Assurtech : une industrie disruptée, au bénéfice du client ?

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Innovation constante, personnalisation de l'offre, évolution du modèle de distribution... la révolution numérique bouleverse le monde traditionnel de l'assurance. Opportunité ou menace ? Par Daniel Haguet, PhD, Professeur de Finance à l'EDHEC Business School.

Le phénomène « Fintech » fascine autant qu'il inquiète le monde de la finance. Près de 90% des établissements financiers dans le monde craignent une perte de revenus due à la concurrence de nouvelles sociétés spécialisées dans les services financiers innovants[1]. Ce mouvement baptisé « Fintech » qui provient de la contraction entre les termes « Finance » et « Technologie » apporte une gamme complète de services dans un secteur qui était jusqu'à présent le domaine réservé d'institutions financières installées : financement public des projets par le biais du « crowdfunding », transferts d'argent sans transiter par sa banque, gestion des portefeuilles automatisée grâce aux « robot-advisors », agrégation des comptes dans différentes banques, etc.

Une nouvelle gamme de services innovants

Les services bancaires sont loin d'être les seuls concernés. Ce mouvement s'accompagne aussi de nouvelles propositions dans le monde de l'assurance, il s'agit alors du phénomène des « assurtechs ». Bien entendu le développement de l'Internet a permis l'apparition de nombreux sites de comparaison de contrats d'assurance au même titre que les comparaisons de restaurants ou d'hôtels. Mais l'offre de services s'est aujourd'hui considérablement étoffée. L'essor des assurtechs en témoigne... Cbien simplifie par exemple le traitement des sinistres par une meilleure valorisation des biens mobiliers. Il est désormais possible de trouver rapidement des artisans après un sinistre avec mesdepanneurs.fr (détenu à 30% par la MAIF) ou de vendre sa voiture d'occasion entre particuliers avec Carizy. De son côté, my matchmaker permet une comparaison des contrats d'assurance santé au-delà des simples caractéristiques de tarif pour envisager les critères plus qualitatifs d'adaptation au profil et besoins du client final.

Une concurrence accrue ?

Alors que certains services s'adressent directement aux clients particuliers (BtC), d'autres concernent les compagnies d'assurance pour leurs propres clients (BtB). Ainsi, trois compagnies d'assurance sur quatre[2] considèrent que leur industrie pouvait être « disruptée » par l'arrivée de nouveaux entrants, loin devant les autres industries financières (banques, sociétés de gestion de portefeuille).

Par nature, le monde de l'assurance repose sur une analyse des différents risques (risque de longévité, maladie, accident, etc.), la probabilité de leur survenance et le chiffrage du sinistre. Les avancées technologiques récentes, y compris hors du monde de l'assurance (la compilation des données proposée par le « Big Data », par exemple) permet une plus grande personnalisation des offres en fonction des caractéristiques propres du client. L'environnement devient alors plus concurrentiel au bénéfice du client final et laisse donc la possibilité à des initiatives de se développer au côté des propositions traditionnelles. On assiste en parallèle à une forte augmentation de la distribution des contrats via Internet, alors qu'ils étaient habituellement présentés par des agents généraux ou des courtiers.

Pour de nombreux établissements financiers classiques, l'intégration se trouve dans la prise de participation voire le rachat de ces « start-ups » et de leur technologie innovante. L'objectif ? Accéder à une clientèle captive importante que ces petits opérateurs n'avaient pas obligatoirement les moyens de conquérir.

Par Daniel Haguet, PhD, Professeur de Finance à l'EDHEC Business School.

daniel.haguet@edhec.edu

[1] PwC Global Fintech Report, 2017 (1.300 dirigeants interrogés dans 70 pays)

[2] PwC Global Fintech Report, 2016

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