanent rassemblerait une collectivité diversifiée (un village triangulaire de 800m) pour200/400 personnes résidentes permanentes à une distance de 7/14 km de la cote. Cela correspond à chacun des 5 parcs choisis dans l?A.O. mais aussi à l?ouest Cotentin, du Raz Blanchard au Passage de la Déroute, hors de l?horizon du mont St Michel. Comme tous nos villages ruraux, les liaisons vicinales sont primordiales .Au delà des navettes maritimes, à hydrogène bien sur, et hélicoptères, le télécabine mixte à conteneurs spécialises pour le fret (2,5 tonnes sous crochet permettant, par ex. Le transport du poisson depuis le bateau en mer jusqu?aux marchés nationaux, sans rupture de froid ni de charge)
- Comment ne pas intégrer la sédentarité sur mer, dans les études fondatrices en cours : NACRE, Navire du Futur, réorganisation portuaire, Port du Futur, nouvelle flottille de pèche, audit des écoles Hydro et création de l?Ecole Nationale Supérieure Maritime?comment ne pas intégrer au nouvel enseignement maritime, une pédagogie de l?objet réel (O.R.) au delà du monde artificiel littoral des aquariums, des parcs de jeux et à thèmes, d?une muséification générale. La pédagogie de l?O.R. dés les classes sur mer, jusqu?aux écoles d?ingénieurs mais aussi, en associant le grand public des le chantier, comme prévu dans le grenelle de la mer.
-Technologiquement, le pylône éolien naval innovant (P.E.N.I.), au lieu d?être le repoussoir des esthètes de la mer, constitue par sa robustesse la colonne vertébrale des sites en mer. Il sert de support au télécabine associé a la plateforme piétonnière et chemin des câbles de la liaison terre-mer mais aussi d?ancrage et d?accès pour les hydroliennes et autres objets sous-marins. Aucun câble ni tuyau sur le sol marin, ni sur l?estran et protection du benthos-L?accord franco-britannique du 17.fev.2012 offre une opportunité rare : les hydroliennes dans le raz Blanchard et l?ile d?Aurigny ainsi qu?une liaison électrique de 1800 MW vers l?Angleterre. La liaison de 16 km (dont 50 % en France) comprendrait avec des portées de 800 m, 19 P.E.N.I.de 6 MW (soit 114 MW sans compter les hydroliennes et le câble standard de 1800MW)-
Conclusion
-Au-delà du trait de cote et de l?estran, il y a une rupture entre la civilisation des nomades de la mer, aux objectifs réactionnaires de défense de l?acquis, et les nouveaux sédentaires Merriens2 .La nouvelle génération Y (18-30 ans) est prête à TRAVAILLER ET VIVRE SUR MER3 et à S?Y REPRODUIRE4. Une écologie de l?admiration contre une écologie vintage de l?accusation. Plaisir de vivre ensemble sur une nouvelle frontière.
-En avril prochain, la sélection des entrepreneurs du 1er A.O. éolien offshore et surtout la définition du 2e A.O.représente une lourde responsabilité pour la C.R.E. et les trois ministres compétents. Le citoyen se souviendra de leurs noms et surtout de leur perspicacité -

- 1-Google, lemonde.fr Ivan Causse offshore 11 mai 2009 - 2 -Jacques ROUGERIE Centre d?architecture de la mer - 3 - Google lemonde.fr Ivan Causse offshore 18 mai 2010 - 4 -Françoise HERITIER anthropologue, ethnologue -



Bili hari  a écrit le 03/04/2012 à 20:58 :

Quelle folie de construire en mer ce qui est déjà difficilement rentable sur terre...nous sommes bien mal gouvernés...

Max  a répondu le 04/04/2012 à 13:28:

Le vent est beaucoup plus fort et plus constant en mer. De plus, cela rentabilise un territoire qui n'est pas utilisé. Je vous invite à faire quelques recherches.

Privatisation !  a écrit le 03/04/2012 à 20:07 :

Népotisme, favoritisme, tricheries, corruptions... Cela n'a rien à voir avec les hommes, leurs orientations politiques ou même le régime politique. En concentrant les principaux pouvoirs de décision politiques, économiques ou sociaux dans quelques mains, ou même quelques milliers, au prétexte de la sécurité ou des inégalités, les différents collectivismes amplifient les conséquences de ces dérives jusqu'à l'insupportable, jusqu'à la crise et la destruction. Dictature ou social-démocratie, les collectivismes sont intrinsèquement délétères et portent en eux les germes de leur échec. Pour rogner leur potentiel de nuisance, les pouvoirs doivent être atomisés par le jeu de la privatisation, de la mise en concurrence et de la défense farouche de la liberté et de la propriété privée, seuls véritables remparts contre les abus de pouvoir.

Comme d'hab  a écrit le 03/04/2012 à 20:06 :

Tant que le politique prendra le pas sur l'industriel alors nous continuerons à nous ridiculiser avec des histoires comme celle ci ou comme le 'cloud-à-la-Française'. Copinage, arrangements, fuites organisées, tout ça sent la débandade à plein nez. Du grand n'importe quoi.

Je me gausse  a écrit le 03/04/2012 à 19:20 :

Des appels d'offre bidons. Vu les dépassements généralement constatés sur les grands projets, ce sera peut être 8 milliards ou 10 ou 12. Le résultat se verra sur notre facture.

bidon  a écrit le 03/04/2012 à 18:42 :

de toutes manières c'est bidon cette énergie, tout les vrais experts expliquent que ce n'est même pas la peine d'y mettre les pieds, après 5 années en haute mer tout le matériel est cuit, mais bon vu que ce sont nos taxes après tout on s'en fiche.

tintin  a répondu le 04/04/2012 à 14:09:

Bah !! c'est bon pour les fonctionnaires de faire du vents