Idées pour... restaurer la compétitivité

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Pour devenir plus compétitive, la France doit être en avance sur les transformations productives, en particulier dans le domaine de l'énergie
Pour devenir plus compétitive, la France doit être en avance sur les transformations productives, en particulier dans le domaine de l'énergie (Crédits : Décideurs en région)
La compétitivité française est-elle à bout de souffle ? Par le Conseil d'analyse économique

Les performances de la France à l'exportation n'ont cessé de se dégrader depuis vingt ans. Si le repli des parts de marché est lié pour partie à l'émergence de nouvelles puissances exportatrices comme la Chine, la France a tout de même reculé deux fois plus que l'Allemagne et fait moins bien que le Royaume-Uni. Nos spécialisations géographiques et sectorielles ne sont pas en cause. La France manque de compétitivité-prix et surtout hors-prix. Cette compétitivité se joue à tous les étages de l'économie et non pas simplement au sein des entreprises exportatrices. Pour inverser la tendance, une prise de conscience collective est nécessaire.

Jouer sur les atouts de la France... la compétitivité dans tous ses états

Pour stimuler sa compétitivité, la France doit jouer simultanément sur sa compétitivité-prix et hors-prix.

Pour réduire les coûts de production en France, les allégements de charges sociales doivent être concentrés sur les bas salaires, segment du marché du travail où se concentre le chômage. Stimuler l'emploi peu qualifié en réduisant son coût n'est aucunement contradictoire avec une meilleure compétitivité-prix à l'exportation, même si l'industrie, qui réalise l'essentiel des exportations, emploie de la main d'œuvre qualifiée. En effet, la compétitivité-prix de l'industrie française dépend autant du prix des biens et services incorporés dans ses productions que de la main d'œuvre directement employée par l'industrie. Des services comme le gardiennage ou de l'entretien des sites de production emploient massivement de la main d'œuvre peu qualifiée. Dans la même logique, la concurrence doit être favorisée dans les secteurs fournisseurs de l'industrie comme le transport ou les services aux entreprises.

La concurrence entre entreprises pour attirer la main d'œuvre est vertueuse

Quant à la compétitivité hors prix, elle dépend avant tout de la productivité des entreprises françaises. À cet égard, il est essentiel de favoriser l'adaptabilité des salaires à la productivité de chaque entreprise en réduisant le champ des accords de branche. La concurrence entre entreprises pour attirer la main d'œuvre est vertueuse car elle favorise les entreprises les plus productives qui sont aptes à proposer les meilleurs salaires. Des efforts en matière de formation sont également essentiels pour permettre une meilleure diffusion de l'innovation et une montée en gamme des productions. Plus de places doivent notamment être proposées dans les formations technologiques post-Bac qui offrent de nombreux débouchés professionnels. Parallèlement, la capacité de certaines filières générales pourrait être réduite et les bourses d'études modulées en fonction des secteurs les plus porteurs.

Parmi les cent premières marques mondiales de l'industrie du luxe, un quart sont françaises. La défense de la propriété intellectuelle doit être une priorité pour la France dans les négociations internationales. La qualité de l'industrie du luxe illustre les possibilités offertes par la compétitivité hors-prix, dans la maroquinerie et le vin par exemple. L'agriculture française peut également bénéficier de stratégies de compétitivité qualitative. Ses acteurs doivent être accompagnés pour promouvoir conjointement un petit nombre de labels qui valorisent des atouts français comme le contrôle sanitaire, la traçabilité intégrale, l'absence d'antibiotiques et de promoteurs de croissance, ou le respect de l'environnement.

Amorcer la compétitivité de demain... un partenariat public-privé sur la compétitivité

Pour devenir plus compétitive, la France doit être en avance sur les transformations productives, en particulier dans le domaine de l'énergie. Un renchérissement progressif, annoncé à l'avance, de l'électricité et des émissions de gaz à effets de serre inciterait les entreprises à investir dès aujourd'hui dans les nouvelles technologies moins énergivores. Pour limiter les effets négatifs sur la compétitivité d'une hausse du coût de l'énergie, le produit des taxes environnementales devrait être redistribué aux entreprises elles-mêmes, de manière forfaitaire.

Dans le secteur de l'agriculture, la compétitivité serait mieux soutenue en levant les obstacles à l'agrandissement des exploitations (du fait du ciblage des aides) et à l'adoption de nouvelles technologies lorsque celles-ci n'ont pas d'effets environnementaux néfastes. L'agriculture de précision, plus respectueuse de l'environnement, est en effet plus accessible aux grandes exploitations. En parallèle, une formation professionnelle de haut niveau technique et managérial doit être développée dans la filière agricole.

Plus généralement, la recherche de compétitivité implique d'y penser à tous les niveaux, dans chaque décision de politique publique. De nombreuses politiques (formation, recherche, charges sociales, santé, logement, développement durable) ont un effet la compétitivité, même lorsque ce n'est pas leur objet premier. Elles devraient systématiquement être examinées à l'aune de celle-ci. La modération salariale est par exemple plus facile lorsque les loyers n'augmentent pas. Faciliter le développement des jeunes PME à fort potentiel de croissance joue également en faveur de la compétitivité. La dynamique des entreprises semble paradoxale en France : si les jeunes PME sont plus productives que leurs aînées, pourquoi ne croissent-elles pas davantage ? Cela reflète une difficulté à réallouer les facteurs de production, le capital et le travail, des entreprises les moins productives vers les plus productives. Les obstacles à ce mouvement doivent être levés, notamment en limitant les effets de seuil pour les entreprises et en ciblant les dispositifs d'aide sur l'âge plutôt que la taille.

Pour en savoir plus

−       Dynamique des salaires par temps de crise, Philippe Askenazy, Antoine Bozio et Cecilia García-Peñalosa, Note du CAE, n° 5, avril 2013.

−       Énergie et compétitivité, Dominique Bureau, Lionel Fontagné et Philippe Martin, Note du CAE, n° 6, mai 2013.

−       Redresser la croissance potentielle de la France, Patrick Artus, Cecilia García-Peñalosa et Pierre Mohnen, Note du CAE n° 16, septembre 2014.

−       À la recherche des parts de marché perdues, Maria Bas, Lionel Fontagné, Philippe Martin et Thierry Mayer, Note du CAE, n° 23, mai 2015.

−       Faire prospérer les PME, Membres du CAE, Note du CAE, n° 25, octobre 2015.

−       L'agriculture française à l'heure des choix, Jean-Christophe Bureau, Lionel Fontagné et Sébastien Jean, Note du CAE, n° 27, décembre 2015.

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Commentaires
a écrit le 28/02/2017 à 8:08 :
Cette note n°6 doit être associée à la proposition de Coe-Rexecode de réforme de la fiscalité et
a écrit le 28/02/2017 à 7:51 :
Il faut utiliser la relation "travail, capital, énergie". L'énergie remplace le travail en utilisant le capital (l'outillage). Il faut répartir les charges sociales sur le travail ET sur l'énergie. C'est expliqué dans la note n°6. Il faut appliquer cette note de toute urgence. Mais qui le comprendra?
a écrit le 27/02/2017 à 16:39 :
"un partenariat public-privé sur la compétitivité"

si même pour se concurrencer le privé a besoin du public on peut quand même sérieusement se demander à quoi sert le privé.

Il n'y aurait donc que des incompétents là dedans !?

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