Osons le numérique pour l'Afrique !

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(Crédits : DR)
Les groupes de communication français ont plus que d'autres une carte à jouer en Afrique. Par Bernard Chaussegros, associé fondateur de Smart Consult.

Le potentiel de croissance du continent africain est immense. Comme le notait un rapport de la Banque Mondiale en 2014, cette croissance devra, pour être forte et profitable aux plus pauvres, reposer sur des investissements créateurs d'emplois non seulement dans le domaine industriel, mais aussi dans celui de l'innovation technologique. Contrairement à une vision simpliste suggérant que le développement doit passer par une phase de spécialisation sur les produits à faible technologie avant de monter en gamme, l'avenir du continent africain passera en réalité avant tout par l'épanouissement de l'économie numérique en général et de la filière de l'image en particulier.

Un attrait pour les contenus vidéos...

Si la soif inextinguible de contenus « vidéos » frais est l'une des caractéristiques les plus frappantes du marché mondial actuel de l'image, nulle part cette demande latente n'est plus forte qu'en Afrique. La rapidité de la diffusion de l'usage des téléphones portables, dès que les infrastructures le permettent, montre s'il en était besoin l'extraordinaire envie de communication et d'échanges qui existe sur ce continent. La solution de l'importation de programmes conçus, produits et d'abord consommés dans les pays du nord ne saurait être satisfaisante.

...en phase avec la demande locale

Les contenus « vidéos » ne seront réellement attractifs que s'ils sont spécialement en phase avec la demande locale, ce qui implique qu'ils soient pensés et créés sur place. Seule l'apparition d'une réelle filière industrielle de l'image en Afrique, pourra donc, à terme produire à plein des effets économiques bénéfiques sur la croissance. Au-delà de cette seule filière, il est clair qu'il ne peut y avoir de développement économique pérenne s'il ne repose pas sur le numérique, qui génère tant d'économies d'échelles et d'externalités.

L'absence d'annonceurs

En Afrique, le principal obstacle à l'éclosion d'un écosystème industriel pour la production de contenus est l'absence d'annonceurs due à une longue tradition de contrôle et financement des médias par les pouvoirs en place. Avec le numérique, les médias s'affranchissent brutalement de la puissance publique, ce qui pose de façon neuve la question de leur équilibre économique. Les brand contents (dont la publicité était la forme traditionnelle, désormais largement obsolète) n'ont pu réellement se développer encore.

Une opportunité pour les groupes français

Désormais, les médias doivent mettre en œuvre un large éventail de moyens de financement (placement de produit, parrainage des contenus par des marques...). Un savoir-faire qui ne s'improvise pas. Il s'agit d'une opportunité majeure pour les grands groupes de télécommunication et de production audiovisuelle français qui sont déjà implantés sur le continent.

Ils sont en effet les seuls à disposer à l'heure actuelle des relais locaux, de la surface financière et des compétences réparties sur toute la chaîne de valeur du numérique (des infrastructures jusqu'aux contenus en passant par la diffusion) pour impulser l'apparition de l'économie numérique en Afrique. En reliant les individus entre eux, en mettant à leur disposition les ressources de la connexion à internet, en concourant en amont à l'émergence de contenus produits localement et distribués à l'échelle du continent, nos champions français peuvent devenir rapidement les promoteurs incontournables du développement économique africain.

L'enjeu va bien plus loin, il faut en prendre conscience, que le simple succès commercial de nos entreprises : c'est toute une dynamique économique de prospérité qui peut être ainsi enclenchée, en créant notamment massivement des emplois qui donneront un espoir aux jeunes et faciliteront l'émergence indispensable d'une vraie classe moyenne.
La France a encore, grâce à la vaste partie francophone du continent africain, un atout immense à faire valoir. Nos fleurons industriels, à l'affût de tous les relais de croissance, peuvent y trouver un précieux terrain d'expansion. Ils doivent pour cela saisir rapidement les opportunités qui s'y présentent en osant dès maintenant le numérique pour l'Afrique.

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Commentaires
a écrit le 23/02/2016 à 15:23 :
Oui bel article mais j’en modérerai l’optimisme sur son effet profitable à tous et surtout aux AFRICAINES, car la « société de l’information » s’apparente à une société basée sur des outils et des réseaux dans laquelle des enjeux de pouvoir se produisent et se reproduisent….On peut affirmer que la mise en exergue des inégalités et identités de genre est désormais liée aux TIC . Par cette institutionnalisation, « les femmes », en tant que groupe social, se retrouvent placées au rang de victimes ou d’actrices immobiles, ayant besoin d’encadrement technique, d’assistance, de soutien financier, parce que plus affectées par la pauvreté ou par le manque d’éducation par exemple. Leurs savoirs propres ne sont pas pris en compte. En outre, il existe une frontière entre les TIC et les « autres » thèmes de luttes de femmes En Afrique, les expressions des femmes, leurs contenus ne peuvent être mis en lumière selon la priorité qu’elles souhaitent. Ils sont dominés par les savoirs de ceux qui décident des politiques de TIC, par définition importés, majoritairement d’Occident. Les priorités de genre concernant les TIC sont définies par les cadres des institutions internationales et non par les organisations dites « bénéficiaires » elles-mêmes. Ces dernières sont alors invitées notamment par leurs bailleurs à hiérarchiser leurs activités et mobilisations et notamment à intégrer la lutte conte « la fracture numérique » dans leurs actions, alors que telle n’est pas leur priorité. Les institutionnalisations conjointes des TIC et du genre participent alors de l’invisibilité des sujets des luttes des organisations de femmes africaines.
Alors nos « fleurons industriels, à l'affût de tous les relais de croissance, peuvent y trouver un précieux terrain d'expansion » vont –ils simplement renouveler la colonialité du pouvoir ou participer comme le notait un rapport de la BM, à cette croissance forte et profitable aux plus pauvres…..J’ai ,moi ,ma petite idée !!!
a écrit le 23/02/2016 à 10:52 :
Tres bon article ,bien redigé et claire !
Bravo !!

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