Blockchain, le juste prix... de la confiance

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Charles Dimier
Charles Dimier (Crédits : DR)
"Le prix est ce que vous payez, la valeur est ce que vous obtenez", dit la célèbre maxime de Warren Buffet. Le vieux manitou de la finance le sait, le prix n'entretient pas de corrélation directe à une hypothétique valeur intrinsèque du produit. Par Charles Dimier, senior manager au sein d’Accenture Strategy

Au-delà du simple coût de fabrication de nombreux facteurs cognitifs et sociaux entrent en jeu, parmi les plus évidents : la mode, le luxe, la perception d'un impact social. S'établit alors un ballet entre le vendeur et le consommateur pour obtenir un prix communément acceptable. Un schéma classique aujourd'hui bousculé par un nouvel entrant technologique : la fameuse "Blockchain".

Yves Caseau et Serge Soudoplatoff en proposent une définition concise et efficace :

« la Blockchain est une technologie novatrice qui permet à des utilisateurs d'effectuer des transactions, financières ou non, garanties et auditables par tout le monde, sans avoir besoin d'un tiers de confiance. »

La conséquence sur la fixation des prix est directe : la Blockchain rend visible un certain nombre d'éléments qui relevaient jusque-là de la conviction. Une transparence et une traçabilité garantie des échanges qui génère de la confiance et promet de bousculer les règles de la fixation des prix (pricing).

Monétiser la confiance

Everledger assure la traçabilité de produits de grande valeur, en particulier des diamants. Grâce à une technologie construite sur la Blockchain, la jeune entreprise est en mesure de garantir l'authenticité et la provenance d'un objet. Une prouesse rendue possible par l'existence - propre à la Blockchain - d'un registre non modifiable et commun à tous les membres de la chaîne de distribution.

Cette garantie, inscrite dans la technique et ne dépendant pas d'un acteur en particulier, transforme profondément le rapport à la confiance. Une assurance que les vendeurs peuvent monétiser et valoriser sur des produits à risque ou à forte valeur ajoutée.

De la même manière, la transparence structurelle de la Blockchain permettra de garantir un certain nombre de facteurs clefs dans le e-commerce, tels que l'origine des produits ou les éléments de logistique, mais également la véracité des commentaires et des avis. Cette démocratisation de la confiance, propre à justifier des prix plus élevés pour les meilleures pratiques, constitue à terme un moyen de rapprocher la valeur et le prix d'un produit ou d'un service.

Un outil de fixation de prix à part entière

Au-delà du facteur confiance, des technologies construites sur la Blockchain peuvent se révéler d'excellents outils de fixation des prix à proprement parler. En permettant une transparence complète, selon des règles acceptées par tous, elle autorise le développement de nouveaux modèles de tarification.

Les smart contracts - qui ne sont rien d'autre que des contrats automatisés aux règles transparentes - permettent d'exécuter automatiquement certaines opérations de pricing telles que la tarification de l'assurance automobile au kilomètre, ou la garantie de remboursement du voyageur en cas de retard d'un vol. C'est ce que propose Oraclize - entre autres services - en automatisant l'indemnisation des bénéficiaires d'une assurance retard.

Ces modèles n'interdisent pas le pricing différencié par client, à condition que les principes de différenciation soient connus et acceptés par tous. Ils nécessitent donc que l'ensemble des participants accepte les règles au préalable.

Les gardiens du prix menacés ?

Pour certains acteurs, l'émergence de la Blockchain penche du côté de la menace plus que de l'opportunité. Nombre d'intermédiaires, qui jouent aujourd'hui le rôle de tiers de confiance risquent l'obsolescence.

Ujo Music a construit son service avec l'ambition de rendre aux artistes la "propriété" sur leur travail et pourrait bien menacer les plateformes qui cannibalisent aujourd'hui une partie de la valeur. Que devient le rôle des intermédiaires de confiance comme la SACEM si toute l'activité des artistes est centralisée et garantie dans une Blockchain ?

Une question que l'on peut aisément étendre à l'ensemble de l'économie de plateformes. Nombre d'entre elles contrôlent la fixation des prix grâce à leur position d'intermédiaire et pourraient voir leur hégémonie menacée si les "prosumers" - loueurs sur les plateformes de locations de logements, propriétaires Drivy, etc. - prenaient en main leur destin.

La blockchain se heurte encore à des freins importants : les capacités de calculs nécessaires sont importantes, le volume de transactions permis aujourd'hui est trop faible et le cadre juridique est encore à inventer. Mais les promesses sont nombreuses et puissantes. Parmi elles, celle de s'approcher un peu... du juste prix !

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Commentaires
a écrit le 31/07/2017 à 14:54 :
"Le vieux manitou de la finance le sait, le prix n'entretient pas de corrélation directe à une hypothétique valeur intrinsèque du produit"

C'est certain. Par contre 1% de la population mondiale détenant plus de 50% de la richesse mondiale, cette incroyable concentration de propriétaires d'outil de production fait que si ceux-ci ont envie d'éliminer la blockchain ou bien de la diriger vers un marché parallèle qui ne les gène pas, ils le feront et comme ils y ont intérêt ils ne vont pas se gêner.

D'ailleurs "bitcoin" "blockchain" "crowfunding" et-c...; tout ces phénomènes qui devaient libérer l'individu, redonner du souffle à l'économie au final en sont où ? Ça patauge sévère et c'est pas pour rien c'est parce qu'appartenant à quelques mains qui n'ont pas intérêt à ce que des outils objectifs de qualité voient le jour; la main invisible depuis internet nous voyons bien que c'est la leur et pour nous faire les poches uniquement.

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