De la faillite de Lehman Brothers à la crise grecque

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La relation entre les banques ou les marchés financiers, d'une part, et les Etats, d'autre part, s'apparente à la "relation d'agence" décrite par les économistes Jensen et Meckling dans les années 1970. Seule la distribution des rôles change entre la crise de 2008 et celle de la dette de la zone euro aujourd'hui.

Le 15 septembre 2008, la banque Lehman Brothers faisait officiellement faillite. D'aucuns ont laissé entendre que le gouvernement américain et la Réserve fédérale ne l'avaient sacrifiée que pour envoyer un signal aux autres banques afin qu'elles se comportent bien. Aujourd'hui, la crise financière des banques s'est muée en une crise d'endettement des Etats. A présent, ce sont les Etats qui sont dépendants des marchés financiers et des banques pour financer leur déficit budgétaire, et qui sont attaqués à coups de taux d'intérêt élevés et de notes dégradées. Les instances européennes ne veulent pas donner l'impression de soutenir sans limites la Grèce de peur d'avoir à soutenir plus tard l'Italie, l'Espagne, le Portugal ou la France, mais aussi de perdre la confiance des marchés par excès de laxisme. La question qui était posée sur l'avenir de Lehman Brothers est désormais posée sur l'avenir de la Grèce : doit-on lâcher Athènes ?

La relation entre les banques ou les marchés financiers, d'une part, et les Etats, d'autre part, s'apparente à la relation d'agence décrite par les économistes américains Jensen et Meckling dans les années 1970. Cette relation expose un principal - ou donneur d'ordres - et un agent qui se voit confier une mission par ce principal et pour le compte de ce dernier, en échange d'une rémunération. Mais le problème de l'information est au coeur de la théorie de l'agence, sous le nom d'aléa moral désignant le risque qu'encourt le principal lorsque l'agent ne fournit pas l'effort le plus approprié par opportunisme.

Lors de la crise financière de 2008, l'Etat avait embrassé la position de principal et les banques, celle de l'agent. Les Etats avaient décidé unanimement de sauver les banques potentiellement nécrosées par les subprimes. Pour ne pas engendrer d'aléa moral, ce sentiment que l'Etat a l'obligation d'être le garant final du système, le gouvernement américain avait choisi de ne pas sauver Lehman Brothers pour créer un exemple. Or la chute de Lehman Brothers a entraîné un tel tsunami sur l'économie mondiale que les banques savaient pertinemment que les États ne pouvaient plus lâcher une autre banque. Leur impunité en sortait donc renforcée. La réalité a contredit la théorie économique.

Aujourd'hui, les marchés financiers endossent le rôle du principal et spéculent sur les dettes des pays périphériques de la zone euro, qui assument le rôle de l'agent. Comme pour le cas de Lehman Brothers, désormais un défaut d'Athènes est jugé plausible. Certains économistes projettent qu'un défaut de la Grèce devrait entraîner une restructuration "choc" des économies les plus fragiles, encourageant ainsi la discipline. D'autres économistes, au regard du cas de Lehman Brothers, parient que la chute de la Grèce pourrait engendrer encore plus d'aléa moral, les pays, étranglés par les cures d'austérité, pourraient être tentés de relâcher leurs dépenses publiques.

Mais le véritable problème se trouve dans la nouvelle configuration du modèle principal-agent. Dans le cas de Lehman Brothers, la configuration du modèle traditionnel principal-agent était respectée : l'agent détenait une information privée qui faisait défaut au principal. Dans le cas de la Grèce, cette causalité est inversée car ce sont les marchés financiers - le principal, donc celui qui impose - qui possèdent une asymétrie d'information en leur faveur : un aléa moral engendré par l'automatisation des décisions de trading, le mimétisme et la trop forte interconnexion des acteurs. Même lorsque les États européens acceptent de devenir les agents tributaires de ces nouveaux donneurs d'ordres, nul ne peut savoir quand les marchés financiers siffleront la fin de la partie. Aucune décision politique, ni aucun calcul, ne peut prévoir quand ils se détourneront de la zone euro, jugeant une autre zone moins crédible.

Les objectifs des Etats en tant que principal étaient clairs : chercher à préserver les avoirs des épargnants et les capacités futures à créer de la croissance en sauvant le système financier. Les marchés financiers n'ont qu'un seul objectif : imposer la logique financière qui régit la stratégie d'entreprise aux Etats sans considération du bien-être social. Trois ans après la chute de Lehman Brothers, pour échapper à la sanction des marchés, les politiques économiques sont encore subordonnées aux impératifs de la finance.

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Commentaires
a écrit le 03/10/2011 à 11:32 :
encore un Monsieur qui ose dire que les Etats doivent pouvoir dépenser sans compter, que les déficits c'est bien naturel, que finalement c'est pour le bien de tous, etc...
Monsieur, l'Etat n'existe pas, il y a toujours des personnes physiques derrière tout cela. Les gouvernements ont décidé de faire payer les contribuables plutôt que les actionnaires et les clients des sociétés en faillites. Ils n'ont pas le courage de le dire et de l'assumer en demandant son avis au peuple. Gare à la colère des peuples, en espérant que ça ne finisse pas par une guerre...

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