« Homo Deus » ou « Homo Vetus »

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(Crédits : REUTERS/Christian Hartmann)
L'historien israélien Yuval Noah Harari a publié en 2011 Sapiens : une brève histoire de l'humanité, qui s'est vendu à des millions d'exemplaires dans le monde.

En septembre, il fait paraître Homo Deus : A Brief History of Tomorrow (Homo Deus : une brève histoire de demain), qui sera édité en français dans un an. Le succès du premier livre mérite que l'on s'intéresse au second.De différentes notes de lecture publiées (The Economist, The Guardian, Les Echos), on retient que Harari se projette vers la fin du siècle tout en mentionnant les défis du troisième millénaire. Il pointe trois aspirations fondamentales de l'humanité : l'éternité de l'homme, la quête du bonheur et l'homme augmenté qui tend à la divinité : l'Homo Deus. Pour répondre à ces projets, l'auteur s'interroge sur les élites et la « masse inutile », l'effondrement de la démocratie libérale et, finalement, une techno-religion, le « dataisme », l'Homo Deus.

Il n'y a apparemment rien de nouveau ni dans ces trois projets fondamentaux, ni sur les interrogations. Le film Soleil vert (1973), de Richard Fleisher, illustrait déjà le propos. Yuval Noah Harari pense en historien : l'Histoire s'écrit en fonction du regard qu'on lui porte. L'historien tire ce regard, il tient le présent. Harari poursuit l'épilogue de Sapiens : un animal devenu dieu ?, impressionné qu'il est par le bond numérique. En poursuivant l'épilogue, Harari choisit de prolonger la tendance démontrée. Il choisit un futur.

Spontanément, Harari aurait pu s'interroger sur de multiples signaux faibles, comme les futures relations de l'Homme et de son environnement : avec, contre ou sans la Terre. Il aurait pu aussi se pencher sur le vieillissement de l'Homme qui repousse la mort. Aujourd'hui, le tiers des pays - parmi les plus riches - sont « super-âgés », 20 % de leur population ont plus de 65 ans. Ce vieillissement a des conséquences sur la diminution de la population active, sur la hausse des coûts de santé, sur la baisse des revenus, sur la baisse de la créativité, sur l'affaiblissement du taux de croissance, sur la réduction de l'épargne, sur la hausse du taux d'activité des femmes, sur l'appel à immigration et, bien sûr, sur l'expression de la démocratie. Et l'on peut ajouter que le boom démographique en Asie de l'Est et en Afrique contribuera à changer le spectre de la population mondiale de la fin du xxie siècle.

L'Homo Deus existera peut-être dans une certaine partie du monde. Mais, plus globalement, c'est l'Homme vieux, l'Homme âgé, l'Homo Vetus, qui sera le plus présent, le plus préoccupant.

Je repars en plongée.

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L'ouvrage le plus récent de Philippe Cahen :
Les Secrets de la prospective par les signaux faibles, Éditions Kawa, 2013

À découvrir aussi sa contribution à l'ouvrage collectif Rupture, vous avez dit disrupture ? Le futur est déjà derrière nous, Éditions Kawa, 2015 ; et le nouvel ouvrage, Notre futur anticipé pas les signaux faibles, Éditions Kawa, 2016.

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