La Tribune

Océanie primitive

Jérôme Stern  |   -  477  mots
Le marché de l'art primitif haut de gamme ne connaît pas la crise. Les plus beaux objets atteignent des prix très, très élevés. La preuve, une fois encore, avec la vente de pièces rares venues de la Nouvelle Irlande (Papouasie).

Contrairement à d'autres secteurs du marché de l'art, celui des objets en provenance de peuples premiers ne connaît pas la crise, tout au moins pour les plus belles pièces, contrairement au tout venant qui reste depuis délaissé depuis des années, folles, de spéculation. Pour les amateurs, très informés et très fortunés, les plus belles pièces sont celles qui ont un "pedigree", dont on connaît l'origine et les différents collectionneurs. C'est la preuve de leur authenticité, car dans ce marché prohibitif, les faux pullulent et il n'est pas toujours aisé, même pour un expert, de faire la différence entre l'authentique et la copie.

Ici, ce n'est pas forcément l'ancienneté d'un objet qui importe, ni même sa rareté, mais son usage cérémoniel: il faut que l'objet ait "servi". D'où l'importance des traces de patine d'usure, de la région précise de sa fonction, du renom du découvreur européen et du sérieux du collectionneur.

Le couple richissime américain Milton (décédé en 2005) et Frieda (décédée en 2008) Rosenthal fait partie de ces passionnés qui ont, depuis 1967, entassé nombre de pièces africaines, chinoises ou océaniques de très grande qualité. Un couple Senoufo (Côte d'Ivoire) en bois ancien de leur collection a ainsi été adjugé 4 millions de dollars (pour une vente totale de 10,8 millions de dollars) lors d'une précédente vacation à New York le 14 novembre 2008.

Cette fois, c'est à Paris que Sotheby's met en vente 37 pièces remarquables issues de cette collection, prouvant ainsi que Paris demeure la capitale mondiale des arts primitifs, musée du Quai Branly aidant. Huit sculptures de la Nouvelle Irlande dominent la séance, un des plus importants ensembles du genre jamais présenté en vente depuis des années.

La plus exceptionnelle pièce est une impressionnante figure Malangan représentant un chef de clan (estimation 350.000 euros), provenant notamment des collections Vlaminck, Eluard, Ratton et Vérité. On trouve aussi un masque orné de motifs polychromes structuré par le mouvement en zigzag d?un serpent (580.000 euros) ou une rare frise horizontale Malangan (50.000 euros). Egalement en vente, une petite statue Moia Papa de l'Ile de Pâques (150.000 euros), une spatule attribuée à Mutuaga de la Nouvelle Guinée (35.000 euros), un grand pendentif en néphrite Maori de Nouvelle Zélande (150.000 euros), une statue Nias d'Indonésie (60.000 euros) ou une flèche faîtière Kanak de Nouvelle Calédonie (40.000 euros).

A ces prix élevés s'ajoutent les inévitables frais en sus: 25% hors taxes jusqu'à 15.000 euros, puis 20% HT pour la tranche jusqu'à 800.000 euros, 12% HT au delà. Plus la TVA de 19,6%. De quoi enchérir (c'est le mot qui convient) encore ces objets onéreux.


Le 24 mars, 16 h, 76 rue du Fbg Saint Honoré, Paris, renseignements: www.sothebys.com

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