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L' Écosse bascule du pétrole vers les énergies marines

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Les entreprises qui innovent dans l'énergie des vagues et des courants viennent tester leurs machines dans les îles Orkney.

Il faut compter plus d'une heure de bateau depuis Kirkwall, principale ville des îles Orkney, pour atteindre dans l'aube frisquette de cette fin septembre le détroit de Warness, qui sépare l'océan Atlantique de la mer du Nord. Là, est perfectionnée depuis 2006 la turbine OpenHydro, qui devrait bientôt produire de l'électricité à partir des courants marins entre Paimpol et l'île de Bréhat, dans une « ferme » gérée par EDF. L'électricien français a en effet prévu de raccorder 4 à 10 de ces turbines en 2011 pour une puissance globale de 2 à 4 MW.

Mais pour le moment, les conditions du détroit de Warness, où le courant atteint quatre mètres par seconde, sont idéales pour améliorer l'invention américaine, dont la société irlandaise OpenHydro a acquis la licence en 2005. Cette turbine-rotor à centre ouvert directement posée au fond de l'eau, de 6 mètres de diamètre et d'une puissance de 250 kilowattheures, a été la première machine du genre connectée au réseau électrique national. « Nous travaillons avec EDF, qui a une forte expertise dans l'hydroélectricité, notamment avec le barrage de la Rance, pour développer une turbine de 16 mètres de diamètre », explique Sue Barr, chef de projet. Transfuge de l'industrie pétrolière, elle incarne la rapide conversion du pays aux énergies marines.

De l'autre côté de l'île, à Stromness, l'Oyster (huître) géante de la société écossaise Aquamarine subit les derniers réglages avant d'être reliée au réseau électrique. Cette machine en forme de L de 12 mètres sur 18 s'ouvre et se ferme au gré des vagues et injecte de l'eau sous pression jusqu'à une minicentrale hydroélectrique traditionnelle située au bord de l'eau. « C'est un système très simple, sans aucun élément électronique, ni transformateur ni aucun produit toxique dans l'eau », souligne le directeur opérationnel, Matthias Haag. Cet ancien de Shell, qui a dirigé la division éolienne du pétrolier, confie qu'il n'aurait tenté l'aventure avec aucune technologie concurrente, « car c'est le seul système sans risque de panne ».

Météo favorable

Si OpenHydro et Aquamarine ont choisi les Orkney, c'est pour les conditions météo bien adaptées au test de leurs machines, mais aussi pour bénéficier des services et infrastructures offerts par l'Emec (European Marine Energy Center). Installé aux îles Orkney depuis 2000, financé par le gouvernement britannique et des fonds européens, l'Emec veut devenir le premier centre de test et de certification en Europe pour les transformateurs d'énergies marines. « Notre objectif est de remplacer l'industrie pétrolière par celle des énergies renouvelables, expose Neil Kermode, le directeur général. Cela ne sera ni bon marché ni rapide, mais c'est ici que nous démontrons que c'est possible. »

L'Emec a déjà accueilli, entre autres, le Pelamis (serpent de mer), implanté depuis un an au Portugal, où il connaît d'ailleurs quelques revers, et dont la deuxième version va revenir faire un séjour dans les eaux écossaises. Les machines des sociétés Lunar Energy et Scott Renewables sont attendues pour 2010.

24 heures sur 24

Pour 210.000 livres par an (228.200 euros), les locataires bénéficient d'un suivi en temps réel des conditions météo et marines, d'une base de données rassemblant ces informations, d'une assistance technique 24 heures sur 24, du montage des dossiers d'autorisations administratives et de raccordement, et, surtout, des câbles permettant de brancher leurs machines au réseau. « S'il n'y a pas plus de machines à l'eau, c'est qu'il n'y a pas assez d'argent investi dans ce secteur », déplore Matthias Haag. Aquamarine, dont Scottish Southern Energy est le principal actionnaire, vient de lever 10 millions de livres (10,9 millions d'euros), portant à 30 millions de livres l'investissement total à ce jour. Mais, selon Matthias Haag, il en faudra deux fois plus pour parvenir au stade de la commercialisation, même si le coût de fabrication de la machine est tombé de 11 millions pour 315 kW pour la première, à 15 millions pour 2 MW pour le prochain modèle. Aquamarine, qui estime son potentiel à 20 GW, a déjà noué une alliance avec Airtricity pour un développement conjoint de 1.000 MW.

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Commentaires

romu  a écrit le 26/03/2014 à 18:11 :

Excellente nouvelle pour l'ecosse, j'habite moi meme la bas.
Mais il va falloir trouver un compromis financierement tres acceptable, la mer du nord dont l'ecosse tire d'enorme revenue issue de l'exploitation petroliere.
Voila une source de revenue pour la france, si on maitrise la technologie alors on peut fabriquer et concevoir des produits commercialement vendable qui benificieront a la france, en terme d'emplois…

Lucas  a écrit le 07/03/2012 à 18:19 :

En français, les îles "Orkney", ça s'appelle les Orcades depuis des temps immémoriaux. Larousse édite des atlas de poche très bon marché.